Avr 15 2010

Yves Guéna et Odile de Vasselot témoignent.

Dans le cadre de la préparation au concours de la Résistance et de la Déportation, le Cern et le collège public Sainte-Apolline de Courdimanche (Val d’Oise) se sont associés une nouvelle fois pour inviter  deux grandes figures de la Résistance, le 9 février 2010: Yves Guéna et Odile de Vasselot… Nous tenons ici à remercier chaleureusement la direction et l’ensemble du personnel de cet établissement d’avoir contribuer à la pleine réussite de cette rencontre.

Les retranscriptions de cette conférence sont encore en préparation pour être diffusées prochainement sur ce site mais nous sommes déjà heureux de vous faire partager des extraits filmés de leurs évocations de résistant:  celle du parcours d’un F.F.L. pour M. Guéna, celle d’un membre du réseau d’évasion « Comète » pour Mme de Vasselot.

Voici  donc les premiers films d’une longue série de documentaires vidéos qui viendront peu à peu enrichir notre site et son intérêt mémoriel:

http://www.youtube.com/watch?v=j-yqraT765k

http://www.youtube.com/watch?v=6pFdQ29L0MY

I – La conférence :

Elle suit la chronologie des évènements de 1940 à 1945.

Yves Guéna : « Il s’agit de commencer par l’appel lui-même, dire ce qu’il est, et voir ses conséquences dans les mois qui suivirent son lancement. Nous donnerons successivement chacun notre réponse à cet appel.

La demande d’Armistice a été annoncée le 17 juin 1940, et le 18 juin à la fin de la journée le général de Gaulle, qui était parti pour Londres, lance son appel aux Français.

Que dire de celui-ci ? Nous venions de subir une défaite écrasante puisque six semaines après leur invasion suivant l’attaque du 10 mai, les Allemands défilaient sur l’avenue des Champs Élysées l’arme à la bretelle, et ils allaient occuper toute la zone au Nord de la ligne de démarcation jusqu’à Bordeaux.

Le général de Gaulle dit alors que nous avons subi une défaite militaire ; cela parait une évidence, mais c’était très bien de la part d’un général de dire qu’on avait subi une défaite militaire parce que les gens qui allaient prendre les commandes de la France – les vichystes – expliquaient  » que le pays était entré en décadence, que les Français ne voulaient plus travailler. ». Or c’est difficile de sortir un peuple de la décadence tandis que, d’une certaine manière, on sait très bien comment effacer une défaite militaire en remportant une victoire militaire ! C’est ce que le général de Gaulle leur dit. Et il s’explicite d’ailleurs en ajoutant « la France a un vaste empire derrière elle « . Celui-ci est considérable : l’Afrique du Nord, l’Afrique Noire, le Pacifique, etc…. Elle a une flotte qui est intacte. La Grande-Bretagne continue la guerre et elle a une flotte exceptionnelle. Et le général de Gaulle qui est un homme qui a toujours vu très loin a dit :  » Cette guerre est une guerre mondiale,… il y a dans l’univers tous les moyens pour écraser un jour nos ennemis « , il pressentait naturellement l’intervention des Américains et je crois qu’il avait compris qu’il y avait eu un dérapage du coté des Soviétiques avec le pacte germano-soviétique, mais que par la force des choses cela s’arrangerait.

On m’a souvent interrogé sur l’attitude des Soviétiques en 1939 qui est inqualifiable, et j’ai toujours répondu  » qu’il y ait Staline au Kremlin ou un tsar à Saint-Pétersbourg, dès lors que l’ombre de l’Allemagne s’étend sur la Pologne, les Russes disent : on partage ! « . Mais cela n’a pas duré.

Donc le général de Gaulle annonçait premièrement que la guerre pouvait continuer et secondement il ajoutait :  » j’invite les officiers et les soldats français… les ingénieurs et les ouvriers … à se mettre en rapport avec moi  » pour continuer la guerre.

Naturellement ce n’était pas facile de le rejoindre et il s’est trouvé peu de monde autour de lui puisqu’une division commandée par le général Bétoire qui s’était fort bien battue en Norvège et qui avait été rapatriée pour combattre en France n’en avait pas eu le temps avant de s’embarquer pour l’Angleterre, a vu ses éléments regagner la France peu après.

Alors, qui a rejoint le général de Gaulle ? Il y avait une demi-brigade c’est à dire un régiment de la légion étrangère dont les 2/3 soient de 1000 à 1200 des hommes ont rallié le général. Il y avait un certain nombre mais pas beaucoup d’officiers, de sous-officiers et d’hommes de troupe de la division Bétoire ; et un certain nombre de jeunes qui ont quitté la France pour le rallier.

J’étais de ces jeunes.

Je me trouvais habiter Brest dans le Finistère, à la pointe de la Bretagne. Cette année-là j’étais en Première Supérieure à Rennes avec la perspective de préparer Normale sup., et nous avions été renvoyés dans nos foyers vers le 10 juin. La ville de Brest ayant commencé à être bombardée,  notre Père avait dit à notre Mère ainsi qu’à mon petit frère et moi de partir pour la maison de campagne. Nous avions une maison au bord de la mer, mais comme à l’époque il n’y avait ni électricité ni téléphone dans les maisons hors les bourgs, nous étions totalement isolés. Un voisin est venu nous voir le 18 juin au soir pour nous dire qu’un général à Londres a demandé à ce qu’on le rejoigne et qu’on continue la guerre. Il annonçait en même temps, ce qui nous surpris,  que les Allemands avançaient sur la Bretagne, que l’armée anglaise était en train de rembarquer ses hommes pour l’Angleterre, enfin qu’il y avait aussi des garçons et des filles qui sautaient dans les bateaux. Je n’avais pas la possibilité de faire 20 kms à pied car je serais arrivé trop tard, j’ai passé la plus mauvaise nuit de ma vie et le lendemain – comme j’étais à 5 kms du port du Conquet –

j’ai dit à ma Mère : « Je pars »
et elle me dit :
« Bien sûr, tu ne vas pas rester avec les Boches. »

Il y avait un bateau qui partait du Conquet pour Ouessant avec des militaires français. On m’y a accueilli gentiment. On est arrivé à Ouessant, et dans la nuit, on a été réveillé et on nous a dit qu’il y avait des bateaux qui partaient pour l’Angleterre. Nous étions quelques jeunes et des marins, on a sauté dans les bateaux, et c’est ainsi que je me suis trouvé en Angleterre le 20 juin  au soir.

C’est en débarquant et en voyant les journaux anglais que nous avons vu le nom du général et sa photo. Les jeunes garçons et moi-même avons alors dit : « On s’engage, bien entendu ! »

On a vécu dans une espèce de camps de réfugiés, une école, à proximité de Londres, avec des réfugiés de tous âges et de toutes nationalités. Et puis le 29 juin, suite à l’accord de la veille entre l’Angleterre et de Gaulle, un officier est arrivé et nous a dit que ceux qui veulent rallier le général de Gaulle le disent et on les emmènera au centre. Nous nous sommes tous précipités, aucun n’a fait le voyage de retour vers la France. Nous avons fait le trajet jusqu’à l’Olympia Hall de Londres où se trouvaient tous les premiers ralliés, à savoir, la Légion Etrangère  qui impressionnait beaucoup, un certain nombre de Chasseurs alpins, et les jeunes à qui on a appris à peu près à se mettre en rang au garde-à-vous parce que le général de Gaulle allait venir ! Le 6 juillet il est venu au devant de ceux qui venaient de le rallier.

A ce propos, on m’a souvent demandé quelle impression j’avais ressentie ?  Une forte impression certes, mais malgré les circonstances exceptionnelles, je n’ai pas su la traduire dans les livres que j’ai écrits. Mon Ami, François Jacob ( qui sera Chancelier de la Libération ), a trouvé le mot : « Il avait l’air gothique…. Il était comme une cathédrale. » Quant au général, on sait ce qui a alors pensé, car dans ses Mémoires il a écrit qu’il était pour le glaive de la France avec ces quelques 2000 hommes de l’armée de terre plus quelques aviateurs et des marins en très petit nombre.

