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	<title>Centre d'Etudes René Nodot</title>
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	<description>Mémoire, Déportation et Résistance, en Val d'Oise</description>
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		<title>Accueil</title>
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		<pubDate>Sat, 24 Jul 2010 14:49:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jpd</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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<p><em><span style="color: #008000;">Notre site bénéficie d’un accompagnement musical.</span></em><em><span style="color: #008000;"> « <strong><span style="text-decoration: underline;">Mélancholia 5</span></strong> »,</span></em><em><span style="color: #008000;"> création originale   pour le site et œuvre de M. <strong>Christophe Leroy</strong>,</span></em> ( 1967 &#8211; 2010)<em><span style="color: #008000;"> qui était professeur de musique au collège de Courdimanche. ( Voir rubrique dans association)</span></em></p>
<h2><em><span style="color: #008000;"><span style="color: #000000;"><strong>Sommaire  ( en cours de construction )</strong></span></span></em></h2>
<p><span style="text-decoration: underline;"><strong>Passeurs de Mémoire du Maquis de Saint Clair et de Normandie</strong></span></p>
<p><strong><strong>Résistants du maquis de Saint Clair, Calvados :</strong></strong></p>
<p><a href="../page/maquis-de-saint-clair-cavados-son-histoire-par-henri-lamperiere/">Son histoire, par Henri Lampérière</a></p>
<p><a href="../henri-lamperiere-le-gendarme-resistant/">Henri-lamperiere-le-gendarme-resistant/</a></p>
<p><a href="../page/temoignage-de-georges-bernier-membre-du-maquis-de-saint%E2%80%91clair/">Georges Bernier</a></p>
<p><a href="../page/andre-hericy-philippe-durel-maquis-de-saint-clair/">André Héricy et Philippe Durel</a></p>
<p><a href="../marcel-dan-et-rene-mace/">Marcel-Dan-et-Rene-Mace</a></p>
<p><a href="../robert-le-nevez/">Robert-le-Nevez</a></p>
<p><strong>Résistants de Normandie</strong></p>
<p><a href="../francois-guerin/">Ffrancois-Guerin</a></p>
<p><a href="../andre-heintz-le-professeur-resistant/">Andre-Heintz-le-professeur-resistant</a></p>
<p><a href="../gilles-riviere/">Gilles-Riviere</a></p>
<p><a href="../jacques-perret/">Jacques-Perret</a></p>
<p><a href="../paul-marion/">Paul-Marion</a></p>
<p><a href="../paulette-heron/">Paulette-Heron</a></p>
<p><a href="../jeanne-ferres/">Jeanne-Ferres</a></p>
<p><a href="../remy-douin/">Remy-Douin</a></p>
<p><span style="text-decoration: underline;"><a href="../jacques-vico/">Jacques-Vico</a></span></p>
<p><span style="text-decoration: underline;"><strong> Passeurs de Mémoire du Maquis de Saint Marcel Morbihan :</strong></span></p>
<p><a href="../page/maquis-de-saint-marcel-presentation/">maquis-de-saint-marcel-presentation</a></p>
<p><a href="../page/maquis-de-saint-marcel-m-philippe-reinhart-qui-ose-gagne/">Philippe-Reinhart-qui-ose-gagne</a></p>
<p><a href="../page/maquis-de-saint-marcel-soeur-marie-bernard-communaute-des-augustines-de-malestroit/">Soeur-Marie-Bernard-communaute-des-Augustines-de-Malestroit</a></p>
<p><a href="../page/les-maries-du-maquis-marie-chamming%E2%80%99s-et-georges-chamming%E2%80%99s-saint-marcel/">Marie-Chamming-et-Georges-Chamming, </a><a href="../page/les-maries-du-maquis-marie-chamming%E2%80%99s-et-georges-chamming%E2%80%99s-saint-marcel/">les-maries-du-maquis-</a></p>
<p><a href="../page/joseph-jego-maquis-de-saint-marcel/">Joseph-Jego</a></p>
<p><a href="../page/jean-havart-parole-d%E2%80%99homme/">Jean-Havart-parole-d&#8217;homme</a></p>
<p><a href="../page/abbe-henri-sassier-un-seminariste-en-guerre/">Abbe-Henri-Sassier-un-seminariste-en-guerre</a></p>
<p><a href="../page/jean-garnavault-une-exceptionnelle-epopee-a-travers-l%E2%80%99europe-en-guerre/">Jean-Garnavault-une-exceptionnelle-epopee-a-travers-l&#8217;europe-en-guerre</a></p>
<p><a href="../page/jean-daniel-%C2%AB-la-chance-de-n%E2%80%99avoir-jamais-ete-vendu-%C2%BB/">Jean-Daniel-la-chance-de-n&#8217;avoir-jamais-ete-vendu</a></p>
<p><a href="../page/albert-guyot-maquis-de-saint-marcel/">Albert-Guyot</a></p>
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		<title>Jacques Vico</title>
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		<pubDate>Sat, 24 Jul 2010 10:09:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jpd</dc:creator>
				<category><![CDATA[1 Passeurs de Mémoire du Maquis de Saint Clair et de Normandie]]></category>

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		<description><![CDATA[L’engagement et la tolérance tout au long d’une vie.
 
 
1992 : Entretien avec monsieur Jacques Vico , Président de l’Union des Combattants Volontaires de la résistance du Calvados…Jacques Vico est notre ami. Depuis presque trois ans maintenant , il a entraîné derrière lui sur les plages de Normandie plusieurs promotions d’élèves de troisième.
