mar 21 2007

Hommage à Lucie Aubrac

Publié par jfc à 15:05 dans 6 "éditoriaux"

Lucie AubracIl est des moments de l’existence que l’on ne souhaiterait jamais connaitre. Le départ d’un parent, d’un ami, d’un être cher. Lucie Aubrac, qui s’en est allée, nous laisse face à nous même et à notre conscience. Elle nous a passé le témoin. A nous désormais, sans son soutien fraternel, de continuer d’œuvrer pour que l’on n’oublie pas l’héritage de la Résistance et le souvenir des femmes et des hommes qui l’ont faite. Mais, que ce legs sera difficile à assumer sans elle…

Lucie Aubrac n’était pas plongée dans le passé. Si elle évoquait ses souvenirs, c’était pour mieux alerter les jeunes générations des errances de la démocratie, les interpeller sur ses fragilités, les mettre en garde et les prévenir contre toutes les formes d’intolérance, de xénophobie, d’antisémitisme. Les leçons du passé sont faites pour être enseignées et mieux que personne, en excellent pédagogue et jamais sans humour, de collège en lycée, infatigable, Lucie Aubrac les transmettait. Jusqu’en octobre dernier, elle se déplaçait encore. A nous qui nous inquiétions de ses soucis de santé, elle répondait encore en janvier dernier qu’elle continuerait de répondre par courrier aux questions des jeunes qui la solliciteraient… Incroyable, Lucie Aubrac qui voulait rester debout pour mieux se faire entendre et qui, bien que nonagénaire transmettait toujours aux jeunes à qui elle s’adressait son extraordinaire dynamisme. Quel parcours fut le sien ! Elle nous avait confié que son état d’esprit de résistante n’était pas né de l’Occupation. En effet, déjà, à l’époque de l’affaire Sacco et Vanzetti, elle était de ceux qui ne pouvaient accepter ce qui apparaissait comme un déni de justice et se mobilisait pour protester et revendiquer pour un monde plus juste. Depuis, elle n’a jamais cessé de rester toujours au cœur du débat-citoyen, intervenant dès qu’il lui semblait que les valeurs portées par la Résistance étaient remises en cause par certaines dispositions politiques contemporaines …
Lucie Aubrac disparaît un mois après André Postel-Vinay, autre résistant d’exception. L’un et l’autre ne tiraient pas une excessive fierté de leurs actions passées. Ils avaient au temps sombres de l’Occupation « fait leur devoir de citoyen et de défenseurs des Droits de l’Homme » et accordaient une importance capitale au dialogue avec les jeunes générations. Il va nous falloir continuer notre route sans eux. Mais toujours, il nous reviendra à l’esprit ce qu’ils nous ont dit : il n’est de défaite que dans la résignation et d’impossible que ce qu’on n’a pas tenté de surmonter. Résister ne se conjugue pas qu’au passé mais bel et bien au présent.
Laissons une ultime fois à Madame Aubrac le soin de conclure ce propos. Dans la préface de notre ouvrage « Passeurs de mémoire » qu’elle avait eu l’amabilité de rédiger, elle écrivait :
« Les combats de la Libération sont de ces événements [ceux dont il est vital de garder le souvenir], et plus encore ceux de ces jeunes volontaires qui ont refusé de partir au service des envahisseurs de leur pays mais au contraire ont choisi, au péril de leur vie, de participer au combat contre ceux qui les voulaient esclaves.
Et qui pouvait le mieux les interroger pour recueillir, garder et transmettre leur mémoire ? Les jeunes d’aujourd’hui, qui vont comprendre qu’il faut parfois avoir le courage de désobéir pour conquérir sa liberté. »
Soyons donc dignes de la confiance qu’ils accordaient aux générations actuelles et à venir.
A Raymond Aubrac et à Anise Postel-Vinay, le centre d’études René-Nodot tient à adresser un témoignage sincère d’amitié dans ces tristes moments.

Jean François Couriol, secrétaire général.

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