juil 24 2010

Marcel Dan et René Macé

Allocution de Jacques Vico lors des cérémonies du maquis de Saint Clair le 4 juillet 2010

Nous voici, à nouveau, devant cette Croix de Lorraine, symbole de la France Libre, symbole de la Résistance Française.

Il y a soixante dix ans l’Armée Française était écrasée . La France était occupée en grande partie, puis en totalité en novembre 1942. Un gouvernement de collaboration était mis en place à Vichy. Les principes fondamentaux de notre Démocratie: Liberté, Egalité, Fraternité étaient éliminés.

L’Appel du 18 juin 194O du Général de Gaulle fait renaitre l’Espérance. La Résistance naissait. Le Maquis de Saint Clair était l’expression de cette volonté de reconquérir l’Indépendance Nationale. Ces hommes et ces femmes de la Résistance sont allés jusqu’au terme de leur engagement et beaucoup ont payé de leur vie cette fidélité.

Chaque année, ensemble, nous honorons la mémoire de ces héros. Il faut continuer à transmettre l’Esprit et les Valeurs de la Résistance.

Pour renforcer ce travail de Mémoire, nous avons crée le Concours National sur la Résistance et sur la Déportation. Parallèlement nous avons réalisé des cédéroms sur la Résistance dans le Calvados , la Manche et l’Orne. Ils constituent une histoire rigoureuse de la Résistance. De même nous avons réalisé des D.V.D. sur des manifestations exceptionnelles.

Aujourd’hui nous vous informons que nous entreprenons, avec   Monsieur   Gérard   Fournier   Historien,   des recherches Complémentaires sur l’Histoire du Maquis de Saint-Clair pour mieux faire connaître les hommes et les femmes de ce Maquis et les actions conduites

Par ailleurs le Collège de Courdimanche, Val d’Oise, est venu en 1992, 2OO1 et 2OO5 découvrir le Maquis de Saint-Clair et la Résistance Normande. Ils ont interrogé de nombreux témoins. Ces témoignages ont été enregistrés et rassemblés par leurs professeurs Messieurs Jean-Pierre Dubreuil et Jean-François Couriol.

Ils seront publiés sous le titre « Passeurs de Mémoire du Maquis de Saint Clair et de Normandie »

Aujourd’hui évoquons l’une des actions des plus importantes du Maquis: la destruction de la voie ferrée Caen-Flers, près de la Halte de Grimbosq, dans la nuit du 5 au 6 juin 1944.

Les responsables du Maquis de Saint Clair apprennent le 5 juin au soir, l’imminence du débarquement , par ce message personnel diffusé par la radio anglaise : Le champ du laboureur dans le matin brumeux. C’est l’alerte générale, et les consignes prévues sont mises immédiatement en application. Chaque équipe connait sa mission. Dés la nuit même l’équipe d’André Le Nevez doit faire sauter la voie ferrée, Cette équipe est constituée de André Le Nevez, de son fils Robert, d’André Héricy, de Marcel Dan et une cinquième personne, présentée comme le fils de Marcel Dan. Or il s’agit en fait de René Macé auquel il n’a jamais été rendu un hommage public, alors que son parcours est exemplaire. Les membres de cette équipe sont des hommes de caractère, solides, courageux et déjà engagés dans la Résistance, depuis plusieurs années. André Héricy est un jeune menuisier compétent, engagé depuis 1942 dans la Résistance active.

André Le Nevez , garagiste, est un responsable déterminé et motivé. Son fils Robert est lui aussi convaincu de la nécessité de s’engager et d’agir.

Marcel Dan avait une petite entreprise de maçonnerie à Thury Harcourt. Mobilisé en 194O, il reçoit une formation très poussée d’artificier. Brigadier dans une unité d’artillerie, il est envoyé à Rouen le 3O mai 194O pour procéder à la neutralisation et à l’enlèvement des bombes allemandes non explosées. Il accomplit sa mission avec succès. Pour lui la guerre se termine dans le Lot-et-Garonne. Démobilisé il regagne la Normandie, et reprend son entreprise. Un jour de 1942, il est appelé sur un chantier à Cesny-Bois-Halbout. Ce chantier se situe en face du garagiste de la Commune, André Le Nevez. Les deux hommes font connaissance. Ils sympathisent, parlent de Résistance et Marcel Dan accepte, avec joie, cet engagement nouveau auquel il aspirait. Il accueille des réfractaires au Travail Obligatoire, et c’est comme cela qu’il reçoit René Macé. Ce dernier avait été requis par l’Organisation TODT pour travailler comme maçon sur le Mur de l’Atlantique, à Cherbourg II refuse, et quitte son domicile d’Hermainville. Il se retrouve, comme maçon, à Thury Harcourt chez Marcel Dan.