A chaque fois, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>L’engagement et la tolérance tout au long d’une vie.</strong></p>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<p><em> </em></p>
<p>1992 : <strong>Entretien avec monsieur Jacques Vico</strong> , Président de l’Union des Combattants Volontaires de la résistance du Calvados…Jacques Vico est notre ami. Depuis presque trois ans maintenant , il a entraîné derrière lui sur les plages de Normandie plusieurs promotions d’élèves de troisième.</p>
<p>A chaque fois, sa gentillesse, ses qualités d’orateur qui lui donnent un pouvoir d ‘évocation exceptionnel, font qu’il obtient une écoute très attentive de tous. A soixante neuf ans, le moustache blanche finement lissée, l’œil malicieux, la voix douce mais le propos ferme ; Jacques Vico nous conduit sur les chemins de l’histoire, qui se confondent avec ceux de sa vie. Homme de conviction et de cœur, homme engagé, chaleureux et modeste, il ne laisse personne indifférent.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>2008. Plus de quinze ans ont passé, Jacques Vico nous a accompagné bien des fois, au Vercors, au Maquis de Saint Marcel et bien sûr de nombreuses fois au maquis de Saint Clair et sur les plages du Calvados.</strong></p>
<p><strong>A 84 ans, ce roc continue au service de la Mémoire de la Résistance un travail considérable.<span id="more-265"></span></strong></p>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<p><strong>Revenons en 1992 :</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong><em>Audrey : Comment avez vous vu arriver la guerre ? </em></strong></p>
<p><em> </em></p>
<p>A vrai dire, la guerre a failli arriver en 1938 d&#8217;abord, avant que ne soient signés en septembre les Accords de Munich. Mais la situation demeurait tendue&#8230; Un an plus tard, en sep­tembre 1939, la guerre éclata sans pro­voquer en moi une réelle surprise. J&#8217;ai gardé plusieurs souvenirs très précis de ce moment là. J&#8217;habitais alors à l&#8217;abbaye d&#8217;Ardenne, à quelques kilo­mètres de Caen, où mes parents étaient agriculteurs. Lycéen, je passais mes vacances en travaillant à la ferme. Je revois encore l&#8217;employé municipal de Saint-Germain-la-Blanche- Herbe venir coller sur les murs de l&#8217;abbaye, à l&#8217;angle du chemin, les affiches de mobilisation des unités spéciales pour le premier et 2 septembre 1939. La mobilisation générale du 3 septembre a regroupé tous les hommes en âge de se battre. Ils revêtirent leurs tenues de sol­dat dans des garages où des vêtements avaient été acheminés à la hâte&#8230; Des camions réquisitionnés avaient été ras­semblés sur toutes les places de Caen. Quand nous avons vu tout cela, on a pas tellement compris. On avait une impression désagréable, le sentiment d&#8217;assister à une belle pagaille&#8230; Néanmoins, on restait confiant, convaincus de la supériorité de l&#8217;armée française&#8230;</p>
<p>Laurent : Que saviez vous de la guerre avant l&#8217;arrivée des Allemands sur le sol français ?</p>
<p>Relativement peu de choses, si ce n&#8217;est ce que disaient les communiqués officiels et les lettres des mobilisés&#8230; Personnellement, j&#8217;étais plutôt inquiet depuis ce jour de février 1940 où j&#8217;avais reçu la lettre d&#8217;un sergent que je connaissais : — « Penses-tu, m&#8217;écri­vait-il, on est plutôt soucieux. On a pas assez de fusils pour tout le monde. Dans notre régiment on a que des pelles et des pioches pour creuser des tranchées !&#8230; ». On savait que l&#8217;on était plongé dans une situation anorma­le, c&#8217;est ce qu&#8217;on a appelé la <em>Drôle de guerre </em>au cours de laquelle des mil­lions d&#8217;hommes sont restés inactifs, mal entraînés, mal équipés, ce qui a fait que lorsque l&#8217;attaque allemande s&#8217;est produite le 10 mai 1940, beau­coup d&#8217;unités n&#8217;étaient pas à même de bien se battre.</p>
<p>Karine : Quel était votre but lorsque vous avez décidé de vous lancer dans la Résistance ?</p>
<p><em> </em></p>
<p>Il fallait réagir contre la situation que la France connaissait. Cette réaction se produit en moi dès mai-juin 1940. A cette époque, j&#8217;avais dix sept ans et je réalisais à quel point nous nous étions fait endoctriner, monter la tête&#8230; On croyait l&#8217;armée française invincible ! Quand nous avons vu cette même armée française qui se faisait écraser et qui était en pleine déroute, quand on a vu passer à Caen toutes ces unités où les hommes n&#8217;avaient pour ainsi dire plus d&#8217;uniforme, quand on pu constater l&#8217;étendue de cette débâcle, avec les élus, les personnalités qui quittaient la ville à l&#8217;approche de l&#8217;arrivée des Allemands, et bien alors nous avons eu un immense chagrin, une immense tristesse&#8230; La France était à terre et per­sonne ne réagissait !&#8230; Je faisais partie de tout un groupe de jeunes qui trou­vaient la situation inacceptable. Résister, ce fut pour nous d&#8217;abord refuser : refuser la défaite, refuser la pré­sence des Allemands, refuser le systè­me de Vichy et Pétain qui nous racontait des balivernes. Il fallait absolument faire quelque chose. C&#8217;était une exigence de la vie&#8230; De la vie, telle que nous la souhaitions. Très tôt donc, nous avons cherché tout ce qui pouvait nuire aux Allemands pour pouvoir participer un jour à la libération de la France. Nous avons commencé par faire partager nos idées en les diffusant par de petits tracts et même un journal clandestin <em>Les Petites Ailes. </em>Il nous fal­lait regrouper d&#8217;autres jeunes et retrouver des armes afin de constituer des dépôts secrets. On avait vraiment la certitude qu&#8217;on était utile que cela déboucherait sur la libération de la France, qu&#8217;il n&#8217;y avait pas d&#8217;autre solution.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong><em>Morgane : Quelles furent les principales étapes de votre période de résistance ?</em></strong><em> </em></p>
<p><em> </em></p>
<p>Pour moi, il y en a eu deux princi­pales : il y eut l&#8217;année 1940, et puis la phase très active dans la Résistance qui débuta fin 1942.</p>
