avr 15 2010

Yves Guéna et Odile de Vasselot témoignent.

Publié par jpd à 18:39 dans 4Témoignages.

Dans le cadre de la préparation au concours de la Résistance et de la Déportation, le Cern et le collège public Sainte-Apolline de Courdimanche (Val d’Oise) se sont associés une nouvelle fois pour inviter  deux grandes figures de la Résistance, le 9 février 2010: Yves Guéna et Odile de Vasselot… Nous tenons ici à remercier chaleureusement la direction et l’ensemble du personnel de cet établissement d’avoir contribuer à la pleine réussite de cette rencontre.

Les retranscriptions de cette conférence sont encore en préparation pour être diffusées prochainement sur ce site mais nous sommes déjà heureux de vous faire partager des extraits filmés de leurs évocations de résistant:  celle du parcours d’un F.F.L. pour M. Guéna, celle d’un membre du réseau d’évasion « Comète » pour Mme de Vasselot.

Voici  donc les deux premiers films d’une longue série de documentaires vidéos qui viendront peu à peu enrichir notre site et son intérêt mémoriel:

http://www.youtube.com/watch?v=j-yqraT765k

http://www.youtube.com/watch?v=6pFdQ29L0MY

I – La conférence :

Elle suit la chronologie des évènements de 1940 à 1945.

Yves Guéna : « Il s’agit de commencer par l’appel lui-même, dire ce qu’il est, et voir ses conséquences dans les mois qui suivirent son lancement. Nous donnerons successivement chacun notre réponse à cet appel.

La demande d’Armistice a été annoncée le 17 juin 1940, et le 18 juin à la fin de la journée le général de Gaulle, qui était parti pour Londres, lance son appel aux Français.

Que dire de celui-ci ? Nous venions de subir une défaite écrasante puisque six semaines après leur invasion suivant l’attaque du 10 mai, les Allemands défilaient sur l’avenue des Champs Élysées l’arme à la bretelle, et ils allaient occuper toute la zone au Nord de la ligne de démarcation jusqu’à Bordeaux.

Le général de Gaulle dit alors que nous avons subi une défaite militaire ; cela parait une évidence, mais c’était très bien de la part d’un général de dire qu’on avait subi une défaite militaire parce que les gens qui allaient prendre les commandes de la France – les vichystes – expliquaient  » que le pays était entré en décadence, que les Français ne voulaient plus travailler. ». Or c’est difficile de sortir un peuple de la décadence tandis que, d’une certaine manière, on sait très bien comment effacer une défaite militaire en remportant une victoire militaire ! C’est ce que le général de Gaulle leur dit. Et il s’explicite d’ailleurs en ajoutant « la France a un vaste empire derrière elle « . Celui-ci est considérable : l’Afrique du Nord, l’Afrique Noire, le Pacifique, etc…. Elle a une flotte qui est intacte. La Grande-Bretagne continue la guerre et elle a une flotte exceptionnelle. Et le général de Gaulle qui est un homme qui a toujours vu très loin a dit :  » Cette guerre est une guerre mondiale,… il y a dans l’univers tous les moyens pour écraser un jour nos ennemis « , il pressentait naturellement l’intervention des Américains et je crois qu’il avait compris qu’il y avait eu un dérapage du coté des Soviétiques avec le pacte germano-soviétique, mais que par la force des choses cela s’arrangerait.

On m’a souvent interrogé sur l’attitude des Soviétiques en 1939 qui est inqualifiable, et j’ai toujours répondu  » qu’il y ait Staline au Kremlin ou un tsar à Saint-Pétersbourg, dès lors que l’ombre de l’Allemagne s’étend sur la Pologne, les Russes disent : on partage ! « . Mais cela n’a pas duré.

Donc le général de Gaulle annonçait premièrement que la guerre pouvait continuer et secondement il ajoutait :  » j’invite les officiers et les soldats français… les ingénieurs et les ouvriers … à se mettre en rapport avec moi  » pour continuer la guerre.

Naturellement ce n’était pas facile de le rejoindre et il s’est trouvé peu de monde autour de lui puisqu’une division commandée par le général Bétoire qui s’était fort bien battue en Norvège et qui avait été rapatriée pour combattre en France n’en avait pas eu le temps avant de s’embarquer pour l’Angleterre, a vu ses éléments regagner la France peu après.

Alors, qui a rejoint le général de Gaulle ? Il y avait une demi-brigade c’est à dire un régiment de la légion étrangère dont les 2/3 soient de 1000 à 1200 des hommes ont rallié le général. Il y avait un certain nombre mais pas beaucoup d’officiers, de sous-officiers et d’hommes de troupe de la division Bétoire ; et un certain nombre de jeunes qui ont quitté la France pour le rallier.

J’étais de ces jeunes.