Nous sommes allés en formation militaire et nous n’avons jamais eu la moindre hésitation surtout en voyant ce qu’il a fait pendant la guerre. Le temps a prouvé que de Gaulle avait eu raison car après le désastre, sont revenus l’honneur et la victoire.

On me demande aussi, souvent, si le général de Gaulle se sentait comme un général rebelle ou s’il parlait au nom de la France ? Je réponds qu’il parlait au nom de la France, mais il ne pouvait pas le dire car il n’avait rien entre les mains.

D’ailleurs, à ce propos, lorsque les Anglais ont accepté de discuter avec lui du statut des Forces Françaises Libres ( F.F.L. ), de Gaulle a invité le professeur Cassin ( qui écrira la Déclaration Universelle des Droits de L’Homme ) présent auprès de lui à négocier ce sujet. Cassin lui a dit : « Mon général, pour négocier, il faut que j’ai des instructions. Dois-je négocier pour former une légion de volontaires français au sein de l’armée britannique ou bien puis-je négocier au nom de l’armée française ? » « Monsieur le professeur, vous négociez au nom de la France ». Effectivement, le général de Gaulle, à ce moment là, avait déjà décidé de prendre en main le destin de la France.

Il ne le pouvait pas tout de suite car il n’avait pas de territoires, il fallait rallier ceux-ci ! Il y avait bien eu un essai à Dakar début septembre, mais ce fut un échec, pas trop grave certes. Quelques semaines auparavant il y avait eu le ralliement du Cameroun, Leclerc avait envoyé Pleven pour agir dans ce sens. F. Eboué, gouverneur du Tchad, d’origine guyanaise, s’était rallié à de Gaulle fin août, et, par son exemple, il avait réussi à rallier les 4 colonies d’Afrique Equatoriale.

Donc, lorsque le général de Gaulle se trouve à Brazzaville fin octobre 1940, il dispose du Cameroun, de toute l’Afrique Equatoriale. Il apprend le ralliement de la Polynésie française, et, des 5 comptoirs français de l’Inde.

Ainsi, après l’appel du 18 juin 1940, à Brazzaville, de Gaulle lance le Manifeste du 27 octobre 1940 où il dit : « La France a un gouvernement illégal et indigne, je prends en main les destinées de la France jusqu’à la victoire. Alors les Français choisiront par qui ils veulent être gouvernés ».

Voici donc ce qu’était l’Appel du 18 juin et son premier impact dans les semaines qui suivirent. En octobre 1940 le général de Gaulle avait des militaires, des territoires, des possibilités de recrutement ; et il prit tout cela en main.

Les F.F.L. ont combattu en tant que telles à partir de fin 1940 – début 1941 et jusqu’à a fin de la campagne de Tunisie à la mi-1943, ou alors toute la France va entrer en guerre. »

Madame de Vasselot a eu un parcours un peu différent.

 

  1. Odile de Vasselot.: «  Ce que je vais vous dire est un aspect différent de ce que Monsieur le ministre Guéna vient de vous relater. C’est beaucoup plus du quotidien, et cela peut vous faire comprendre les conditions d’un jeune – un peu plus âgé que vous – à l’époque.

Dans ma famille, tous les hommes que je connaissais étaient des militaires. Papa était commandant de cavalerie en garnison à Metz, du coté de la frontière en Lorraine. Cette garnison de Metz comprenait environ    30 régiments. Il y avait le colonel ( grade avant celui de général ) Charles de Gaulle du 507° régiment de chars, le colonel Jean de Lattre de Tassigny du 151° régiment, le général Henri Giraud était gouverneur militaire. Beaucoup de généraux comme Charles Delestraint, et d’autres, étaient à Metz en 1939.

Avant guerre, nous avions connu le colonel de Gaulle. Alors que beaucoup de Français disaient : « Qui est ce de Gaulle ?  » Nous, nous le connaissions très bien. Il était venu à la maison, j’avais dansé avec son fils Philippe.

Depuis la déclaration de guerre, nous avions évacué à Poitiers. Pour des raisons de sécurité, nous étions à la campagne dans la propriété de mon grand-père près de Saint Maixent dans les Deux-Sèvres. On suivait les évènements avec consternation : le front allemand qui avançait, et les Français qui reculaient.

On n’était pas au courant des évènements comme on peut l’être aujourd’hui ; il y avait une radio par famille. Lorsque Hitler avait annoncé que ses troupes entreraient dans Paris le 15 juin 1940, on en était encore à croire qu’on allait les arrêter sur la Somme, sur la Seine…. Elles sont entrées  dans Paris le 14 au soir.

Le 17 juin au soir, on entend la voix du maréchal Pétain :  » Français, c’est le cœur brisé que je viens vous dire qu’il faut cesser le combat…… « . On était sans espoir.

La radio était dans le salon, mais mon frère, âgé de quelques années de plus que moi, avait fabriqué une espèce de petit poste à galène sur les indictions du journal Benjamin. Ce poste à galène consistait en un morceau de minéral de sulfure de plomb sur lequel tapotait une aiguille permettant ainsi d’entendre des émissions pas très lointaines ;  et je me rappelle que cela avait commencé à Metz lorsque nous avions entendu  sur Radio Luxembourg cette voix qui sortait du morceau de pierre, nous avions cru que c’était magique !

Le 18 juin, je suis montée seule dans ma chambre à 18 h 00 pour écouter les informations. Je tapote sur le morceau de galène, et alors, par hasard, je suis l’une des rares personnes à avoir entendu l’appel de de Gaulle. J’ai reconnu sa voix, et j’ai entendu :  » Moi, général de Gaulle, actuellement à Londres, j’appelle à venir à moi les officiers, les sous-officiers, soldats…… les ingénieurs….. ». En réalité je prenais l’appel en cours de diffusion, de Gaulle avait déjà évoqué le fait que la France ait perdu une bataille, mais aussi que la guerre devait continuer, qu’il y avait la Grande-Bretagne et les Etats-Unis d’Amérique. De Gaulle avait une manière bien particulière de scander ses paroles pour les faire entrer dans les têtes :  » La France n’est pas seule. Elle n’est pas seule « . A mon grand étonnement je n’ai pas été frappée par cet appel. Je n’ai pas pensé que celui-ci était historique. Je ne me suis pas dit qu’il avait raison, qu’il se révoltait, que c’était un rebelle… J’ai seulement été étonnée d’entendre quelqu’un que je connaissais, que c’était bien la personne que je connaissais qui parlait ainsi à la radio.

Je suis descendue au salon. Tout le monde était réuni pour entendre l’information officielle. Il y avait des amis qui logeaient chez nous – dans les couloirs, par terre – depuis que l’Exode les avait mis sur les routes. J’ai dit :  » Vous savez ce que j’ai entendu ? Le colonel ( je l’appelais encore colonel mais il était général depuis juin ) de Gaulle est à Londres et il invite les Français à le rejoindre « .

Mon grand-père qui était général à la retraite trouvait que de Gaulle était le seul militaire intelligent parce qu’il avait bien réalisé que les Allemands préparaient une guerre mécanique avec des chars, des blindés, des automitrailleuses qui se porteraient là où l’aviation agirait aussi, tandis que le ministère de la défense en était encore à l’infanterie, reine des batailles. On disait toujours que l’on préparait la guerre précédente ! La guerre de 1914- 1918 nous avait appris des choses. Eh bien ! On en était encore là. De Gaulle avait écrit des livres à ce sujet : La France et son armée, Vers l’armée de métier, Le fil de l’épée dans lesquels il expliquait ces théories.

Il n’y avait que certains qui le comprenaient tel Paul Reynaud, Président du Conseil, qui soutenait de Gaulle. Il avait cru en ses idées et l’avait pris dans son cabinet au début de juin 1940 comme général à titre provisoire.

Mon grand-père général dit alors :  » Vous entendez, la guerre n’est pas finie, il y a encore de l’espoir, c’est cela l’avenir « .

Et puis il y avait mon autre grand-père qui disait :  » Mais non, Jean, c’est honteux, c’est un traître, il a promis obéissance au chef de l’Etat.. ».

Et le grand-père général de lui rétorquer :  » Mais non il y a des cas ou il faut désobéir. Et d’ailleurs il y a un devoir de désobéissance ( Y. G. : « Pour les ordres contraires à l’honneur » ) « .