<p>En 1940, c&#8217;est l&#8217;année de mon bac que je ne pus passer qu&#8217;en septembre à cause de la Débâcle. C&#8217;est l&#8217;année aussi où je décide d&#8217;arrêter mes études pour m&#8217;engager dans la Résistance. Je participe à la création d&#8217;une maison de jeunes à Caen tout en continuant m&#8217;occuper aussi des nombreux réfugiés et des prisonniers et j&#8217;accomplissais les recherches nécessaires au regroupement des familles dispersées par la guerre. Découragé comme beaucoup de mes camarades par la progression et les victoires de l&#8217;Allemagne nazie en Russie et en Afrique, j&#8217;ai décidé de partir en zone libre afin de passer en Espagne. Je n&#8217;y suis pas arrivé. Je me suis alors engagé dans un régiment de l&#8217;armée d&#8217;armistice en avril 1942. En novembre 1942, avec l&#8217;occupation allemande sur tout le territoire français, cette armée fut dissoute. Je suis alors rentré à Caen. A ce moment là, j&#8217;ai décidé de reprendre contact avec la Résistance. Un chef de la Résistance locale, que je connaissais avant guerre, le colonel Birien m&#8217;a recruté pour prendre des responsabilités en m&#8217;occupant notamment de tout ce qui touchait aux dépôts d&#8217;armes et aux liaisons. Pendant la période au cours de laquelle je fus très actif dans la Résistance, je m&#8217;occupais parallèlement d&#8217;équitation à Fontainebleau où je devais me rendre régulièrement. J&#8217;ai dû interrompre brusquement cette activité en décembre 1943. Mon père venait d&#8217;être arrêté, ainsi que tous mes camarades et les recherches de la Gestapo à mon égard m&#8217;ont alors poussé à changer de résidence. J&#8217;ai donc abandonné mes activités équestres, qui me servaient de couverture, pour mieux dissimuler mes activités résistantes et je dus quitter la Normandie. Je me suis caché dans une ferme près de Nogent-le-Rotrou. Là, je ne m&#8217;appelais plus que Joseph Vitran, ouvrier agricole chargé plus particulièrement de soigner les cochons. Les gens des fermes alentours et ceux qui m&#8217;employaient ne savaient pas trop ce que j&#8217;avais fait, mais ils avaient eu quand même le courage de m&#8217;accepter. Les choses sont restées ainsi jusqu&#8217;en mai 1944 où j&#8217;ai regagné le Calvados en raison du Débarquement. A l&#8217;arrière des lignes allemandes, j&#8217;ai essayé de recueillir le maximum de renseignements afin de les transmettre aux Alliés. Après le Débarquement, j&#8217;ai rejoint la deuxième DB du général Leclerc.</p>
<p><em>Ludovic : Comment, en définitive, avez-vous fait pour vous cacher des Allemands ? </em></p>
<p>Etant résistant, il était impératif de dissimuler sa véritable identité. Aussi avions-nous de fausses cartes d&#8217;identité. Pour se cacher, on changeait souvent de domicile. Pour ma part, j&#8217;ai dû le faire sept fois. Pour me cacher des Allemands, il m&#8217;est arrivé de coucher dehors, dans les bois, voire même dans la chaufferie d&#8217;une église&#8230; Quand on avait des rendez-vous importants, on choisissait de préférence des fermes isolées ou des bois. Ces réunions ne regroupaient que quelques personnes à chaque fois afin d&#8217;éviter l&#8217;arrestation de toute une structure. En ville, les rencontres avaient toujours lieu dans les maisons où il y avait toujours la possibilité de fuir par l&#8217;arrière. Il ne fallait pas se faire attraper vivant&#8230;</p>
<p>Fabrice : Avez-vous été fait prisonnier pendant la guerre ? Avez vous frôlé la mort ? Je n&#8217;ai jamais été fait prisonnier ni comme résistant, ni comme soldat. J&#8217;ai eu beaucoup de chance. Si j&#8217;avais été arrêté, je ne serais pas resté en vie. J&#8217;ai failli l&#8217;être pourtant plusieurs fois. Après l&#8217;arrestation de mon camarade Emmanuel qui n&#8217;a pu résister aux tortures odieuses qu&#8217;on lui infligea, l&#8217;abbaye d&#8217;Ardenne reçut la visite des Allemands. Nous avions installé là, chez mes parents, un dépôt important d&#8217;armes parachutées pour les groupes de résistants du Calvados. C&#8217;est là que l&#8217;instruction des responsables de la Résistance sur le fonctionnement de ces matériels, dont j&#8217;avais la responsabilité, eut lieu&#8230; ( En 1944, cette abbaye fut une position stratégique où s&#8217;affrontèrent avec violence les forces canadiennes de la troisième division d&#8217;infanterie et les forces allemandes de la douzième Panzer SS. Des combats acharnés se déroulèrent du 7 juin 1944 au 8 juillet 1944. La prise de l&#8217;abbaye le 8 juillet 1944 par les Canadiens, permit la libération de Caen le 9 juillet 1944.)</p>
<p>Mon père avait été arrêté deux jours plus tôt. Il fabriquait de faux papiers pour permettre à des jeunes de fuir le STO. Il était donc résistant et je ne le savais pas. De même, lui ignorait mes activités secrètes. Néanmoins, son arrestation m&#8217;avait mis en alerte.</p>
<p>J&#8217;avais pris mes dispositions et déménagé avec mon frère Jean-Marie la totalité des armes. Lorsque les Allemands vinrent, il n&#8217;y avait plus rien à l&#8217;abbaye et j&#8217;avais fui depuis trois heures&#8230; Après m&#8217;être réfugié dans une autre localité, j&#8217;ai eu le désir de contacter un ami responsable de la Résistance. Alors que j&#8217;allais chez lui, je fus pris d&#8217;un pressentiment et rebroussais chemin avec l&#8217;intention de remettre ma venue au lendemain soir. Mais au moment où je faisais demi tour, j&#8217;ai vu arriver chez mon ami la Gestapo accompagnée de mon malheureux camarade Emmanuel&#8230; (Les Allemands finirent par le tuer en janvier 1944, lorsqu&#8217;ils ne purent vraisemblablement plus rien obtenir de lui&#8230;) Après cette nouvelle arrestation, je décidais de me rendre à Caen pour prévenir un chef de la Résistance. J&#8217;ai pris le train, mais à mon arrivée en gare, je vis sur les quais la Feldgendarmerie allemande qui contrôlait tout le monde. Comme je connaissais bien la gare, je pus emprunter une petite porte dérobée. La chance me suivait car je me suis retrouvé nez à nez avec Monsieur Arrik, un industriel fabriquant de moutarde, que je connaissais et dont la camionnette avait échappé aux réquisitions. Caché sous la bâche de ce véhicule, j&#8217;ai pu m&#8217;échapper et prévenir plusieurs résistants&#8230; Je suis reparti ensuite à bicyclette à Bayeux, puis me suis réfugié à Trèvières&#8230; Pendant la guerre, j&#8217;ai frôlé la mort dans le bombardement de Caen du 7 juillet 1944. Avant que les Canadiens et les Britanniques attaquent, j&#8217;étais près de l&#8217;église Saint-Pierre et c&#8217;est vraiment tombé tout près de moi&#8230; Par la suite, faisant alors partie de la deuxième DB, je me souviens parfaitement du jour où un Allemand m&#8217;a mis en joue, il n&#8217;a pas tiré, je ne sais pourquoi&#8230; Une autre fois, en patrouille, en Lorraine, j&#8217;ai mis pied à terre parce qu&#8217;il y avait un barrage de mines sur la route et au moment où je marchais, les Allemands m&#8217;ont tiré dessus et les balles ont explosé. Je n&#8217;ai pas été touché du tout. C&#8217;est vrai que j&#8217;ai frôlé la mort&#8230;</p>
<p>Malik : En cas d&#8217;arrestation, auriez-vouz parlé ? Face à la violence, je ne peux dire comme j&#8217;aurai réagi.</p>
