Nov 22 2017

Jean Anthiaume nous a quitté.

Publié par à 12:27 dans Non classé

Jean Anthiaume nous a quitté. A l’heure où ses obsèques seront célébrées, nous vous laissons redécouvrir le témoignage qu’il avait eu la gentillesse de nous communiquer.
Nos pensées vont à sa famille et à celles et ceux qui lui étaient proches.
Avec lui disparait un authentique passeur de mémoire et un homme d’une grande amabilité.

Cérémonie :  jeudi 23 novembre à 14 h 15 à Notre-Dame de Pontoise.


Passeurs de Mémoire du 95

1925-2017

 

Jean Anthiaume    Résistant FFI Pontoisien.

 

 

Comment mettre les Allemands à la porte ?

Finalement  » Veux-tu venir avec nous ?

demande M. Jourdain à Jean qui accepte et
entre ainsi au mouvement  » LIBERATION  » dont le chef
à Pontoise est Lamarre, grainetier, capitaine de réserve.

 

Jean ANTHIAUME est devenu pontoisien en 1934 après avoir passé une partie de sa petite enfance à Viarmes (S et O) où il est né en 1925 dans une famille d’agriculteurs. Son père qui était entré au service militaire en 1911, déjà gradé en 1914 a terminé la guerre comme adjudant-chef après sept ans d’armée. Si, à la maison il ne parlait jamais de cette guerre qui l’avait beaucoup marqué, il avait acheté et relié tous les numéros de
« l’Illustration » qu’il gardait précieusement.

Toutefois à l’âge de 10 ans Jean tombe dessus, ce qui l’amène à poser des questions à son père qui peu à peu accepte de parler de la guerre.

Ces lectures et ces conversations font naître chez Jean comme chez  son père un sentiment de patriotisme, la haine des Allemands et le goût de la liberté.

Le père de Jean avait été gazé et avait des difficultés à respirer à l’issue de la guerre, ce qui lui rendait le métier d’agriculteur trop pénible. Alors une fois la ferme vendue il achète à Maisons-Laffitte une épicerie fine dont de nombreux clients, hélas turfistes avant tout sont de mauvais payeurs. Il faut mieux vendre et prendre en gérence une autre épicerie à Pontoise – un  » Familistère  » à l’angle de la rue St Martin et de la rue Carnot où la famille s’installe en 1934.

Le 3 septembre 1939 c’est la guerre, bientôt la  » drôle de guerre Le père de Jean voit tout de suite les choses en noir.

Pour Jean, la vie connaît aussi un autre changement.

Il vient d’être admis au CET d’Andrésy. Désillusion : le métier dont il rêve – radio – et auquel il s’est initié tout seul n’y est pas enseigné.
Après différents stages d’un mois notamment serrurerie et menuiserie qui marchent bien, mais ne lui plaisent guère il choisit l’ajustage.

Dès le début, les études sont perturbées par le rationnement en nourriture, savon… et par les alertes qui obligent à aller se réfugier dans les caves (aubaine quand il y avait une interrogation écrite).

Un vendredi de juin 40 alors que Jean est en « week-end « , Pontoise connaît son 2e bombardement. Jean ne rentre pas au CET. Tandis que le père est tenu par arrêté municipal de garder le magasin ouvert, la mère et les trois enfants partent à pied pour Pierrelaye afin d’y prendre le train pour Paris d’où ils sont évacués en Mayenne. Ils s’arrêtent à Ernée où le père les rejoint 15 jours après en vélo. C’est là qu’ils voient pour la première fois les Allemands. Reste à Jean la vision d’un side-car allemand avec mitrailleuse qui fait bientôt demi-tour, mais c’est un sauve-qui-peut dans la petite ville. C’est là aussi qu’ils entendent à la radio le discours de Pétain apprenant la demande d’armistice. C’est le choc ; mais le père ancien combattant de 1914 a confiance dans le héros de Verdun et ce, jusqu’en début 44. Ils entendent aussi à radio Londres les messages de volontaires qui préviennent leur famille.
En juillet c’est le retour de l’exode ; à Pontoise ils retrouvent la maison dans un état pitoyable, l’été se passe à remettre en ordre le magasin et la maison qui ont été pillés.