 » Mais qui donc est ce petit général que personne ne connaît ? « .

 » Toi, tu ne le connais pas, mais la France entière le connaît ! Il a écrit des livres admirables et lorsqu’il parlait à l’école de guerre, il n’y avait plus une seule place de libre ; l’amphithéâtre était plein pour l’écouter « .

Ainsi, dès le début de la guerre, dans toutes les familles françaises, il y a eu des gaullistes inconditionnels. Nous en étions tout de suite parce que nous avions vu à Metz le colonel de Gaulle et nous étions très fiers de porter la croix de Lorraine car nous nous considérions un peu de Lorraine.

Ensuite il y avait ceux qui espéraient que de Gaulle et P. Pétain étaient d’accord, qui pensaient que Pétain était content d’avoir de Gaulle pour piéger les Allemands. Ainsi le pensait une partie de ma famille.

De plus, surtout au début de la guerre, et je les comprends tout à fait, il y avait ceux qui étaient pour le maréchal Pétain  car on s’était battu, il y avait les 1,5 million de prisonniers pris sur la ligne Maginot, on était content que la guerre s’arrête, que les hommes reviennent à la maison pour faire les moissons…. Le maréchal était une valeur sûre, il avait 84 ans, il avait été victorieux à Verdun, il était pour une France qui se remonterait, qui s’était laissée aller et qu’il fallait la Révolution nationale. Ainsi, beaucoup de Français ont-ils été pétainistes de très bonne foi et patriotes en même temps.

Enfin,  il y avait les collabos qui voulaient que l’on travaille pour les Allemands. Il y en a même qui ont livré la Résistance.

A Vichy, Pierre Laval est arrivé à faire nommer Philippe Pétain chef de L’Etat français ; mais c’était un chef d’Etat illégal car la 3° République n’avait pas été dissoute. Il y a eu l’Etat français au gouvernement dictatorial pendant les 4 années de guerre et lorsque le général de Gaulle est rentré à Paris en 1944 il était toujours sous la 3° République.

Nous ne pouvions pas rentrer en Lorraine puisque – avec la Convention d’Armistice du 22 juin 1940 – elle était annexée par les Allemands comme entre 1870 et 1914. Alors mon grand-père qui était le général gaulliste nous a dit :  » Vous vous installez chez nous à Paris « . Papa était prisonnier, Maman ne savait pas où aller puisque les femmes de militaires étaient toujours en garnison avec leurs maris. J’ai passé les 4 années d’Occupation à Paris où je n’avais jamais encore habité.

On ne s’est pas rendu compte tout de suite qu’il y avait quelque chose à faire.

J’ai d’abord pensé à partir mais je n’ai pas eu le courage de faire ce que Monsieur Guéna a fait,  et qui est le grand honneur de sa vie !

J’ai d’abord pensé que le général de Gaulle n’avait pas besoins de moi, et que s’il me voyait à Londres, il allait me regarder du haut de sa grandeur en me disant :  » Mais qu’est-ce que vous voulez que je fasse de vous ? Je n’ai pas besoin de femmes ! J’ai besoin de militaires « .

Ensuite, je n’avais pas 21 ans, je n’étais donc pas majeure, et Maman aurait pu me faire arrêter par la police. Je n’avais pas d’argent, et je pensais bien que pour prendre le train et le bateau il faille de l’argent.

Bref ! Je ne suis pas partie. Certes, après la guerre, j’ai rallé lorsque j’ai vu des photos d’une petite escouade de femmes en uniforme que le général de Gaulle passait en revue le 14 juillet 1940 à Londres.

Si j’étais allée en Angleterre j’aurais été ambulancière, infirmière, j’aurais aidé à déblayer Londres après les bombardements.

Finalement, j’ai pensé que je serais plus utile en France, et je suis entrée dans les réseaux de Résistance.

Il ne faut pas s’imaginer que la Résistance a commencé tout de suite. C’était d’abord impossible de savoir qu’elle existait puisque que c’était secret, souterrain. La Résistance du Musée de l’Homme a commencé tout de suite, mais personne ne le savait.

Ce que nous faisions, mes deux sœurs et moi, c’était des croix de Lorraine, à la craie, sur les murs, de préférence en face des hôtels occupés par les Allemands. Les collaborateurs avaient collé des affiches sollicitant la jeunesse de France à aider les Allemands à vaincre les Soviétiques. Sur l’une d’entre elles montrant le profil de Jacques Doriot nous avions dessiné à la craie une bulle qui sortait de sa bouche, et nous avions écrit dedans : je suis un salaud.

On savait bien que ce n’était que des broutilles et que ce n’était pas sérieux, jusqu’au moment où, en 1941, on a commencé à recevoir des journaux clandestins dans notre courrier.

Par exemple, des étudiants imprimaient des journaux avec de vieilles machines dans les caves de la Sorbonne. Ces journaux servaient à entretenir le moral des Français contre la défaite, avec les idées de de Gaulle. Ils étaient de différentes opinions politiques : communiste, de droite, .., l’un des plus connus était Défense de la France. Je vous en montre quelques exemplaires et vous évoque des titres :  » Martyr d’un jeune… qui avait protégé des aviateurs anglais « ,  » De Gaulle et l’indépendance française « ,  » Nous publions à 20 000 exemplaires, mais il faudrait que ce journal circule le plus possible jusqu’à épuisement et usure complète, ne le gardez pas, n’en faites pas la collection, on vous en donnera après la guerre !  »

Ces journaux connaissaient de nombreuses difficultés pour être édités et leur format pouvait évoluer.

Je me suis dit qu’il y avait des gens qui s’organisaient pour résister, mais je ne connaissais pas le mot Résistance dont je n’ai entendu parler qu’après la guerre.

Alors, j’ai réussi à entrer dans un  service de renseignements qui était d’origine belge et qui me faisait aller à Toulouse tous les samedis pour porter des renseignements qui avaient été collectés dans le Nord de la France. Qui renseignait ?  Les cheminots, les garçons de cafés, ceux qui étaient employés dans les kommandanturs et ramassaient des papiers dans les poubelles…

Si ces renseignements étaient pressés, urgents, ils ne pouvaient pas prendre le chemin de Toulouse puis de l’Espagne et enfin Londres ; ils étaient transmis en morse par les radios clandestines. Ainsi le radio de notre service de renseignements avait–il rendez-vous tous les soirs avec son homologue de Londres pour échanger les nouvelles urgentes.

Les renseignements que je transportais étaient du genre : plan de la rade de Brest, emplacement des bateaux, localisation des rampes de lancement de V1 et V2 pour bombarder Londres directement. Pendant quelques mois j’ai déposé mon paquet dit descendant dans un restaurant et j’ai pris un paquet dit montant pour le retour à Paris, tandis que des réfugiés espagnols faisaient la jonction entre Toulouse et l’Espagne. Il y avait eu la guerre civile en Espagne et Franco l’avait emporté. Les communistes, les rouges espagnols s’étaient réfugiés en France mais ils n’étaient pas bien vus non plus car le maréchal Pétain n’aimait pas les communistes. Les Espagnols vivaient entre deux pays, obligés de trouver des cachettes, et bien contents de jouer des tours au nazisme.

Mais les restaurateurs avaient été arrêtés. J’avais pris comme nom de guerre Danièle, je leur ai dit :         » Rolande a été arrêtée « .  » Cela est embêtant ma petite Danièle ; il ne faut plus que tu mettes les pieds à Toulouse ; et il ne faut plus nous voir non plus. Peut-être que les Allemands vous ont laissé en liberté, sachant que vous veniez tous les samedis à Toulouse, pour vous filer et pour que vous les conduisiez jusqu’à nous. Il ne faut plus nous voir « . J’étais désespérée, car je venais tous les samedis.

Par une autre amie, je suis entrée dans un autre réseau qui était encore plus passionnant.

Il s’agissait de retrouver les aviateurs anglais, américains, canadiens, polonais et autres, dont l’avion avait été intercepté, touché, et s’était abattu en flammes quand ils allaient ou revenaient d’un bombardement. Lorsqu’on voyait un avion en flammes, on pensait que tout l’équipage pouvait être cramé à l’intérieur, mais ils avaient tout un système de parachute et de matériel pour s’échapper.