Je me trouvais habiter Brest dans le Finistère, à la pointe de la Bretagne. Cette année-là j’étais en Première Supérieure à Rennes avec la perspective de préparer Normale sup., et nous avions été renvoyés dans nos foyers vers le 10 juin. La ville de Brest ayant commencé à être bombardée,  notre Père avait dit à notre Mère ainsi qu’à mon petit frère et moi de partir pour la maison de campagne. Nous avions une maison au bord de la mer, mais comme à l’époque il n’y avait ni électricité ni téléphone dans les maisons hors les bourgs, nous étions totalement isolés. Un voisin est venu nous voir le 18 juin au soir pour nous dire qu’un général à Londres a demandé à ce qu’on le rejoigne et qu’on continue la guerre. Il annonçait en même temps, ce qui nous surpris,  que les Allemands avançaient sur la Bretagne, que l’armée anglaise était en train de rembarquer ses hommes pour l’Angleterre, enfin qu’il y avait aussi des garçons et des filles qui sautaient dans les bateaux. Je n’avais pas la possibilité de faire 20 kms à pied car je serais arrivé trop tard, j’ai passé la plus mauvaise nuit de ma vie et le lendemain – comme j’étais à 5 kms du port du Conquet -

j’ai dit à ma Mère : « Je pars »
et elle me dit :
« Bien sûr, tu ne vas pas rester avec les Boches. »

Il y avait un bateau qui partait du Conquet pour Ouessant avec des militaires français. On m’y a accueilli gentiment. On est arrivé à Ouessant, et dans la nuit, on a été réveillé et on nous a dit qu’il y avait des bateaux qui partaient pour l’Angleterre. Nous étions quelques jeunes et des marins, on a sauté dans les bateaux, et c’est ainsi que je me suis trouvé en Angleterre le 20 juin  au soir.

C’est en débarquant et en voyant les journaux anglais que nous avons vu le nom du général et sa photo. Les jeunes garçons et moi-même avons alors dit : « On s’engage, bien entendu ! »

On a vécu dans une espèce de camps de réfugiés, une école, à proximité de Londres, avec des réfugiés de tous âges et de toutes nationalités. Et puis le 29 juin, suite à l’accord de la veille entre l’Angleterre et de Gaulle, un officier est arrivé et nous a dit que ceux qui veulent rallier le général de Gaulle le disent et on les emmènera au centre. Nous nous sommes tous précipités, aucun n’a fait le voyage de retour vers la France. Nous avons fait le trajet jusqu’à l’Olympia Hall de Londres où se trouvaient tous les premiers ralliés, à savoir, la Légion Etrangère  qui impressionnait beaucoup, un certain nombre de Chasseurs alpins, et les jeunes à qui on a appris à peu près à se mettre en rang au garde-à-vous parce que le général de Gaulle allait venir ! Le 6 juillet il est venu au devant de ceux qui venaient de le rallier.

A ce propos, on m’a souvent demandé quelle impression j’avais ressentie ?  Une forte impression certes, mais malgré les circonstances exceptionnelles, je n’ai pas su la traduire dans les livres que j’ai écrits. Mon Ami, François Jacob ( qui sera Chancelier de la Libération ), a trouvé le mot : « Il avait l’air gothique…. Il était comme une cathédrale. » Quant au général, on sait ce qui a alors pensé, car dans ses Mémoires il a écrit qu’il était pour le glaive de la France avec ces quelques 2000 hommes de l’armée de terre plus quelques aviateurs et des marins en très petit nombre.

Nous sommes allés en formation militaire et nous n’avons jamais eu la moindre hésitation surtout en voyant ce qu’il a fait pendant la guerre. Le temps a prouvé que de Gaulle avait eu raison car après le désastre, sont revenus l’honneur et la victoire.

On me demande aussi, souvent, si le général de Gaulle se sentait comme un général rebelle ou s’il parlait au nom de la France ? Je réponds qu’il parlait au nom de la France, mais il ne pouvait pas le dire car il n’avait rien entre les mains.

D’ailleurs, à ce propos, lorsque les Anglais ont accepté de discuter avec lui du statut des Forces Françaises Libres ( F.F.L. ), de Gaulle a invité le professeur Cassin ( qui écrira la Déclaration Universelle des Droits de L’Homme ) présent auprès de lui à négocier ce sujet. Cassin lui a dit : « Mon général, pour négocier, il faut que j’ai des instructions. Dois-je négocier pour former une légion de volontaires français au sein de l’armée britannique ou bien puis-je négocier au nom de l’armée française ? » « Monsieur le professeur, vous négociez au nom de la France ». Effectivement, le général de Gaulle, à ce moment là, avait déjà décidé de prendre en main le destin de la France.

Il ne le pouvait pas tout de suite car il n’avait pas de territoires, il fallait rallier ceux-ci ! Il y avait bien eu un essai à Dakar début septembre, mais ce fut un échec, pas trop grave certes. Quelques semaines auparavant il y avait eu le ralliement du Cameroun, Leclerc avait envoyé Pleven pour agir dans ce sens. F. Eboué, gouverneur du Tchad, d’origine guyanaise, s’était rallié à de Gaulle fin août, et, par son exemple, il avait réussi à rallier les 4 colonies d’Afrique Equatoriale.

Donc, lorsque le général de Gaulle se trouve à Brazzaville fin octobre 1940, il dispose du Cameroun, de toute l’Afrique Equatoriale. Il apprend le ralliement de la Polynésie française, et, des 5 comptoirs français de l’Inde.

Ainsi, après l’appel du 18 juin 1940, à Brazzaville, de Gaulle lance le Manifeste du 27 octobre 1940 où il dit : « La France a un gouvernement illégal et indigne, je prends en main les destinées de la France jusqu’à la victoire. Alors les Français choisiront par qui ils veulent être gouvernés ».

Voici donc ce qu’était l’Appel du 18 juin et son premier impact dans les semaines qui suivirent. En octobre 1940 le général de Gaulle avait des militaires, des territoires, des possibilités de recrutement ; et il prit tout cela en main.

Les F.F.L. ont combattu en tant que telles à partir de fin 1940 – début 1941 et jusqu’à a fin de la campagne de Tunisie à la mi-1943, ou alors toute la France va entrer en guerre. »

à suivre

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