fév 09 2009

Maquis de Saint Clair (Calvados) : son histoire par Henri Lampérière

Le maquis de Saint-Clair est issu de l’amalgame en février 1944 de plusieurs groupes de Résistance opérant depuis le début de l’Occupation dans un vaste secteur au S.E. de Caen. Le maquis de Saint Clair, sous les ordres du Capitaine Dandicolle, passe à l’action, à la veille du Débarquement. L’effectif du maquis est alors d’une centaine de personnes. Une moitié se destine aux opérations actives, l’autre moitié se consacre au renseignement et à l’asile. Le Capitaine Jean Renaud-Dandicolle du Spécial Opération Exécutive (S.O.E.), britannique,est un jeune officier d’origine bordelaise qui a été parachuté en Mayenne pour y unir les maquis. Il a ensuite organisé tous les parachutages pour un maquis dans la Manche, avant de placer sous son commandement trois groupes de résistants qui ont formé le maquis : le groupe d’André Lenevez, le groupe de Jean Foucu. et le groupe d’André Masseron.André Lenevez est en relation avec l’Intelligence Service, il ramasse les armes abandonnées par les Français, donne des renseignements sur les troupes et sur l’aviation allemandes, fabrique de fausses cartes d’identité et d’alimentation et organise une filière de cache pour les réfractaires au S.T.O. dans les fermes du secteur. Au début de 1943, il est contacté par un responsable de l’O.C.M, qui lui demande de former un groupe d’une quinzaine d’hommes qui devront être prêts à agir en vue du jour J. Le 5 février 1944, il se rend à la maternité de Bénouville, un centre important de l’activité clandestine, et y rencontre le capitaine Jean Renaud-Dandicolle. André Lenevez quitte alors l’O.C.M. et s’intègre à la nouvelle formation qui dirige le maquis de Saint-Clair, avec le titre de lieutenant.
Dès 1941, Jean Foucu, lui, est en contact avec un officier des services spéciaux anglais. Il pose des balises-radio pour guider les avions alliés, cherche des renseignements, essaie de lutter contre la Déportation. En septembre 1943, avec Henri Lampérière, gendarme à Bretteville-sur-Laize, il centralise du matériel amassé en vue de la préparation des combats de la Libération. (grenades, fusils, revolvers)Le travail de renseignement, accompli par le groupe Foucu, Lampérière, et le groupe Masseron, permit d’identifier les installations secrètes faites par les Allemands. Des rampes de lancement de V1 furent ainsi neutralisées par les Alliés dès les premiers jours du Débarquement.
André Masseron, un charcutier, crée, en 1941, un groupe affilié à l’O.C.M. Ce réseau de renseignements et d’aide aux parachutistes alliés en détresse ou en mission, lutte également contre la Déportation. Le groupe Masseron bien organisé et prêt à passer à l’action, délivre à lui seul plusieurs centaines de fausses cartes et de faux papiers aux réfractaires du S.T.O. Beaucoup d’entre eux sont cachés dans les fermes de la région. Le dépôt d’armes pour équiper ces futurs combattants se trouve chez M. Masseron.
Au début de 1944, le groupe Foucu-Lampérière se joint au groupe Lenevez pour former le maquis de Saint-Clair. Quelque temps après, celui d’André Masseron se joint à eux. Sous le commandement du Capitaine Jean-Renaud Dandicolle, le maquis de Saint-Clair passe à l’action.
Fin avril 1944, la B.B.C annonce un parachutage à Saint-Clair :”Le cerf-volant tire la ficelle, des écureuils ramassent les noix”.Ainsi prévenu le maquis réceptionne et camoufle, le 18 mai et le 3 juin, cinq tonnes d’armes, de munitions et d’explosifs, des postes récepteurs de radio miniaturisés, des pansements et du ravitaillement dans la ferme des époux Grosclaude à Pierrefitte.Cette ferme, isolée, sert de quartier général et camoufle le matériel indispensable à leur mission : mitraillettes Sten, carabines U.S., pistolets, fusils mitrailleurs anglais Bren, plastic, cordeau détonnant, amorces et crayons allumeurs à retardement, grenades, crève-pneus et grenades Gammon…Les hommes du capitaine Jean-Renaud Dandicolle sont prêts à toute intervention.Le 5 juin au soir, la BBC lance le message: “Le chant du laboureur dans le matin brumeux”. Pour les dirigeants du maquis, c’est l’alerte générale. Le Débarquement est imminent, il faut passer à l’action.Une première équipe, composée d’André et Robert Lenevez, de MM.Dan père et fils et d’ André Héricy, doit faire sauter la voie ferrée Caen-Fiers à la hauteur de la halte de Grimbosq dans la nuit du 5 au 3 juin.Une deuxième équipe, placée sous les ordres directs du capitaine Jean Renaud-Dandicolle et comprenant Jean Foucu, et ses amis est chargé d’attaquer une colonne allemande près de l’Etang de Meslay.La troisième équipe enfin, avec Henri Lampérière, se charge de transporter une tonne d’armes et d’explosifs de Saint-Clair à des francs-tireurs qui, abattant des arbres sur les routes, attaquent des estafettes ennemies. ou sèment l’inquiétude et la panique dans les convois allemands en parsemant la route