Mon réseau qui s’appelait Comète essayait de les récupérer dans les fermes ou les villages où ils se cachaient ; et on leur trouvait des habits civils, on leur faisait des fausses cartes.

Le but était de les faire rentrer en Angleterre, et il y avait pour cela deux façons d’opérer.

Il y avait des gens qui partaient par barque depuis des petites anses de Bretagne. Les Anglais envoyaient des bateaux, et ils les rejoignaient par canots.

Ou bien, et c’était la manière que nous jugions la meilleure, ils traversaient la Belgique, la France entière en passant par Paris où des logeurs les cachaient plusieurs jours, ensuite le train jusqu’à Bayonne, les Pyrénées que des guides basques leur faisaient traverser, puis l’Espagne et Gibraltar. Tout ceci a l’air simple, mais c’était très compliqué. Il fallait des convoyeuses pour les guider puisque dans les trains ils ne pouvaient pas s’exprimer en français, ils ne savaient pas donner à bon escient leur ticket ou leur carte d’identité lorsqu’on leur demandait, et ainsi des tas de choses qu’ils ne connaissaient pas.

J’étais convoyeuse pour les aviateurs alliés. J’ai pris des Anglais entre la Belgique et Paris seulement. Je n’ai jamais fait les Pyrénées ou le sud ; il ne fallait pas qu’on établisse un rapprochement avec le réseau précédent. »

Monsieur Yves Guéna reprend la parole pour évoquer les ralliements puis les combats depuis octobre 1940.

  1. Guéna. : «  Ainsi le général de Gaulle a-t-il des hommes et des territoires. Ceux qui l’ont rallié vont se battre pour lui.

J’évoquerai d’abord les ralliements.

Pour ceux qui – comme moi, Daniel Cordier, ou d’autres, – se trouvaient à la pointe de la Bretagne ou dans le secteur Biarritz-Bayonne, dès lors qu’ils avaient la volonté de partir pour l’Angleterre, ils avaient quelques occasions de partir à condition de faire très vite.

Pour les autres c’était  une aventure. Je vais vous en conter trois de ceux qui ont rallié le général de Gaulle un tout petit peu plus tard.

Il y a d’abord eu l’aventure du sous-lieutenant  Pierre Mesmer ( qui deviendra plus tard Premier Ministre ) et du sous-lieutenant Jean Simon ( qui deviendra plus tard général à 5 étoiles ). Ils ne se connaissaient pas vraiment. Ils se retrouvent à la suite de la Retraite dans le Sud de la France, du coté de Marseille – en zone non occupée -, et ils se disent qu’ils vont essayer de passer en Angleterre. Ils s’engagent comme soutiers sur un bateau qui partait en convoi vers Oran, et ils avaient un pistolet sur eux, bien caché. Le convoi démarre, le bateau sur lequel ils étaient en queue de celui-ci. Lorsque la nuit est tombée, ils sont montés sur le pont et ont dit au commandant :  » Pas Oran, Gibraltar !  » Ils ont eu de la chance car le commandant leur a dit :  » C’est tout à fait mon avis « . Le bateau, au lieu d’aller à Oran est allé à Gibraltar. Ainsi Mesmer et Simon se sont ralliés au général de Gaulle en lui apportant – de plus – le cargo et la cargaison.

Personnellement, j’étais à l’entraînement en Angleterre, à une centaine de kilomètres de Londres.

Un jour j’ai vu apparaître un garçon que je reconnaissais, il devait être 1 à 2 classes après moi au lycée de Brest. Je lui ai adressé la parole, lui disant :  » Je ne t’ai pas encore vu depuis que je suis arrivé à Londres « .

Il me répondit :  » Non, je suis passé par l’Espagne « . Il m’a raconté cela, nous étions fin 1940 – début 1941. Il avait pris le train jusqu’à la frontière espagnole, puis n’ayant plus d’argent pour aller plus loin par le train il avait poursuivi à pied en suivant la ligne de chemin de fer. S’étant fait arrêter, il s’était évadé puis il était passé au Portugal et enfin il était là.

J’ai de l’émotion en pensant à lui car son nom est gravé dans la plaque de marbre sur la place de la Concorde. Il s’appelait Vivien. Il était chef de char, au 501°, dans la division Leclerc lors de la Libération de Paris, et lorsqu’il remontait alors la place de la Concorde, il y a eu un char-tigre allemand au canon et au blindage meilleurs que les siens qui tira le premier, et Vivien a été tué.

Enfin, j’évoquerai un groupe de 6 jeunes gens de Douarnenez qui voulaient quitter la Bretagne pour l’Angleterre fin 1940 – début 1941. Ils ont tout d’abord acheté un bateau, mais comme ils n’avaient jamais navigué, ils ont demandé aux marins qui leur ont répondu :  » Vous marchez toute la nuit en direction du nord-ouest, puis ensuite vous marchez direction nord-est « . Ils partent. Au bout de 3-4 heures ils s’aperçoivent qu’ils n’ont plus de mazout. Il y a bien des voiles et des rames, mais ils ne savent pas s’en servir. Ils ont erré pendant 10 jours sans manger et sans boire jusqu’à ce qu’ils aperçoivent un bateau. Ils lui ont fait des signes, et tant pis si c’était un cargo allemand ! Heureusement c’était un navire anglais, et c’est ainsi qu’ils ont rejoint l’Angleterre.

Parmi les 6 j’en ai connu 3.

L’un était étudiant en seconde année de médecine, il s’appelait Fourche et il a laissé un nom dans la médecine française. Il disait qu’il voulait se battre les armes à la main et non dans le corps médical. Il débarquera entre autre, avec le commando Kieffer le 6 juin 1944, sera blessé, reprendra les armes quelques jours plus tard….. Superbe !

Son frère était dans la division Leclerc, dans le régiment de marche du Tchad, et il a été tué devant Paris            – d’ailleurs il a été nommé Compagnon de la Libération -.

Quant au troisième, je le connaissais un peu, c’était un garçon assez bien, distingué, qui jouait au tennis, et qui avait choisi l’aviation. Il avait été affecté dans le bombardement. Son avion a été descendu au-dessus de l’Allemagne. Il a sauté en parachute, a été pris et placé dans un camp avec d’autres officiers anglais de l’aviation qui ont décidé de s’évader. Pour cela ils ont creusé un tunnel, se sont échappés, ont été repris ; et on a appris en Angleterre qu’ils avaient été fusillés par les Allemands. Il y eut alors protestation car on sanctionne un prisonnier qui s’évade mais on ne le fusille pas. Seulement, nous avons appris plus tard – et je ne leur reproche pas – que pour s’évader, ils avaient eux-mêmes abattu des sentinelles allemandes.

Voici donc trois cas intéressants et tout de même tragiques.

Conclusion : Madame O. de V. vous a parlé de la Résistance Intérieure et je vous parle des F.F.L.. Je ne vais pas entrer dans les détails mais nous sommes fiers de ne jamais avoir déposé les armes.

Je vais à présent vous parler des combats livrés par les F.F.L.

Nous nous sommes battus à partir de la fin de l’année 1940 ( certes, il y a eu des aviateurs qui se sont battus avant ).

D’abord en Erythrée reconquise par les Anglais sur les Italiens.

Puis au Liban et en Syrie – je dis hélas se sont battus – contre l’armée indigne de Vichy qui s’est battue contre nous de manière inacceptable car elle ouvrait la porte aux Allemands pour les aider à pénétrer en Irak afin de prendre les Anglais à revers.

Ainsi le lieutenant Simon ( que j’évoquais tout à l’heure ) allant avec son drapeau blanc vers les vichystes pour leur dire :  » Eh bien, laissez-nous passer « , ils lui ont tiré dessus, il a reçu une balle dans l’œil qui lui a traversé la tête. Tout autre que lui serait devenu officier d’Etat Major ou aide de camp d’un général, lui a continué à se battre, il était au combat trois mois après. C’est un héros de la France Libre.