Fin septembre : c’est la 2e rentrée au CET dans une atmosphère triste ; tout le monde n’est pas là. Les alertes reprennent, en raison de l’aviation anglaise cette fois. Les problèmes de nourriture et de froid s’intensifient.

En raison des restrictions le chiffre d’affaires du Familistère a beaucoup diminué, Jean doit contribuer à faire vivre sa famille et, au printemps 1942 cherche du travail – pas longtemps. Il se présente à l’atelier de serrurerie Bulon, près de la salle des ventes, rue St Martin tout à côté de chez lui. On l’embauche aussitôt. Le patron habite Paris où se trouvent aussi les bureaux ; dans l’atelier de Pontoise on fabrique du matériel pour chemin de fer et pour escabeaux roulants pour avions. Travaillant à côté de chez lui, Jean voit son horizon se rétrécir, mais surtout les dimanches lui paraissent tristes et étouffants : pas le droit de se réunir en groupes, pas de bals… Le soir à sa fenêtre contemplant la nuit étoilée il rêve à la liberté. Quand la France la retrouvera-t-elle ? Si ses parents sont encore pétainistes, ils supportent mal les Allemands qu’ils servent avec de plus en plus de réticence. Ils écoutent radio Londres, donc Jean aussi.
Pour manifester son hostilité, quand il rencontre des Allemands Jean change systématiquement de trottoir.

Il recherche les interdits : par exemple, il achète aux puces un insigne tricolore qu’il porte au revers de sa veste jusqu’à la Libération ; il a dû l’enlever une fois quand, à la sortie du cinéma à la fin de 1942 il est bouclé à l’entrée du métro et contrôlé ; il fournit sa carte de travail et son  » ausweis  » (délivré pour le travail de nuit) et s’en tire à bon compte.
Au travail Jean devient bientôt copain avec un autre jeune ouvrier, communiste, ancien camarade d’enfance, François Parrot dont les parents étaient gardes-barrière à côté. Ils sortent souvent ensemble ; ayant confiance, ce garçon se met à lui parler d’un mouvement de résistance. D’autre part leur contremaître, communiste lui aussi, fait faire à Jean des pièces – des crève-pneus – dont il ne comprend pas tout d’abord la destination.
Début 43 au cours d’une promenade sur le plateau St Martin, François Parrot présente à Jean qui exprime toujours son désir de liberté, un ancien adjudant du 1er régiment de dragons portés, Mr Jourdain.

Ils entrent comme ils ont souvent l’habitude les dimanches d’hiver dans le bistrot voisin  » A la porte de St Martin  » où le patron, un ancien de 14-18 partage leurs discussions patriotiques.
Comment mettre les Allemands à la porte ? Finalement  » Veux-tu venir avec nous ?  » demande Mr Jourdain à Jean qui accepte et entre ainsi au mouvement  » LIBERATION  » dont le chef à Pontoise est Lamarre, grainetier, capitaine de réserve.
La 1ère tâche qu’on lui confie est d’informer la population pontoisienne qu’il existe un mouvement d’opposition à l’occupant, en distribuant des tracts dans les boîtes aux lettres la nuit grâce à son ausweis, ses chaussures à semelles de crêpe très silencieuses et sa très bonne connaissance de Pontoise, même plongée dans le noir. Les Pontoisiens sont pétainistes, fatalistes, s’adaptent bien à la situation, mais quand même les miliciens sont mal vus. Leur permanence est place Notre-Dame, certains ont contacté Jean ; d’autres se sont engagés dans la LVF.
Jean a ensuite le devoir de repérer les écussons des militaires qui venaient à la boutique de ses parents.
Ceux-ci sont loin de se douter de l’activité secrète de leur fils.
Début 1943 est décrété le retour à la terre obligatoire. Jean passe alors trois mois chez un agriculteur de la région.
A l’issue de ce Service Civique Rural il réintègre l’atelier Bulon, mais pour peu de temps (un mois). En effet comme l’appel des Allemands aux requis n’a pas marché, ils cherchent à recruter des jeunes, Jean est alors convoqué à la Kommandantur ; on lui  » propose  » une place à l’usine Gnome et Rhône à Gennevilliers où travaillent 1200 ouvriers dont 900 femmes.Il est d’abord posté comme gardien à la porte pour contrôler les identités, bientôt rejoint par François Parrot employé comme O S.
La protection de l’usine est assurée par des gardiens français aux côtés des militaires allemands et par des canons DCA sur les toits. Ensuite Jean passe à l’atelier de serrurerie, guidé par un ancien muni de passe-partout qui lui apprend à ouvrir et surtout savoir refermer les serrures ce qui lui donne la possibilité d’entrer dans les bureaux quand il est d’équipe de nuit comme le lui demandent ses chefs ; cependant son ignorance de l’allemand l’empêche de s’emparer de papiers utiles.