de crève-pneus. Retarder le cheminement des troupes allemandes et de leur matériel vers le front, les démoraliser et de leur donner un sentiment d’insécurité était, dans ces premiers jours du débarquement, précieux pour les Alliés.A la mi-juin, la concentration des troupes allemandes dans la région est telle que le capitaine Jean Renaud-Dandicolle, suivant en cela les ordres du commandement allié tente un repli du maquis. Puis, le 7 juillet, il annonce qu’il a décidé de replier son P.C. sur la Mayenne, en arrière des lignes d’où il pourra renseigner les Alliés sur les mouvements des troupes allemandes.Six personnes restent passer la nuit à la ferme des Grosclaude afin de participer à la soirée d’adieu. Jean Foucu, Jean et Eugénie Grosclaude, les fermiers, Jean Renaud Dandicolle; Maurice Larcher un lieutenant anglais originaire de 1′lle Maurice, officier radio, et un canadien, Cleary, pilote de chasse d’un avion abattu en Mayenne.Le 8 juillet au petit matin ( il est environ 6 heures 30 ), deux Allemands se présentent à la ferme pour vraisemblablement la réquisitionner, car de nombreux soldats allemands campaient dans les bois environnants et étaient sans toit.L’affrontement est inévitable. Les deux soldats sont abattus, mais l’un d’eux qui n’est que blessé a le temps de crier et ainsi d’avertir les troupes allemandes cantonnées à proximité. L’ennemi cerne très rapidement la ferme des Grosclaude..Les quatre maquisards décident de s’enfuir séparément. Maurice Larcher et le pilote canadien partent vers Bonneuil à travers champs. Mais, ils sont finalement rattrapés par leurs poursuivants et abattus à leur tour. Jean Renaud-Dandicolle et Jean Foucu, eux, ont réussi à s’échapper. Jean Foucu a fui par les bois, il connait parfaitement les lieux et parvient à s’en tirer.Par contre, Jean Renaud Dandicolle qui est parti dans une autre direction a été rattrapé par les Allemands.Dans le même temps, les Allemands restés à la ferme ont lâché le chien des Grosclaude, qui aussitôt s’est précipité à la recherche de ses maîtres comme il en a l’habitude. Retrouvés,Georges et Eugénie Grosclaude sont arrêtés, emmenés dans une ferme voisine pour être interrogés. Ils y ont été torturés et humiliés.Puis, les époux Grosclaude ont été ramenés chez eux.. Leurs tortionnaires ont vite découvert le dépôt d’armes, ils ont aussi mis la main sur le poste et se sont appropriés 700000F et les bijoux de Mme Grosclaude. Ils se partagèrent le tout avant de mettre le feu à la ferme.Trois jours après leur arrestation, un sous officier allemand aurait déclaré « Pour Grosclaude et sa femme, c’est fini, ils sont sous terre. »Jamais, on ne retrouvera les corps de Georges et Eugénie Grosclaude, mais ni lui, ni sa femme, malgré les tortures subies, n’ont parlé et aucun membre du réseau n’a, par la suite, été inquiété.Le corps de Jean Renaud-Dandicolle, lui non plus, n’a jamais été retrouvé. L’enquête, entreprise dès novembre 1944 par son père, n’a pas abouti.Le mystère reste aujourd’hui encore entier, malgré le témoignage d’un résistant bordelais, déporté de février à août 1944, qui évoque un compagnon qui, à Buchenwald, se fit appeler Jean Renaud-Dandicolle.Mais, Le père de Jean Renaud Dandicolle n’a jamais retrouvé trace de la présence de son fils à Buchenwald. Aujourd’hui, l’hypothèse la plus souvent retenue par les historiens est que Jean Renaud-Dandicolle aurait été fusillé, puis inhumé anonymement dans la région. Mais cela reste à prouver.En hommage à son activité de Résistant, à son courage, à sa loyauté, il a été fait Chevalier de la légion d’honneur et a reçu la Military cross à titre posthume.La citation suivante accompagne sa nomination dans l’Ordre de la Légion d’honneur : « Jeune officier, d’un courage et d’une valeur exceptionnels, parachuté en Normandie en 1944, a dirigé et équipé des maquis, renseigné les Alliés. Blessé grièvement et fait prisonnier, torturé, ne donna aucun renseignement à l’ennemi. A trouvé une mort glorieuse dans l’accomplissement de sa mission. »Le maquis de Saint-Clair s’achève malheureusement sur cette tragédie.

Texte du 3 juin 19970

D’après le témoignage d’Henri Lampérière, Histoire du maquis de Saint-Clair 1982.

références web suite à une recherche google :

http://www.etab.ac-caen.fr/cleh/peda/histgeo/resistance/hommage.html

http://www.etab.ac-caen.fr/cleh/peda/histgeo/resistance/actions.html

http://amicale.jmbuckmaster.free.fr/DiscoursVico.htm

http://www.guerre-mondiale.org/Articles/helmsman.htm

Un bon article sur Renaud Dandicolle :

http://www.guerre-mondiale.org/Articles/saintclair.htmhttp://www.marianne2.fr/LES-MYSTeRES-DE-L-OUEST_a52603.html

Une réponse

Une réponse à “Maquis de Saint Clair (Calvados) : son histoire par Henri Lampérière”

  1. ALIX J-Claudele 18 nov 2009 à 10:56

    Je suis à la recherche de résistants ayant eu comme chef Désiré Clin ou Alain decopaine en action sur Chartres
    Merci

Répondre à ce post