Et puis il y a eu tous les combats en Libye auxquels j’ai participés, hélas seulement après le23 octobre 1942. Je n’étais pas à Bir Hakeim ( 26 mai – 11 juin 1942 ) mais j’étais à El-Alamein en Egypte fin octobre-début novembre 1942, c’était pour moi l’occasion d’entrer dans les combats, et j’ai combattu jusqu’au bout.

Je ne vais pas raconter tous les combats jusqu’à Tunis en ces temps de bascule de la guerre avec un nouvel équilibre des forces.

Mais je voudrais m’adresser aux professeurs d’histoire qui ont eu l’amabilité de nous inviter pour leur dire que nous sommes un certain nombre des Anciens des F.F.L. à dire :  » Pourquoi n’y a-t- il pas d’évocation des batailles dans les manuels d’histoire ? « . Nous avons écrit des lettres aux ministres de l’éducation nationale sans beaucoup de résultat. En cela, je seconde un camarade qui à Bir Hakeim avait perdu la jambe et la cuisse en 1942, ce qui fait que depuis 68 ans – n’ayant pas pu être appareillé -, il marche avec des béquilles, disant :          » Pourquoi ne parle-t-on pas de la bataille de Bir Hakeim ? « . La réponse qui m’est faite est généralement :         » Ah ! Que voulez-vous, c’est pour ne pas enseigner la violence aux jeunes « . Excusez-moi de vous dire que la violence des voyous est une chose, mais la violence de la guerre en est une autre, que c’est pour une cause très noble, et que la violence de la guerre s’accompagne souvent de grandeur.

Je vais citer 2-3 faits à ce propos.

Je disais Bir Hakeim. Il faut savoir qu’ils ont tenu pendant 3 semaines face à des attaques terribles. A un moment ils étaient 3 700 hommes et ayant été attaqués par un paquet de 37 000 Allemands et Italiens  ils ont réussi à terminer dans l’honneur puisque ayant reçu l’ordre de se retirer alors qu’ils étaient encerclés par les Allemands, ils sont arrivés à s’en sortir malgré les difficultés.

Je cite cela car on a retrouvé dans les carnets de Edwin Rommel ( Rommel n’a pas eu le temps d’écrire ses Mémoires puisque Hitler le soupçonnant d’avoir participé au complot des généraux contre lui, lui a donné l’ordre de se suicider, ce qu’il a fait ) cette phrase :  » Voila ce qu’on peut attendre d’une troupe qui est décidée à ne pas jeter le fusil après la mire « , donc à tirer seulement quelques coups de fusil avant que de se rendre parce qu’il y a trop de monde.

Un ou deux jours après la sortie de Bir Hakeim, radio Berlin annonce que :  » Nous avons fait des prisonniers français à Bir Hakeim ( des blessés qui n’ont pas pu franchir la ligne de feu pour sortir ) ce sont des francs-tireurs qui seront fusillés « . Et le général de Gaulle a fait passer un message sur radio Londres le lendemain qui disait :  » Si l’armée allemande se déshonorait au point de fusiller des Français qui se battent pour leur Patrie, alors, à notre grand regret, nous devrions – car nous avons aussi des prisonniers allemands – fusiller deux prisonniers allemands pour un fusillé français ! « . Radio Berlin a rectifié alors en disant :  » Naturellement, les prisonniers français faits à Bir Hakeim seront traités comme des combattants « .

Pour ne pas parler que de l’armée de terre dans laquelle j’ai combattu, je dirais que dans la marine il y avait aussi les Forces navales françaises libres.

La corvette Aconit du commandant Jean Levasseur accompagnait les convois dans l’Atlantique Nord, c’est le seul bâtiment qui pendant la guerre se soit couvert de gloire avec félicitations de l’Amirauté britannique pour avoir coulé deux sous-marins allemands dans la même journée. Le premier sous-marin, il le repère, lance des grenades, le sous-marin explose. Une demi-heure après il voit un sous-marin allemand au ras de l’eau qui remontait un peu trop, c’était trop près pour qu’il lance des grenades, le commandant a donné l’ordre de l’éperonner. Ils ont foncé sur le sous-marin allemand, – d’ailleurs la proue de l’Aconit a été un peu esquintée mais pas trop -. Le sous-marin allemand a été coupé en deux, mais comme il était au ras de l’eau il y avait des marins allemands qui nageaient et qui voyant ce bateau devant eux nageaient vers lui. Le commandant a fait arrêter la corvette, a fait mettre un filet le long du bastingage et les Allemands sont montés. Les marins français leur tendaient la main pour les aider à enjamber le bastingage. C’était tout de même superbe !

Je dirais autre chose sur les aviateurs des Forces aériennes françaises libres.

Je pense à Pierre-Henri Clostermann aux 33 victoires homologuées en combat aérien suivant les règles de l’Armée de l’Air. Un jour, le combat ayant été particulièrement dur contre un Messerschmitt allemand, peut-être parce qu’il avait vu le visage du pilote, lorsqu’il rentre à sa base, il écrivit un poème au pilote allemand qu’il avait abattu.

Je ne veux pas oublier ceux qui ont rallié les F.F.L. et qui ont été parachutés ou débarqués en France pour aider la Résistance Intérieure.

Tout le monde connaît le nom du héros Honoré d’Estienne d’Orves. Le propos que je vais relater m’a été conté par l’ambassadeur d’Allemagne en France lors d’une remise de décoration à la fille de d’Estienne d’Orves, il y a 2 à 3 ans. Et bien, lorsque d’Estienne d’Orves est arrivé sur le lieu où il allait être exécuté, on l’a fait descendre du véhicule, il a vu le poteau, il s’est tourné vers l’officier allemand qui commandait le peloton et lui a dit :  » Je vous demande de ne pas me lier au poteau « . L’officier allemand lui a dit :  » C’est d’accord « , et d’Estienne d’Orves  poursuivit :  » Alors donnons-nous l’accolade « . Et celui qui allait fusiller et celui qui allait être fusillé se sont embrassés avant que d’Estienne d’Orves ne soit abattu !

Pour moi la guerre c’est aussi cela, et je souhaite qu’on en parle.

Conclusion :

Nous sommes à la fin 1942.

Il y a eu Bir Hakeim où nous nous sommes illustrés.

Il y a eu El Alamein où la division Koenig, dont j’étais, s’est illustrée. J’appartenais au régiment de spahis marocains – qui d’ailleurs comprenait plus de Français que de Marocains -, qui en était l’unité de découverte et de reconnaissance. Nous avons poursuivi Rommel à travers le désert de Libye, et en arrivant en Tunisie, comme Leclerc remontait du désert du Fezzan et entrait en Tunisie, notre unité blindée a été mise sous les ordres de Philippe Leclerc. Et c’est ainsi que nous avons remonté jusqu’à Tunis.

L’Armée d’Afrique commandée par le général Alphonse Juin a hésité un peu au moment du débarquement américain en Afrique du Nord. Elle a d’abord tiré sur les soldats américains, elle hésitait à se ranger du coté des F.F.L. tant que les Allemands n’attaquaient pas les territoires français. Mais après l’occupation de la zone sud de la France en novembre 1942 elle est entrée dans les combats avec nous. Alors que nous approchions de Tunis, c’était émouvant de voir les soldats de l’Armée d’Afrique qui nous ralliaient et qui en arrivant nous disaient qu’ils préféraient combattre dans nos rangs que dans ceux de l’Armée d’Afrique. Lorsque la bataille de Tunis a été terminée, il y eut un défilé à Tunis, nous avons envoyé un détachement pour participer à celui-ci, mais en passant devant la tribune officielle où se tenait le général Giraud nous n’avons pas salué !

1942, c’est le tournant de la guerre, celui du débarquement en Afrique du Nord après que les Etats – Unis aient connu une attaque lâche à Hawaï en décembre 1941 puis qu’ils aient remporté la bataille de Midway en juin 1942, le tournant c’est Stalingrad, le tournant c’est lorsque Montgomery bat Rommel en Afrique du Nord.

1942, c’est le tournant de la guerre, le tournant fondamental pour le général de Gaulle où il pouvait tout perdre ou tout gagner.

