mar 02 2006

Le Centre René-Nodot évolue dans ses moyens mais non dans ses objectifs

Publié par jfc à 16:05 dans 5 "éditoriaux"

En abandonnant l’idée d’ouvrir un musée de la Résistance et de la Déportation dans le Val d’Oise, sans doute avons-nous pris le risque de décevoir certains. Ce dont nous sommes navrés. Mais, il fallait redonner à notre association une nouvelle dynamique et avoir le souci de garder un lien efficace avec les jeunes générations pour lesquelles le souvenir des engagements au sein de la Résistance est de plus en plus lointain. L’organisation du concours annuel de la Résistance et de la déportation réunit de plus en plus de candidats. L’année 2005 a, de ce point de vue, connu un record d’affluence. Le thème retenu « 1945 : ouverture des camps nazis et génocide » a généré des milliers de travaux de collégiens et de lycéens, pour lesquels la compréhension des faits a été fortement développé par de multiples documentaires, très souvent de grande qualité. Mais, en 2006, un semblable encadrement médiatique ne se produira vraisemblablement pas. On peut le déplorer. 2006 n’est pas une année de commémoration particulière quant à l’histoire de la Résistance ou de la déportation. Le site Internet que nous constituons peu à peu et que nous nous efforçons de rendre pratique à la consultation, s’adresse donc prioritairement, mais non exclusivement, aux candidats de ce concours, avides d’informations. Nous espérons qu’ils trouveront dans la diversité des témoignages mise en ligne les exemples qui manqueront à leurs propos, les éléments de réflexion qu’ils pourront reprendre dans la réalisation de leurs travaux collectifs. Aux côtés des grands sites de la Fondation de la Résistance ou de la Fondation Charles de Gaulle, par exemple, notre site a pour vocation première de transmettre de la façon la plus authentique les propos tenus, le plus souvent, face à un auditoire de jeunes, par d’anciens résistants et déportés. Afin que leurs voix ne s’éteignent pas définitivement à leurs disparitions… D’origines géographiques, philosophiques ou politiques variées, ils témoignent le plus souvent avec un grand souci de clarté et de précision. On ne peut demander à de jeunes gens d’avoir l’expérience de l’historien mais, en multipliant l’écoute et la lecture des témoignages, ils apprennent peu à peu à le devenir modestement…
Les actes du forum de mars 2005 seront bientôt mis en ligne. Nous espérons pouvoir en diffuser prochainement des images…
L’année 2005 a été malheureusement marquée par de multiples disparitions. A la nouvelle de chacune d’entre elles, nous réalisons combien il a été précieux et judicieux de recueillir les souvenirs des disparus. Hélas, pour beaucoup et pour de multiples raisons, ceci ne fut pas possible. Je retiendrai notamment la figure altière du préfet du maquis du Limousin H Guingouin, homme farouchement attaché à la liberté et l’indépendance, qui n’a pas attendu l’opération Barbarossa pour s’engager jusqu’au bout dans l’action de résistance et a qui l’on doit notamment la libération de Limoges. Je retiendrai aussi la figure de J. Martineau dont le passé de résistant n’est connu que de certains Pontoisiens. Homme discret sur son passé, J. Martineau faisait parti du groupe des jeunes Patriotes de Pontoise qui, dirigés par Jean-Claude Chabanne, avait décidé de rechercher, dès l’armistice conclu, dans les bois de l’Isle Adam les armes que l’armée française aurait abandonnées lors de sa débâcle… J. Martineau était, avec Paul Thueux et Marceau Sicaux, l’un des derniers témoins d’un des premiers actes organisés de Résistance en France. Enfin, à ces deux résistants, je souhaiterai associer le souvenir d’une figure féminine de la Résistance particulièrement attachante. Celle de Jeanne Ferrés. Son souvenir illuminera longtemps l’esprit de tout ceux qu’il l’auront connue et côtoyée. Contrairement à beaucoup, Jeanne Ferrés, revenue de Ravensbrück, avait fait le choix de témoigner auprès des jeunes. Lors du forum « Mémoires-Mémoire », en 2001, elle affirmait au petit groupe qui l’entourait et attendait avec impatience ses confidences :
« “Je suis une ancienne résistante; j’ai été arrêtée fin 1941 : J’ai été
au secret à la prison de Fresnes et de la Santé pendant 22 mois, puis déportée au camp de
Ravensbrück où je suis restée jusqu’à la fin des hostilités; c’est-à-dire que j’ai passé
presque 4 ans là-bas…
Si mes camarades et moi, nous témoignons, c’est en espérant que si les jeunes sont bien prémunis, on puisse leur éviter de vivre ce que l’on a vécu en étant beaucoup plus avisés, en connaissant mieux les dangers qu’il peut y avoir.
On a accepté de témoigner mais ce n’est pas toujours très facile parce que cela fait appel à des
souvenirs, des souffrances qui sont encore très aigues. Mais on le fait quand même au cas où cela puisse servir la paix, les libertés…
On compte sur vous. On le fait pour dire:”Soyez prudents!” »
A tous, nous désirons rendre hommage mais surtout, ne jamais oublier leur message…
Notre site Internet est à l’image de ce que fut la Résistance. Par la diversité de ses témoignages, il reflète la diversité des conditions de cet engagement, mais tous se caractérisent par le refus de rester passif. Face au péril extrême où se trouvait la France, ils ont choisi d’agir tout en faisant preuve d’un esprit de responsabilité individuelle envers la collectivité, l’esprit civique qui conduit à la décision…

Jean-François Couriol,
Secrétaire général du Centre d’études René-Nodot

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