<p>Seuls les grands chefs de la Résistance avaient sur eux une pilule de cyanure pour pouvoir se supprimer&#8230; Nous, nous n&#8217;avions rien. J&#8217;aurai essayé de ne pas parler&#8230; Mais, je ne veux pas être vaniteux. Des amis, comme Emmanuel ont parlé, d&#8217;autres non&#8230; Nous savions qu&#8217;être résistant signifiait aussi risquer sa vie. C&#8217;était une angoisse fréquente surtout lorsqu&#8217;on savait que l&#8217;ennemi nous avait identifié. Il fallait fuir, se faire oublier. Il fallait par conséquent beaucoup de détermination pour continuer surtout lorsqu&#8217;on apprenait l&#8217;arrestation et l&#8217;exécution de camarades. Cela nous obligeait à beaucoup de prudence et à certains moments à beaucoup de courage aussi&#8230;</p>
<p>Marina : Avez-vous tué un Allemand ?</p>
<p>Je ne sais pas si j&#8217;ai tué un Allemand. Mais, je sais parfaitement le jour où je n&#8217;en ai pas tué. Nous étions à la fin de la guerre, en arrière des lignes, et nous avions mission d&#8217;abattre les Allemands que l&#8217;on aurait rencontrés pour créer l&#8217;insécurité derrière le front. J&#8217;étais avec un camarade, nous étions armés d&#8217;un revolver. Nous avons rencontré un Allemand qui était tout seul. Il avait des cheveux gris, le fusil en bandoulière et il tenait un cheval à la main. Malgré les ordres, je n&#8217;ai pas tué ce soldat, sans défense, isolé. Cela n&#8217;aurait pas été un acte de guerre de tuer par derrière cet homme&#8230;</p>
<p>Sophia : Pourriez-vous nous décrire votre vie familiale ? Elle a été complètement perturbée par la guerre. Recherché par la Gestapo, j&#8217;ai dû quitter la famille avec mon frère Jean-Marie. Mon père a été arrêté en décembre 1943 par la Gestapo et transféré au camp de déportation de Mauthausen. Ma mère fut à son tour arrêtée et resta plusieurs mois en prison. Ma sœur aînée était elle-aussi recherchée par la Gestapo, elle appartenait au réseau Arc en ciel. Mon frère, Francis, qui avait été réquisitionné pour le travail obligatoire en Allemagne, avait refusé de travailler pour la machine de guerre ennemie. Il prit à son tour le chemin de la clandestinité. Il s&#8217;est occupé de jeunes qui appartenaient à la banlieue ouvrière de Caen, la banlieue la plus exposée aux bombardements. Il les a emmenés à soixante-dix kilomètres de Caen, à la campagne. Les trois plus jeunes ont été dispersés dans différentes communautés. Ce n&#8217;est qu&#8217;après 1945 que nous eûmes la chance de revoir notre père qui rentrait de déportation et de nous retrouver tous&#8230; La guerre a disloqué, complètement notre famille, l&#8217;a menacée. Mais en même temps, on a eu l&#8217;immense chance de se retrouver tous après avoir vécu des événements exceptionnels. Je ne revis les miens qu&#8217;en mai 1945 après avoir avec la deuxième DB participé à la Libération de Paris, à la Campagne des Vosges et d&#8217;Alsace et enfin à la Campagne d&#8217;Allemagne. C&#8217;est dans les ruines de l&#8217;abbaye d&#8217;Ardenne que ma famille se réinstalla et, petit à petit, a repris une vie normale&#8230; Il fallait remettre en état l&#8217;agriculture, les champs étaient dévastés, tout manquait : outils, chevaux&#8230; (Des soldats canadiens, prisonniers de guerre, ont été exécutés dans le parc de l&#8217;Abbaye. Un petit monument rappelle cette tragédie&#8230;)</p>
<p>Badia : Votre famille comportait de nombreux résistants, or vous semblez l&#8217;avoir su qu&#8217;après coup&#8230; Pourquoi tant de mystères ?</p>
<p>On ne peut pas vraiment parler de « mystères », mais tu sais le principe même de la Résistance, c&#8217;était de connaître le moins de membres possibles (en principe, pas plus de cinq). Il fallait empêcher les Allemands de remonter toute une filière. Etre résistant signifiait aussi avoir le souci d&#8217;une discrétion absolue. On ne racontait pas à ses copains ce qu&#8217;on faisait. On demeurait très réservé sur nos opinions en public. En famille, c&#8217;était la même chose.</p>
<p>Mon père n&#8217;avait qu&#8217;une seule frousse : c&#8217;était que nous fassions de la Résistance et que nous prenions des risques qui pouvaient nous coûter la vie. Aussi, à la maison, il tenait un langage d&#8217;opposition, de réserve, à l&#8217;égard de la Résistance alors que lui même en faisait. Chacun de son côté estimait qu&#8217;il n&#8217;était absolument pas sage d&#8217;échanger des informations sur ce qu&#8217;on pouvait faire.</p>
<p>Mon jeune frère Jean-Marie n&#8217;était pas, au début, au courant que j&#8217;avais des responsabilités aussi importantes sur la gestion d&#8217;un dépôt d&#8217;armes, qu&#8217;il</p>
<p>m&#8217;aida d&#8217;ailleurs à transporter par la suite&#8230; Il était indispensable de se protéger en étant le plus secret possible, même parmi les siens. Il est à peu près certain que beaucoup de résistants se sont faits prendre parce qu&#8217;ils étaient connus de trop de monde ou bien qu&#8217;Us participaient à plusieurs organisations&#8230; Ce chevauchement d&#8217;activités les a fait repérer. D&#8217;autres résistants ont pu parler par négligence ou par lâcheté. Non, le silence n&#8217;était pas un « mystère », mais une obligation vis à vis de la Résistance.</p>
<p>Karine : Comment faisiez-vous alors que vous étiez clandestin et recherché, pour votre ravitaillement et pour rencontrer vos chefs ?</p>
<p>Dans la situation normale de la majorité des Français qui n&#8217;étaient pas résistants, cet approvisionnement était déjà difficile. Les Allemands avaient réquisitionné une grande partie de la production française. Pour se ravitailler, il fallait des tickets pour tout : par exemple pour ce qui était du pain, un vieillard avait droit à cent-cinquante grammes par jour, un adolescent (J3) à trois-cent-cinquante grammes, un jeune enfant à deux-cent-cinquante&#8230; A la boulangerie, il fallait donc, outre de l&#8217;argent, ses tickets et sa carte de ravitaillement. Même chose pour tout. Pour les chaussures, on avait un bon tous les deux ans qui donnait droit à l&#8217;achat de chaussures à semelles de bois, le cuir étant réservé à l&#8217;occupant et aux travailleurs de force&#8230; Il n&#8217;y avait que peu de viande chaque semaine. Pour tous les Français, la vie était dure. Comme les tickets ne permettaient pas d&#8217;assurer la nourriture d&#8217;une famille nombreuse, il fallut bien trouver des compléments. Par des relations, des contacts sont établis avec des cultivateurs honnêtes qui vendent au prix normal un peu de viande, de beurre, de farine, de sucre. Par contre, il y en avait qui vendaient cela très cher, au marché noir, pour faire fortune. Nous avons eu de la chance de trouver de l&#8217;aide sans passer par les prix du marché noir que nous n&#8217;acceptions pas. Dans la clandestinité, l&#8217;approvisionnement n&#8217;est pas simple. Il faut récupérer une fausse carte d&#8217;alimentation, et ensuite tous les mois se procurer des tickets. L&#8217;action des résistants, des maquis fut souvent d&#8217;attaquer des mai-</p>