Madame de Vasselot va poursuivre avec l’intensification de la Résistance. »

 

  1. Odile de Vasselot.: «  Encore un mot du service de la ligne d’évasion des aviateurs qui a été une chose merveilleuse et qui a créé entre nous qui nous nous en occupions une amitié très forte puisque nous nous réunissons encore aujourd’hui tous les ans en octobre à Bruxelles.

C’est une fille qui a fondé le réseau. Elle était infirmière à Bruxelles pendant la guerre et elle soignait les blessés qui une fois guéris auraient du être livrés aux Allemands car la Belgique était envahie ayant capitulée.  Au lieu de cela, elle les a bien soignés et a organisé leur évasion jusqu’en Espagne car un ami lui a dit :  » Tu sais, je connais Bayonne….. Ce n’est pas difficile de passer en Espagne parce qu’avant la guerre, tous les dimanches, nous y allions et achetions du chocolat ….  »

C’est pour cela que nous avons choisi cet itinéraire. Nous nous réunissons tous les ans en octobre à Bruxelles, et les Anglais viennent aussi, pour ceux qui restent. J’ai retrouvé des boys – nous disions ainsi – que j’avais fait passer. Ils sont très reconnaissants de cette ligne d’évasion qui existait et ils donnent toujours de l’argent pour l’association d’entraide qui intervient pour aider aujourd’hui ceux qui sont dans la pauvreté.

Cette fille dit toujours :  » Ne nous remerciez pas, car nous avons eu la chance de faire la guerre sans devoir tuer, mais notre mission était de ramener des pères à leurs enfants, des maris à leurs femmes.  » Et je trouve que c’est magnifique d’avoir pu faire la guerre comme ça et c’est la pureté de l’amitié qui existe entre nous.

Je pourrais vous parler de ce réseau Comète pendant longtemps car il m’a beaucoup frappée.

Je n’oublierai jamais……

J’allais trois fois par semaine de Paris à Lille. Après cela, à Lille, on prenait un petit autobus qui allait à un village français en face d’un village belge où les aviateurs – les boys – étaient arrivés dans la même journée ; et puis, à la nuit, avec un passeur qui était un douanier ou le curé ou le maire ou l’instituteur ou n’importe qui, on passait dans le village belge et on ramenait les boys dans le village français, et on reprenait le train le lendemain matin à Lille. Cela s’appelait une passe parce qu’on ne pouvait pas emprunter l’endroit officiel.

Mais alors, la première fois que j’ai fait cela, je me suis retrouvée dans le village appelé Bachy en France, la passe était pour Rumes en Belgique, les deux villages étaient jumelés. J’étais avec un certain Jean-Jacques qui avait quelques années de plus que moi et qui était mon chef en quelque sorte.

 » Regardez bien ce que nous faisons, car la prochaine fois vous serez toute seule. »

Dans le village de Bachy, nous sommes entrés dans une certaine maison, qui était celle du douanier d’ailleurs. Je ne l’oublierai jamais, le douanier m’a regardée des pieds à la tête, Jean-Jacques m’a présentée, il m’a de nouveau regardée des pieds à la tête et m’a dit :  » Oh ! Ma petite fille, ça ne va pas ce que vous avez sur le dos aujourd’hui, c’est beaucoup trop clair, ça va se voir tout à l’heure dans la plaine ( avec un grand P ….. ! ). »

J’étais habillée en gris clair je crois. Il est allé dans la pièce voisine, a rapporté une pèlerine qu’il m’a mise sur le dos.

 » Et puis vos souliers, c’est pas possible. » Il est allé chercher des bottes que j’ai enfilées aussi. Puis il regarde par la fenêtre,  et dit :  » On peut y aller. »

On est parti tous les trois, lui Maurice Bricoud, moi, et Jean-Jacques derrière. Nous sommes partis par la porte du fond de la maison, celle qui donne sur la plaine, et non par celle de devant qui donne sur la rue principale. Lorsque je me suis retrouvée dans la plaine, par une nuit noire, entre ces deux personnes que je ne connaissais pas deux jours avant, je me disais que nous sommes entre deux frontières, que je vais chercher des aviateurs alliés de l’autre coté ….., non vraiment, je croyais que je vivais un film et en même temps c’est exactement comme cela que je me disais qu’on pouvait faire la guerre quant on était une fille, qu’on n’était pas un soldat, qu’on avait 20 ans. Car habitant Metz, et dans une famille de militaires, souvent nous étions les cousins et les cousines à faire la petite guerre. C’était exactement cela. De plus j’avais lu aussi des livres que vous ne connaissez plus aujourd’hui. Il y en avait un qui s’appelait : La guerre des femmes – Histoire de Louise de Bettignies et de ses compagnes, paru en 1930 et qui évoquait les Belges et les Françaises actives pendant la Guerre de 1914 – 1918. J’étais passionnée par ce genre de livre, et vraiment je me représentais exactement la possibilité de faire la guerre ainsi quant on était une fille.

Maurice arrive après avoir marché dans la nuit noire, il y avait un phare qui tournait, mais comme il était fixé à un pilonne fixe, on passe à coté, je vois Maurice le premier s’aplatir sous une rangée de fil de fer barbelé ; et puis il y avait de l’eau ( je comprends pourquoi il fallait des botes ). Maurice se retourne et me dit :  » ça c’est pour que les chiens perdent notre trace. »

Et puis après cela on s’est aplati sur la seconde rangée de fil de fer barbelé. Et puis on marche encore 3 kilomètres et on arrive dans le village belge. Maurice qui connaissait tout cela puisqu’il était douanier du coin est allé frapper au volet d’une maison qui était Le café de la gare, on nous a fait entrer, et dans une pièce il y avait donc des Anglais et peut-être des Américains (je ne sais plus ).

Je passe sur tous les détails.

Une autre chose que je voudrais vous dire.

En 1943, un garçon qui était chargé du ramassage des aviateurs, ici et là, dans la campagne, a constaté qu’il y avait eu 200 Belges arrêtés à Bruxelles dont des logeurs d’aviateurs. C’était très courageux de loger des boys car les voisins épiaient ce que vous faisiez, ils s’apercevaient que de grands garçons entraient dans la maison, la boulangère constatait que madame une telle prenait beaucoup de pain une semaine et qu’elle devait avoir du monde… C’était très dangereux d’être logeur ; c’était beaucoup moins dangereux de voyager dans le train avec eux.

Donc il y avait eu 200 Belges arrêtés, et nous avions déjà passé 15 boys peut-être, en un mois.

Alors, il prend contact avec Londres par la radio :  » Est-ce que cela vaut la peine de continuer ? C’est mathématiquement parlant non rentable.  » Londres a répondu cette phrase qui m’a beaucoup encouragé à continuer :  » Vous ne vous rendez pas compte que ce que vous faites est très important pour la guerre, car ramener les aviateurs évite d’en former de nouveaux, ce qui est très long et très onéreux ; mais surtout cela a complètement transformé le moral de ceux qui partent.  » Parce qu’avant de partir lorsqu’un avion s’écrase au sol on fait une croix sur les camarades qui étaient à bord ; on prévient les familles,  » votre mari n’est pas rentré de telle mission, nous vous communiquerons des renseignements au fur et à mesure que nous en aurons  » ; la famille prend déjà le deuil ou presque. Puis 8 jours, 1 mois ou 2 après on voit revenir le type en question, rigolard comme tout, en pleine santé, et disant :  » Mais, mesdames ne vous inquiétez pas, on peut y aller ( en fait, ils avaient très peur d’être pris dans le feu croisé des projecteurs et des tirs des avions chasseurs ennemis ) ; lorsque l’avion sera touché, on peut sauter en parachute. Et puis il y a au sol des jeunes gens qui nous accueillent, des filles qui nous font passer les frontières et puis il y a Paris…. Voyez, moi, j’ai déjeuné à Montmartre… »

Alors, voyez, cela les avait complètement transformés et ils partaient sans beaucoup de frayeur pour des missions de bombardement qui étaient quelques fois terrorisantes.

Tout à l’heure j’évoquais la Milice qui pourchassait les Réseaux de résistance. Et malheureusement il y a eu un traître, début 1944, qui nous a donnés.