Vers le 15 mai l’usine est bombardée et détruite, il y a de nombreux morts.

Le lendemain il est employé à déblayer les ruines, mais comme les trains ne fonctionnent plus il va rester chez lui .
Depuis le début 44 on lui avait confié des plis à porter chez Lamarre. D’autre part le chef de groupe de  » Libération « , André Jacquet qui habitait le plateau St Martin donnait l’ordre de répandre des clous sur la route de Vallangoujard. Il donnait des cours d’action militaire sur le maniement des armes dans la cave d’un local fermé de l’entreprise Carpentier, chemin des Clos ( maintenant rue Eric de Martimprey ). Lors de la dernière réunion, ce fut l’explication du maniement de mitraillettes dans l’expectative d’un parachutage et la distribution d’armes.
Après le débarquement une partie des Allemands avait rejoint la Normandie, mais la police allemande se faisait plus sévère, les contrôles plus fréquents. Au début du mois d’août, les Américains approchent, alors on distribue les brassards FFI dans le local Carpentier (de 15 à 20) et on leur donne l’ordre d’immobiliser les Allemands en utilisant les crève-pneus, en abattant arbres et poteaux électriques.

Le 30 août Jean est de garde route de Ménandon avec ordre de ne laisser passer que les Américains.

Après la libération de la ville il participe au « nettoyage » des caves et des greniers qui permet l’arrestation de 7 Allemands et un LVF tandis que les collaborateurs notoires sont emmenés à la prison de la caserne Bossut après interrogatoire. A la mi-septembre tous les résistants de Pontoise sont convoqués au stade pour rendre les armes – ils sont une centaine. Mr Pelu, membre de  » Libération  » fait une harangue pour inciter ces jeunes gens à continuer le combat pour achever la libération de la France. Jean qui a alors 19 ans signe un engagement pour la durée de la guerre dans le bataillon de marche 22/22 (qui s’intégrera par la suite dans la 2eDB) puis sous l’impulsion de son beau-frère il rentre dans le génie où pendant trois mois il suit une formation de démineur à la caserne de St Cloud. Quand son père l’avait vu faire ses paquets et entendu ses adieux il fut suffoqué, choqué il lui demanda  » s’il ne voulait pas tuer sa mère.
Après le stage, Jean rejoint la 1ère armée de de Lattre de Tassigny – la 5e DB – dans les Vosges, participe à la destruction de la ligne Siegfried et aux opérations de déminage jusqu’en Forêt-Noire.
De là il repasse en France pour poursuivre le déminage en Alsace – de la frontière suisse à Colmar afin que l’on puisse recommencer les cultures ; chaque commune donnant une prime partagée entre les démineurs. Dans l’équipe de 30 il y eut 2 morts.

Le travail terminé, Jean demande sa démobilisation en août-septembre 1945, acceptée seulement en novembre après une permission libérable d’un mois au cours de laquelle son uniforme américain donne beaucoup de prestige ; en effet les Américains qui avaient fourni le matériel de déminage avaient donné les uniformes en même temps.

Il était prêt de se laisser tenter par les propositions de ses chefs de combler les trous de la prestigieuse 2e DB pour aller en Indochine, mais sur les instances de son père dont il suivit les conseils il refusa de s’engager pour une période de 3 ans ; de même son père le découragea d’aller déminer les plages de Normandie, même si l’entreprise civile qui l’av ait contacté lui proposait des gains alléchants par rapport à ceux de la SNECMA (nom de son ancienne entreprise de Gennevilliers nationalisée) où il avait repris le travail.

Jean lors de la première assemblée générale du CERN95 en est l’un des membres fondateurs :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ici Jean Témoigne en compagnie de ses amis Quideau et Créplet
Annie DELPECH


                    			

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