<p>ries, à l&#8217;arrivée des tickets pour pouvoir se nourrir. Heureusement, il y avait l&#8217;aide de Français patriotes. Je garde le souvenir de poulets, d&#8217;oeufs, de lait donnés par des fermiers, produits très difficiles à obtenir normalement avec des tickets&#8230;</p>
<p>Quant aux relations avec les chefs, elles se faisaient par des intermédiaires. Ce sont des « séries de toiles d&#8217;araignées » qui si l&#8217;on suivait le fil remontaient jusqu&#8217;au chef.</p>
<p>Stéphane : Au milieu de toutes ces difficultés, et afin de mieux les surmonter, aviez-vous un idéal ?</p>
<p>On avait au fond de soi beaucoup de certitudes : la première, c&#8217;était que tôt ou tard on sortirait, victorieux de tout ça, et que tout ce que l&#8217;on vivait était passager. La seconde, c&#8217;était qu&#8217;il ne fallait pas manquer de loyauté et de générosité vis à vis de tout ceux qui nous faisaient confiance. Il fallait continuer coûte que coûte et ce n&#8217;était pas toujours évident. Ainsi, avec le dépôt d&#8217;armes, j&#8217;ai eu beaucoup de soucis. D&#8217;abord, j&#8217;ai eu la volonté de sauver les armes. Puis, lorsque ma mère fut arrêtée, j&#8217;ai cherché à prévenir tous les autres camarades encore libres. Tout cela a suscité beaucoup d&#8217;inquiétudes, de peurs. On était constamment menacés. Il y avait énormément de contrôles de la police allemande&#8230;</p>
<p>Badia : Est-ce que les femmes acceptaient dans cette ambiance défaire des enfants ? Pendant la guerre, la situation des mères de famille n&#8217;était pas aisée. Il y avait un million de soldats prisonniers en Allemagne dont énormément de pères de famille. Il y avait six-cents-mille hommes au STO et d&#8217;autres dans la Résistance. Les femmes étaient soucieuses de l&#8217;avenir de leurs enfants, préoccupées avec des problèmes liés au manque d&#8217;alimentation&#8230; Les lendemains de la guerre virent une nette reprise de la natalité&#8230;</p>
<p><strong><em>Morgane : Que saviez-vous pendant la guerre des camps de concentration ?</em></strong></p>
<p>Très peu de choses en vérité. Nous savions que les Allemands avaient organisé des camps de travail pour les</p>
<p>personnes déportées. Pour ma part, en 1944, j&#8217;ai rencontré quelqu&#8217;un qui avait réussi à s&#8217;échapper d&#8217;un camp. Je « savais » donc&#8230; Mais il était difficilement imaginable de les penser aussi cruels. Nous n&#8217;avons réalisé finalement qu&#8217; à la Libération&#8230;</p>
<p>Fabrice : De toute cette période, quels sont les événements qui vous ont le plus marqué ?</p>
<p>J&#8217;ai souvent le souvenir de cette espèce de cataclysme qui s&#8217;abat sur ma famille en 1943. Le souvenir du visage de chacun des miens au moment où tout s&#8217;écroule&#8230;</p>
<p>La Libération de Paris m&#8217;a aussi énormément marqué. J&#8217;avais vingt-et-un ans. C&#8217;est la joie du retour de la liberté dans la capitale de la France retrouvée et en même temps un sentiment de recul face à la liberté de certains. Celle de tous ces gens qui criaient encore quelques jours plutôt Vive Pétain et qui à présent clamaient Vive de Gaulle. Recul mais aussi inquiétude devant ces gens qui paraissaient bien versatiles. Dans ma mémoire, la journée du 8 mai 1945 a aussi une place particulière. Nous sommes en Allemagne, sur les bords d&#8217;un grand lac au delà de Munich et notre escadron de reconnaissance a été réuni pour entendre le général de Gaulle qui nous annonce alors l&#8217;Armistice. Nous étions tous au garde à vous pour entendre ce message. J&#8217;ai pensé alors vivement à tous ceux qui, tombés en route, n&#8217;étaient plus là pour constater la fin de cette guerre, la fin du nazisme, cette idéologie abjecte qui méprisait les autres.</p>
<p>Depuis, le dernier événement qui m&#8217;a énormément marqué, c&#8217;est la guerre d&#8217;Algérie. Rappelé comme officier de réserve en 1956, (capitaine dans un état-major), je me suis efforcé de vivre dans cette guerre tout ce que nous avions vécu dans la Résistance : la Tolérance et le Respect vis à vis des autres. J&#8217;ai été très malheureux au cours de cette guerre éprouvante et choquante. L&#8217;attitude de certaines unités de l&#8217;armée française m&#8217;apparut inacceptable, à moi qui m&#8217;étais battu pour la liberté. Je comprenais personnellement ces gens qui étaient tout d&#8217;un coup devenus nos adversaires pour des raisons politiques.</p>
<p>Sophia : vous évoquiez la Résistance française, mais n&#8217;y-avait-il pas des résistants allemands contre Hitler ?</p>
<p>Ta question est très importante, très vaste aussi&#8230; Avant guerre, il y eut des opposants à Hitler en Allemagne. Des démocrates, des communistes, des socialistes et des responsables religieux catholiques ou protestants ont été les premiers à être arrêtés et conduits dans le camp de concentration de Dachau, ouvert dès l&#8217;arrivée de Hitler au pouvoir (1933). Dans l&#8217;armée allemande se sont constitués quelques groupes d&#8217;opposants, de résistants. Dans la kriegsmarine, par exemple, des soldats allemands ont déserté en France. Ils ont rejoint des maquis en Auvergne. Il y avait un maquis qui était constitué d&#8217;Allemands dont certains avaient participé à la guerre d&#8217;Espagne, la plupart avait déserté. La ville d&#8217;Albi a été libérée par un groupe de résistants allemands&#8230; Il y a eu en Allemagne des réseaux. L&#8217;un plus connu est sans doute celui de La Rosé blanche avec des jeunes allemands qui étaient étudiants en philosophie à Munich. Ils voulaient sauver l&#8217;âme de l&#8217;Allemagne, disaient-ils. Malheureusement, ils furent arrêtés avec leur professeur de philosophie et furent exécutés. Dans l&#8217;armée allemande, certains ont eu un comportement acceptable. Pour ma part, je me souviens de deux choses : lorsque ma mère fut emprisonnée, on lui demanda d&#8217;indiquer sur une fiche sa religion. Elle était catholique. L&#8217;aumônier allemand lui a parlé au confessionnal et il lui a dit ce que la Gestapo savait afin que nous prenions nos dispositions pour protéger le reste de notre famille. Ce fut de sa part un vrai acte de courage et d&#8217;humanité.</p>
<p>En juin 1944, nous avions des blessés civils, pour les soigner nous n&#8217;avions trouvé qu&#8217;un médecin militaire allemand qui accepta de rester auprès d&#8217;eux plusieurs jours. Devant l&#8217;aggravation de leur état de santé, il nous procura des fiches d&#8217;hospitalisation dans un hôpital militaire allemand où ils furent convenablement soignés&#8230; Malheureusement, la très grande majorité des Allemands suivait Hitler, croyait en lui.</p>