Le 4 janvier 1944, je voyageais avec deux boys dans le train bondé car c’était le retour des vacances de Noël. Je voyageais debout dans le couloir avec un boy à droite et un autre à gauche. Suite à la trahison, la Gestapo savait que nous serions dans ce train là. Des hommes de la Gestapo avec leur imperméable couleur mastic nous ont demandé nos cartes d’identité. Ils n’ont même pas regardé la mienne, j’avais l’air d’une gamine. Ils ont pris la carte de l’Anglais à droite.  » Comment vous appelez-vous ?  » Alors le type ne comprenant pas, ne pouvait pas répondre. Ils ont demandé en même temps à l’autre à gauche :  » Où habitez-vous ?  » Il a fait pareil, il ne comprenait pas…. Etaient-ils sourds et muets ?  Alors, naturellement, comme les Allemands savaient que nous serions dans ce train là, ils ont compris que c’étaient eux les boys qu’ils cherchaient. Ils les ont fouillés, ils ont trouvé les journaux que je leur avais achetés à Lille pour qu’ils s’occupent dans le train. Comme nous arrivions à Arras, on les a fait descendre. Alors là ils ont été formidables, ils sont passés devant moi, m’ont regardée un millième de seconde sans bouger un sourcil. Et puis, hélas, je me retenais pour ne rien dire, j’aurais broyé la barre de cuivre qui passe devant la fenêtre du train… Les gens du compartiment demandaient :   » Mais que se passe-t-il…. Ils ne parlent pas…… » J’ai fait :  » Je ne sais pas. »

Les Allemands ont fait garder le wagon en le bouclant aux deux bouts. Puis ils sont revenus, car ils pensaient bien que ces deux boys n’étaient pas tout seul ; ils voulaient surtout avoir celui qui les conduisait, cela les intéressait. Ils nous ont repoussés dans les compartiments, bouclé ceux-ci et ils ont commencé la fouille des bagages, des habits, de tout. Oh ! C’était épouvantable. Une fois de plus j’ai donné ma carte d’identité. Ils ne m’ont pas posé la moindre question. Ils auraient pu me demander :  » Mais mademoiselle, vous êtes de Paris ? Vous êtes allée à Lille ? Vous y avez de la famille ? Chez qui êtes-vous allée ? « Je n’aurais pas pu répondre la moindre chose.

Ils ont malheureusement arrêté un monsieur dans le compartiment justement où on m’avait enfermée ; un monsieur qui avait des pommes de terre dans sa valise. Et alors, lui, il a expliqué qu’il était allé voir sa femme qui lui avait donné du ravitaillement car on mangeait très mal à Paris. Face à cela les Allemands disaient que c’était louche d’avoir des pommes de terre dans sa valise.

A ce moment là j’ai avalé un papier dont je me suis souvenu au dernier moment et que j’avais dans la poche.

Il faut dire que nous n’avions pas pu monter dans le wagon pour lequel j’avais acheté les billets. J’avais traîné les aviateurs dans le wagon de 1° classe et le contrôleur était passé et avait demandé des suppléments. Comme nous n’étions pas du tout formés, que nous étions des apprentis espions, j’avais pris les 2 billets de mes boys et demandé 3 suppléments au contrôleur. Celui-ci avait écrit les 3 suppléments sur son carnet avec les numéros des billets et me donna un double que je mis dans ma poche. C’était une idiotie car les 3 billets avaient des numéros qui se suivaient. Je pensais à ce papier dans ma poche, je l’ai avalé pendant que les Allemands faisaient la fouille du compartiment.

Ce que je ne comprends pas c’est que le traître qui nous avait donnés, n’a pas dit que ce serait une fille qui conduirait les boys. Ils ont arrêté un monsieur qui avait 40 – 45 ans ( qui s’en est tout de même sorti ).

J’ai eu de la chance et en même temps des remords vis-à-vis de lui parce que je ne pouvais pas dire :      » Messieurs, c’est pas lui, c’est moi ! » On m’avait dit :  » Surtout ne vous faites jamais arrêter, même si on arrête un innocent. Celui-ci ne pourra jamais rien dire, il pourra prouver son innocence ; tandis que vous, si vous êtes torturée, vous pouvez livrer des noms des gens du réseau ( de La Haye jusqu’à Gibraltar ! )  »

Le 4 janvier 1944 j’étais donc de nouveau au chômage de la Résistance. J’ai contacté le service de renseignements qui m’avait envoyée à Toulouse. Comme je n’avais rien eu depuis 6 mois, que je n’avais pas été filée par les Allemands, que je semblais inoffensive voire non nuisible, je suis revenue dans ce service de renseignements jusqu’à la Libération de Paris en août 1944. »

Monsieur Y.G. achève la conférence en donnant les principales conséquences de l’appel du 18 juin 1940 jusqu’à la capitulation allemande de mai 1945.

 

  1. Guéna.: « Je voudrais être bref à présent.

J’en étais au débarquement américain en Afrique du Nord.

Evidemment, c’était pour le général de Gaulle une surprise. Personne ne l’avait prévenu. Il faut dire que les Américains n’avaient aucune considération pour nous et aucune considération pour la France, parce qu’ils croyaient, en 1939, que la France avait la meilleure armée du monde ; et voyant que ce n’était pas cela, pour eux une défaite militaire était un affront dont il était difficile de se remettre.

Apprenant  que les Américains débarquaient sans l’avoir prévenu ; qu’ils avaient trouvé une espèce d’autre de Gaulle – heureusement que ce n’était pas une espèce d’autre de Gaulle ! – en la personne du général Giraud ; qu’ils avaient trouvé Darlan qui était là par hasard et lui avaient confié la responsabilité de toute l’Afrique du Nord ; le général de Gaulle vit combien la situation était ahurissante et que l’on pouvait se demander si la Libération de la France n’allait pas se faire avec la complicité de Vichy !

D’ailleurs on va voir qu’ils ont gardé cette idée longtemps.

Donc le général a compris – il comprend très vite les choses – qu’il fallait relancer le combat.

Alors que le débarquement avait eu lieu le 8 novembre 1942, il a prononcé un discours le 11 novembre à l’Albert Hall de Londres en expliquant cela, en disant que la France doit participer complètement à sa libération ; et il a pris contact avec la Résistance avec laquelle il avait des relations, naturellement, mais qui était disparate ( il y avait ceux de la Résistance qui n’avaient pas une assise politique, ils avaient ceux qui avaient une assise politique d’un bord ou d’un autre, tous étaient efficaces mais un peu désordonnés ).

C’est à ce moment là que le général de Gaulle a fait parachuter Jean Moulin avec comme mission de réunir toute la Résistance avec les F.F.L. dans un seul combat. Et la dernière phrase du général de Gaulle dans son discours du 11 novembre 1942 est :  » Un seul combat pour une seule patrie.  » C’est ce qui va se faire d’ailleurs.

Mon ami Daniel Cordier, avec qui j’avais fait mes classes militaires en Angleterre, et qui était à coté de Jean Moulin comme secrétaire, a raconté dans Alias Caracalla ce que cela représentait que de regrouper toute la Résistance. Jean Moulin a réussi, le C.N.R. s’est réuni le 27 mai 1943, et a dit qu’oui, il était d’accord pour une union du combat avec de Gaulle et sous les ordres du général de Gaulle.

Jean Moulin sera pris peu de temps après et moura. C’était un pur héros. Je me rappelle l’entrée de ses cendres au Panthéon en 1964 avec André Malraux disant :  » Entre ici Jean Moulin avec ton terrible cortège.. ombres défigurées  » qui évoque Jean Moulin pris par les Allemands, mort sous la torture sans avoir livré un seul nom, lui qui les savait tous.

Le général de Gaulle a bien senti cela et même le général Giraud l’a bien compris.

Le général de Gaulle, huit mois après le débarquement, a pu s’installer à Alger. Il était co-président avec Giraud. Avant les deux hommes n’avaient pas le même niveau. De Gaulle a dit à Giraud :  » Vous savez que c’est contraire aux règles de la République qu’on soit à la fois chef des armées et président du gouvernement. Il faudrait que vous choisissiez.  » Alors Giraud a choisi de garder l’armée, et donc il était sous les ordres du chef du gouvernement, à savoir de Gaulle. Et à la première bourde faite par Giraud, notamment au moment de la Libération de la Corse, de Gaulle l’a limogé.