Marcel   Dan participe à tous les parachutages du Maquis de Saint Clair, d’abord: le 8 septembre 1943 parachutage d’armes organisé par André Le Nevez, sur les terres de la famille Abavent à Acqueville, puis ceux  des 12 mai et 2 juin 1944 sur le Plateau de Saint Clair. Il est accompagné dans ses missions délicates par René Macé. Marcel Dan fait partie de cette nouvelle mission de sabotage la voie ferrée Caen-Flers dans la nuit du 5 au 6 juin 1944.

Là encore il est accompagné par René Macé, qu’il présente tantôt comme son fils, tantôt comme son cousin. Aidé par René, Marcel Dan place les charges de plastique et les crayons détonateurs au raccordement des rails. Son expérience d’artificier-démineur fait merveille. L’opération est un succès complet.

Ce rôle remarquable de Marcel Dan n’a pas reçu la reconnaissance officielle qu’il méritait. Il a été décoré de la Croix de Guerre le 18 mars 1947, mais il méritait d’avantage. Marcel Dan avec son fils Claude et René Macé ont érigé le Monument de Saint Clair après la tragédie du 8 juillet 1944.

René Macé était né le 9 octobre 19O9 à Hermanville-sur-Mer. Son père exerçait le métier de maçon. René devient orphelin très jeune. Son père, mobilisé comme Caporal au 23ème Régiment dInfanterie, meurt des suites de ses blessures de guerre le 11 septembre 1917.

Après ses études primaires, René part travailler dès l’âge de 14 ans. Il est apprenti menuisier. Il se marie le 1O décembre 1929. Il est appelé sous les drapeaux le 3O septembre 193O. Il est affecté au 43ème Régiment d’Artillerie à Caen* René Macé est mobilisé en avril 194O, peu de temps après la naissance de son troisième enfant. Il est fait prisonnier le 15 juin 194O. Il est transféré dans un stalag en Allemagne. Hélas son troisième enfant décède en avril 1941. En juin 1942, après ces Épreuves, il peut rentrer en France, dans le cadre de la « relève ».

C’est la fin d’un long cauchemar. Six mois après son retour, René est convoqué à Cherbourg par l’Entreprise TODT. Il refuse de travailler pour les Allemands. Un ami, lui fait donc connaitre, Marcel Dan qui accepte de le prendre comme ouvrier. Mais avant de basculer dans la clandestinité, René Macé écrit de Cherbourg une lettre fictive adressée à sa femme. Quand les feldgendarmes arrivent à son domicile, son épouse présente cette lettre confirmant qu’il est bien allé travailler à Cherbourg, et qu’elle n’a plus de nouvelles depuis.

Après les parachutages et les opérations de sabotage, il est revenu vivre à Hermainville-sur-Mer avec sa femme et ses deux enfants. Puis après la reprise de l’activité industrielle de la S.M.N., il obtient un emploi de manœuvre.

En 195O il achète une moto pour se rendre à son travail.. Dans la soirée du 21 décembre 1961, il est retrouvé mort à Bieville-Beuville sur le côté de la route, tombé de sa moto. Hélas aucune information ne sera recueillie sur cette tragédie.

Après la guerre, René Macé, n’avait pas cherché à faire valoir ses droits de Résistant. Il avait fait son devoir II ne demandera rien.

Voici donc l’histoire d’un homme de courage et de générosité prenant sans cesse des risques, pour la Libération de la France . Il est atteint par beaucoup d’épreuves, et termine son long chemin d’une façon tragique.

Pour rendre aujourd’hui l’hommage à Marcel Dan et à René Macé qu’ils méritent, nous reprenons un texte de Pierre Brossolette.

Ce dernier fut l’un des principaux dirigeants de la Résistance Française. En avril 1942 il rencontre le Général de Gaulle . Il devient à Londres le porte-voix des Combattants de l’Ombre. Dans un discours du 18 juin 1943, il rend un vibrant hommage  » Aux Soutiers de la Gloire ». Il déclare:  » … Ces hommes du « combat souterrain de la Libération, ces hommes tués, blessés, « arrêtés, torturés, chassés toujours de leur foyer, coupés souvent « de leur famille, combattants d’autant plus émouvants qu’ils « n’ont point d’uniformes, ni d’étendards, régiment sans « drapeau dont les sacrifices et les batailles ne s’inscrivent point « en lettres d’or dans le frémissement de la soie, mais seulement « dans la mémoire fraternelle et déchirée de ceux qui survivront. Il « faut les saluer . La gloire est comme ces navires ou l’on ne « meurt pas seulement à ciel ouvert, mais aussi dans l’obscurité « pathétique des cales. C’est ainsi que luttent et que meurent les « hommes du combat souterrain de la France.  » Saluez-les, Français,! ce sont les soutiers de la gloire! » Nous saluons aujourd’hui Marcel Dan et René Macé. Nous saluons leurs familles, tous les combattants du Maquis de Saint-Clair, et les héros de ce Maquis, : Jean Renaud-Dandicolle, Maurice Larcher, John Cleary, Eugénie et Georges Grosclaude.

Le F résident Jacques VICO

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