<p>Alexandra : Eprouvez-vous de la haine contre les Allemands ? La vie que nous avons eu à mener jusqu&#8217;à la Libération nous a conduit à user de la violence. Nous avons pu constater la cruauté de la police et de l&#8217;armée allemande. Mon père fut déporté et il put mesurer toute l&#8217;étendue de la brutalité du système nazi. Pour ma part, je n&#8217;ai pas et n&#8217;ai jamais eu de la haine contre les Allemands et j&#8217;ai même essayé de sauver la vie à certains d&#8217;entre eux&#8230; Par contre, je reste intransigeant sur le souvenir de cette période car il faut tout faire pour s&#8217;en souvenir pour empêcher le retour à ce système politique qui conduit les hommes à se comporter d&#8217;une façon aussi inhumaine.</p>
<p><strong><em>Morgane : Pensez-vous qu &#8216;une nouvelle guerre en Europe soit possible ?</em></strong></p>
<p>Avec la fin de l&#8217;URSS et du bloc communiste, les pays de l&#8217;est sont gravement secoués par des tensions internes. C&#8217;est très inquiétant, mais je suis confiant car je crois que les hommes sont plus sages et il y a les Nations-Unis qui nous protègent d&#8217;un nouveau conflit&#8230;</p>
<p>M organe : Comment êtes vous devenu président de /&#8217;Union des Combattants Volontaires de la Résistance dit Calvados ?</p>
<p>J&#8217;appartenais à cette association (pour cela, il faut être titulaire d&#8217;une carte verte de combattants volontaires de la Résistance qui est distribuée par le Secrétariat d&#8217;Etat aux Anciens Combattants en fonction des certificats militaires obtenus par chacun d&#8217;entre nous suite aux actions menées dans la Résistance) Lorsque le président de l&#8217;association est décédé, on m&#8217;a demandé de lui succéder. J&#8217;ai hésité, puis j&#8217;ai accepté. Nous avons essayé de rassembler le maximum de membres. Dans notre association, des résistants de toutes opinions politiques, d&#8217;anciens déportés, des membres des Forces françaises libres peuvent se regrouper. Depuis que je suis en retraite, je peux consacrer plus de temps à l&#8217;association pour accomplir tout ce qui peut être utile afin de porter témoignage de la Résistance, de dire ce qu&#8217;a été la Résistance, de dire la souffrance qu&#8217;ont connue les résistants. Faire découvrir le message de la Résistance est une exigence de tous les jours. Au fur et à mesure que les années passent, j&#8217;accorde toujours autant d&#8217;importance à des valeurs aussi fondamentales que le respect des autres et le droit de chacun à s&#8217;exprimer librement. Au cours de ma vie professionnelle, j&#8217;ai toujours veillé</p>
<p>à cela. Aujourd&#8217;hui, je ne peux pas me mettre à tricher avec les autres.. Sur ce point, la Résistance a été une bonne école : elle nous a enfermé dans la coeur des exigences d&#8217;amitié, de courage, d&#8217;intransigeance et nous a alerté sur ce qui peut compromettre la liberté des autres. Cette liberté peut être compromise si, lorsqu&#8217;on exerce des responsabilités, on s&#8217;éloigne de la justice, du dialogue. Oui, tout ceci a élé pour moi une exigence qui a déterminé toute ma vie&#8230; Et ce ne fut pas toujours très confortable. Quelquefois, on préferait se taire&#8230; Ainsi, lorsque j&#8217;ai été rappelé en Algérie, la Résistance, mon souvenir de ce que fut la Résistance et ses exigences, m&#8217;a amené à réagir contre les excès de cette guerre où des hommes se conduisaient d&#8217;une façon qui n&#8217;était pas du tout compatible avec le respect des Droils de l&#8217;Homme et l&#8217;idéal que la France représentait et pour lequel nous nous étions battus pendant l&#8217;Occupation : la Liberté et la Démocratie. L&#8217;esprit de la Résistance est à la fois étemel et universel car il concerne la totalité des hommes dans toutes les situations.</p>
<p><strong><em>Karine : Que représente le mot tolérance pour vous ? </em></strong></p>
<p>La tolérance, à mon avis, c&#8217;est la vie. Une règle de vie Nous sommes naturellement différents. Nous n&#8217;y pouvons rien. Il faut donc accepter de travailler ensemble, accepter ces différences et construire ensemble. Accepter de discuter avec les autres, c&#8217;est reconnaître l&#8217;autre comme un égal. Dialoguer avec autrui, c&#8217;est accepter de se modifier soi-même au contact des richesses de l&#8217;autre. La tolérance, c&#8217;est s&#8217;accepter les uns et les autres très différents. C&#8217;est le droit à la vie pour tous, le droit à la même amitié pour tout le monde. Refuser la violence, par exemple au collège, c&#8217;est lutter aussi pour la liberté de chacun et donc pour le maintien de la tolérance. Il faut refuser toutes les formes de pression exercée sur les plus faibles&#8230; C&#8217;est un combat de tous les jours. Le combat de la liberté est quotidien, c&#8217;est encore demain et ce sera toujours jusqu&#8217;à ce que les hommes soient arrivés à un équilibre parfait, ce qui n&#8217;est-semble-t-il pas encore pour demain&#8230;</p>
<p><strong><em>Karine : C&#8217;est votre message pour les générations futures ?</em></strong></p>
<p>Un message ?&#8230; C&#8217;est bien prétentieux&#8230; Moi, j&#8217;ai confiance. Je crois que les jeunes sont très conscients que la Liberté et la Démocratie sont</p>
<p>sacrées, qu&#8217;il faut les préserver à n&#8217;importe quel prix. Cette conception de la vie suppose qu&#8217;on élimine tout le mépris, tout le racisme des uns envers les autres&#8230; Cela vous concerne tous les jours, vous les jeunes&#8230; Je reste convaincu que la jeunesse d&#8217;aujourd&#8217;hui est tout à fait capable d&#8217;accomplir ce que la jeunesse d&#8217;hier a fait. Elle a la même disponibilité, la même liberté d&#8217;esprit et certainement le même courage. Les événements que nous avons vécu nous ont permis d&#8217;exercer toutes les qualités de la jeunesse : dynamisme, courage et générosité&#8230;</p>
<p>Ce que nous avons vécu, c&#8217;est quelque chose qui ne s&#8217;arrêtera jamais, et qui doit se poursuivre&#8230; On était porteur d&#8217;une exigence de la vie qui fait qu&#8217;on doit continuer de la porter et faire découvrir à des jeunes ce que c&#8217;est que l&#8217;engagement pour un idéal, pour la Liberté, pour la Démocratie&#8230; Pour moi, l&#8217;engagement du passé reste une exigence de la vie quotidienne&#8230;</p>
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		<title>Marcel Dan et René Macé</title>
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		<pubDate>Sat, 24 Jul 2010 10:06:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jpd</dc:creator>
				<category><![CDATA[1 Passeurs de Mémoire du Maquis de Saint Clair et de Normandie]]></category>

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		<description><![CDATA[ Allocution de Jacques Vico lors des cérémonies du maquis de Saint Clair le 4 juillet 2010
Nous voici, à nouveau, devant cette Croix de Lorraine, symbole de la France Libre, symbole de la Résistance Française.