De Gaulle s’est trouvé seul à Alger avec : un Comité national ayant des représentants des partis politiques qui n’avaient pas été vichystes, des représentants de la Résistance ; et une assemblée consultative. Tout avait les apparences – et plus que les apparences – d’un Etat.

Puis vint le temps du débarquement en France, le général de Gaulle a fait un séjour à Londres deux jours avant le 6 juin 1944 pour rencontrer Eisenhower. Ce dernier lui explique ses plans et lui dit :  » Voila le discours que je vais faire à la radio pour les Français et toute l’Europe, lorsque je serais sûr que mes troupes ont pris pied.  » Et dans ce discours il dit :  » Nous arrivons pour vous libérer, surtout ne bougez pas, tous ceux qui ont des responsabilités et sont en place continueront à les exercer.  »

Alors Eisenhower dit au général de Gaulle :  » Mon général, il faudrait que vous appuyiez cela comme vont le faire le Roi de Norvège ou la Reine de Hollande…. « . Le général de Gaulle a dit :  » Non, je ne parlerai pas à ce moment là, je parlerai lorsque je l’estimerai utile. » Le général de Gaulle qui naturellement ne veut pas que ce soit les Américains avec l’A.M.G.O.T. ( gouvernement militaire allié pour les territoires occupés ) qui gouvernent la France à coté des préfets de Vichy, dit dans  son discours du soir :  » La bataille suprême et engagée.  » , et à la fin il dit :  » C’est la bataille de France, c’est la bataille de la France.  »

Et comme le reconnaîtra Eisenhower, la Résistance armée très active, était équivalente à 14 divisions. Les Allemands ont été secoués. J’étais en Dordogne, et là comme ailleurs, les troupes allemandes qui remontaient vers le nord ont eu beaucoup de difficultés pour passer.

Lorsque le temps est venu aux divisions blindées de débarquer à leur tour à la fin de juillet, la division Leclerc a débarqué en Normandie et 15 jours plus tard la  1° armée française de de Lattre de Tassigny débarquait dans le sud de la France. On sait comment Leclerc ( je dis Leclerc, véritable maréchal d’Empire, car depuis l’Empire on n’avait pas connu un chef de guerre comme lui ) a contribué à la Libération de Paris. Je dis contribué car la Libération de Paris a été lancée par la Résistance intérieure et notamment les F.T.P. et c’est là où le fait que le général de Gaulle ait pu réunir toute la Résistance sous son autorité est remarquable. Moi je suis très ému lorsque je vois la photographie à Montparnasse le 25 août 1944 avec le général de Gaulle ayant à coté de lui Leclerc, Rol Tanguy, et que le général de Gaulle se rendant à l’Hôtel de ville dira :  » Paris martyrisé, mais Paris libéré, libéré par lui-même et avec le concours des armées de la France. »

Et après Paris, ce sera Strasbourg avec une manœuvre superbe de Leclerc, et nous rentrons en Allemagne.

Dans toutes les préfectures sont installés des commissaires de la République qui avaient été désignés à l’avance par le général de Gaulle en relation avec la Résistance.

La France a vraiment participé à la bataille et a été immédiatement administrée par elle-même et sans aucun relent de vichysme bien entendu.

A la fin de la guerre, l’Allemagne a capitulé (ce n’est pas un armistice ). Lorsque le maréchal Keitel entre dans la salle où il va signer la capitulation, il voit les uniformes des généraux anglais et américains, et il voit de Lattre et il dit :  » Quoi ? Les Français aussi ?  » Oui, les Français aussi, nous avons signé la capitulation de l’Allemagne, nous aurons une zone d’occupation en Allemagne comme les Américains les Anglais et les Russes. Et lorsque sera créée l’O.N.U., quelques mois plus tard, la France sera reconnue comme l’un des 5 membres permanents du Conseil de Sécurité, comme l’une des 5 grandes puissances du monde.

 

Conclusion : Quand on se souvient l’état de la France au moment de l’appel du 18 juin 1940 et que l’on voit l’état de la France à la fin de la guerre en 1945 étant reconnue comme l’une des 5 plus grandes puissances du monde, je dis :  merci mon général. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ODILE DE VASSELOT :

Tombés du ciel – Histoire d’une ligne d’évasion

(Editions du Félin).

 

 

Lors d’une réunion, que notre association Mémoire et Espoirs de la Résistance avait organisé au Musée Jean Moulin, des résistants ou leur enfant avaient témoigné sur leur parcours ou celui de leurs parents. Odile de Vasselot raconta avec émotion l’histoire d’une admirable jeune infirmière belge Andrée de Jongh dite «Dédé» à l’origine de la filière d’évasion « Comète ». Aujourd’hui, elle vient de publier ses souvenirs : « Tombés du ciel – histoire d’une ligne d’évasion » – aux éditions du Félin.

La première partie de ce livre-témoignage est l’histoire de cette « ligne comète » qui de juin 40 à août 1944 permis, à environ 800 aviateurs alliés abattus au-dessus de la France et de la Belgique, et aussi à de nombreux blessés et prisonniers évadés de rejoindre par l’Espagne, la Grande-Bretagne. C’est bien sûr l’histoire de «Dédé» et ses premiers pas dans la résistance, qui avec quelques compagnons passeurs recherchent les planques disponibles et les relais qui vont leur permettre d’ abriter puis de convoyer ces évadés pour la plupart « tombés du ciel ». Histoires de ces passeurs convoyeurs, de leurs longs voyages semés d’embûches, en train à travers la France jusqu’à Bayonne, puis la frontière espagnole et la terrible montage qu’il faut franchir par tous les temps. Petit à petit cette « ligne » va se transformer en un vaste réseau d’évasions qui s’étend depuis les Pays-Bas jusqu’à Gibraltar.

Odile de Vasselot trace quelques savoureux et rudes portraits de toutes ces femmes et de tous ces hommes courageux et tenaces qui ont choisi d’accompagner et d’abriter au péril de leur vie ces évadés. Jour après jour au travers de toutes les anecdotes, qu’elle raconte, mélange d’insolite et de tragique on voit s’allonger

la liste des évadés rendus à la liberté, l’histoire n’a pas retenu les noms, qui seront arrêtés, torturés et déportés. La deuxième partie du livre est le récit autobiographique, vivant et

plein d’humour d’une jeune fille « de bonne famille » dont le père était officier supérieur à Metz, du temps où un certain colonel de Gaulle commandait les chars et où leurs familles se croisaient dans les salons de la garnison. Après l’exode, réfugiée en province, elle assiste incrédule aux dialogues de ses deux oncles l’un plutôt maréchaliste et l’autre plutôt gaulliste ( combien de familles à cette époque eurent de telles conversations !), de retour à Paris elle n’a qu’une idée : « faire quelque chose contre l’occupant ». A l’insu de ses parents, du moins au début, elle sert d’agent de liaison au service de renseignement « Zéro », prenant le train chaque fin de semaine, elles est chargée de remettre courriers et documents à « une boîte aux lettres » à Toulouse, avec en toile de fond la menace sans cesse présente d’une arrestation par la Gestapo. C’est au début de l’année 44 qu’elle rejoindra « la Ligne comète ».

C’est un agréable récit autobiographique que nous livre ici Odile de Vasselot, avec un art consommé de l’anecdote. C’est aussi et surtout un témoignage écrit avec passion en hommage à tous ses camarades résistants-passeurs et en souvenir de tous ces jeunes gens aviateurs, insouciants et courageux qu’elle convoyait.

Lors de son témoignage, au Musée Jean Moulin, elle avait conclu son intervention par ces mots. « Quand à la fin du conflit tous ces hommes sauvés voulurent remercier « Dédé » ils s’attirèrent

comme réponse : « Ne me remerciez pas, car moi j’ai eu la chance de faire la guerre sans jamais tuer personne… ».

Odile de Vasselot aurait à coup sûr fait la même réponse.

Après la guerre elle a fondé et dirigé le lycée Sainte-Marie à Abidjan.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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