Il y a soixante dix ans l&#8217;Armée Française était écrasée . La France était occupée en grande partie, puis en totalité [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><em> Allocution de Jacques Vico lors des cérémonies du maquis de Saint Clair le 4 juillet 2010</em></strong></p>
<p>Nous voici, à nouveau, devant cette Croix de Lorraine, symbole de la France Libre, symbole de la Résistance Française.</p>
<p>Il y a soixante dix ans l&#8217;Armée Française était écrasée . La France était occupée en grande partie, puis en totalité en novembre 1942. Un gouvernement de collaboration était mis en place à Vichy. Les principes fondamentaux de notre Démocratie: Liberté, Egalité, Fraternité étaient éliminés.</p>
<p>L&#8217;Appel du 18 juin 194O du Général de Gaulle fait renaitre l&#8217;Espérance. La Résistance naissait. Le Maquis de Saint Clair était l&#8217;expression de cette volonté de reconquérir l&#8217;Indépendance Nationale. Ces hommes et ces femmes de la Résistance sont allés jusqu&#8217;au terme de leur engagement et beaucoup ont payé de leur vie cette fidélité.</p>
<p>Chaque année, ensemble, nous honorons la mémoire de ces héros. Il faut continuer à transmettre l&#8217;Esprit et les Valeurs de la Résistance.<span id="more-262"></span></p>
<p>Pour renforcer ce travail de Mémoire, nous avons crée le Concours National sur la Résistance et sur la Déportation. Parallèlement nous avons réalisé des cédéroms sur la Résistance dans le Calvados , la Manche et l&#8217;Orne. Ils constituent une histoire rigoureuse de la Résistance. De même nous avons réalisé des D.V.D. sur des manifestations exceptionnelles.</p>
<p>Aujourd&#8217;hui nous vous informons que nous entreprenons, avec   Monsieur   Gérard   Fournier   Historien,   des recherches Complémentaires sur l&#8217;Histoire du Maquis de Saint-Clair pour mieux faire connaître les hommes et les femmes de ce Maquis et les actions conduites</p>
<p>Par ailleurs le Collège de Courdimanche, Val d&#8217;Oise, est venu en 1992, 2OO1 et 2OO5 découvrir le Maquis de Saint-Clair et la Résistance Normande. Ils ont interrogé de nombreux témoins. Ces témoignages ont été enregistrés et rassemblés par leurs professeurs Messieurs Jean-Pierre Dubreuil et Jean-François Couriol.</p>
<p>Ils seront publiés sous le titre « Passeurs de Mémoire du Maquis de Saint Clair et de Normandie »</p>
<p>Aujourd&#8217;hui évoquons l&#8217;une des actions des plus importantes du Maquis: la destruction de la voie ferrée Caen-Flers, près de la Halte de Grimbosq, dans la nuit du 5 au 6 juin 1944.</p>
<p>Les responsables du Maquis de Saint Clair apprennent le 5 juin au soir, l&#8217;imminence du débarquement , par ce message personnel diffusé par la radio anglaise : Le champ du laboureur dans le matin brumeux. C&#8217;est l&#8217;alerte générale, et les consignes prévues sont mises immédiatement en application. Chaque équipe connait sa mission. Dés la nuit même l&#8217;équipe d&#8217;André Le Nevez doit faire sauter la voie ferrée, Cette équipe est constituée de André Le Nevez, de son fils Robert, d&#8217;André Héricy, de Marcel Dan et une cinquième personne, présentée comme le fils de Marcel Dan. Or il s&#8217;agit en fait de René Macé auquel il n&#8217;a jamais été rendu un hommage public, alors que son parcours est exemplaire. Les membres de cette équipe sont des hommes de caractère, solides, courageux et déjà engagés dans la Résistance, depuis plusieurs années. André Héricy est un jeune menuisier compétent, engagé depuis 1942 dans la Résistance active.</p>
<p>André Le Nevez , garagiste, est un responsable déterminé et motivé. Son fils Robert est lui aussi convaincu de la nécessité de s&#8217;engager et d&#8217;agir.</p>
<p>Marcel Dan avait une petite entreprise de maçonnerie à Thury Harcourt. Mobilisé en 194O, il reçoit une formation très poussée d&#8217;artificier. Brigadier dans une unité d&#8217;artillerie, il est envoyé à Rouen le 3O mai 194O pour procéder à la neutralisation et à l&#8217;enlèvement des bombes allemandes non explosées. Il accomplit sa mission avec succès. Pour lui la guerre se termine dans le Lot-et-Garonne. Démobilisé il regagne la Normandie, et reprend son entreprise. Un jour de 1942, il est appelé sur un chantier à Cesny-Bois-Halbout. Ce chantier se situe en face du garagiste de la Commune, André Le Nevez. Les deux hommes font connaissance. Ils sympathisent, parlent de Résistance et Marcel Dan accepte, avec joie, cet engagement nouveau auquel il aspirait. Il accueille des réfractaires au Travail Obligatoire, et c&#8217;est comme cela qu&#8217;il reçoit René Macé. Ce dernier avait été requis par l&#8217;Organisation TODT pour travailler comme maçon sur le Mur de l&#8217;Atlantique, à Cherbourg II refuse, et quitte son domicile d&#8217;Hermainville. Il se retrouve, comme maçon, à Thury Harcourt chez Marcel Dan.</p>
<p>Marcel   Dan participe à tous les parachutages du Maquis de Saint Clair, d&#8217;abord: le 8 septembre 1943 parachutage d&#8217;armes organisé par André Le Nevez, sur les terres de la famille Abavent à Acqueville, puis ceux  des 12 mai et 2 juin 1944 sur le Plateau de Saint Clair. Il est accompagné dans ses missions délicates par René Macé. Marcel Dan fait partie de cette nouvelle mission de sabotage la voie ferrée Caen-Flers dans la nuit du 5 au 6 juin 1944.</p>
<p>Là encore il est accompagné par René Macé, qu&#8217;il présente tantôt comme son fils, tantôt comme son cousin. Aidé par René, Marcel Dan place les charges de plastique et les crayons détonateurs au raccordement des rails. Son expérience d&#8217;artificier-démineur fait merveille. L&#8217;opération est un succès complet.</p>
<p>Ce rôle remarquable de Marcel Dan n&#8217;a pas reçu la reconnaissance officielle qu&#8217;il méritait. Il a été décoré de la Croix de Guerre le 18 mars 1947, mais il méritait d&#8217;avantage. Marcel Dan avec son fils Claude et René Macé ont érigé le Monument de Saint Clair après la tragédie du 8 juillet 1944.</p>
<p>René Macé était né le 9 octobre 19O9 à Hermanville-sur-Mer. Son père exerçait le métier de maçon. René devient orphelin très jeune. Son père, mobilisé comme Caporal au 23ème Régiment dInfanterie, meurt des suites de ses blessures de guerre le 11 septembre 1917.</p>
<p>Après ses études primaires, René part travailler dès l&#8217;âge de 14 ans. Il est apprenti menuisier. Il se marie le 1O décembre 1929. Il est appelé sous les drapeaux le 3O septembre 193O. Il est affecté au 43ème Régiment d&#8217;Artillerie à Caen* René Macé est mobilisé en avril 194O, peu de temps après la naissance de son troisième enfant. Il est fait prisonnier le 15 juin 194O. Il est transféré dans un stalag en Allemagne. Hélas son troisième enfant décède en avril 1941. En juin 1942, après ces Épreuves, il peut rentrer en France, dans le cadre de la &#8220;relève&#8221;.</p>
<p>C&#8217;est la fin d&#8217;un long cauchemar. Six mois après son retour, René est convoqué à Cherbourg par l&#8217;Entreprise TODT. Il refuse de travailler pour les Allemands. Un ami, lui fait donc connaitre, Marcel Dan qui accepte de le prendre comme ouvrier. Mais avant de basculer dans la clandestinité, René Macé écrit de Cherbourg une lettre fictive adressée à sa femme. Quand les feldgendarmes arrivent à son domicile, son épouse présente cette lettre confirmant qu&#8217;il est bien allé travailler à Cherbourg, et qu&#8217;elle n&#8217;a plus de nouvelles depuis.</p>
<p>Après les parachutages et les opérations de sabotage, il est revenu vivre à Hermainville-sur-Mer avec sa femme et ses deux enfants. Puis après la reprise de l&#8217;activité industrielle de la S.M.N., il obtient un emploi de manœuvre.</p>
<p>En 195O il achète une moto pour se rendre à son travail.. Dans la soirée du 21 décembre 1961, il est retrouvé mort à Bieville-Beuville sur le côté de la route, tombé de sa moto. Hélas aucune information ne sera recueillie sur cette tragédie.</p>
<p>Après la guerre, René Macé, n&#8217;avait pas cherché à faire valoir ses droits de Résistant. Il avait fait son devoir II ne demandera rien.</p>
<p>Voici donc l&#8217;histoire d&#8217;un homme de courage et de générosité prenant sans cesse des risques, pour la Libération de la France . Il est atteint par beaucoup d&#8217;épreuves, et termine son long chemin d&#8217;une façon tragique.</p>
<p>Pour rendre aujourd&#8217;hui l&#8217;hommage à Marcel Dan et à René Macé qu&#8217;ils méritent, nous reprenons un texte de Pierre Brossolette.</p>
<p>Ce dernier fut l&#8217;un des principaux dirigeants de la Résistance Française. En avril 1942 il rencontre le Général de Gaulle . Il devient à Londres le porte-voix des Combattants de l&#8217;Ombre. Dans un discours du 18 juin 1943, il rend un vibrant hommage &#8221; Aux Soutiers de la Gloire&#8221;. Il déclare: &#8221; &#8230; Ces hommes du &#8220;combat souterrain de la Libération, ces hommes tués, blessés, &#8220;arrêtés, torturés, chassés toujours de leur foyer, coupés souvent &#8220;de leur famille, combattants d&#8217;autant plus émouvants qu&#8217;ils &#8220;n&#8217;ont point d&#8217;uniformes, ni d&#8217;étendards, régiment sans &#8220;drapeau dont les sacrifices et les batailles ne s&#8217;inscrivent point &#8220;en lettres d&#8217;or dans le frémissement de la soie, mais seulement &#8220;dans la mémoire fraternelle et déchirée de ceux qui survivront. Il &#8220;faut les saluer . La gloire est comme ces navires ou l&#8217;on ne &#8220;meurt pas seulement à ciel ouvert, mais aussi dans l&#8217;obscurité &#8220;pathétique des cales. C&#8217;est ainsi que luttent et que meurent les &#8220;hommes du combat souterrain de la France. &#8221; Saluez-les, Français,! ce sont les soutiers de la gloire!&#8221; Nous saluons aujourd&#8217;hui Marcel Dan et René Macé. Nous saluons leurs familles, tous les combattants du Maquis de Saint-Clair, et les héros de ce Maquis, : Jean Renaud-Dandicolle, Maurice Larcher, John Cleary, Eugénie et Georges Grosclaude.</p>
<p>Le F résident Jacques VICO</p>
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		<title>Gilles Rivière</title>
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		<pubDate>Sat, 24 Jul 2010 10:02:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jpd</dc:creator>
				<category><![CDATA[1 Passeurs de Mémoire du Maquis de Saint Clair et de Normandie]]></category>

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		<description><![CDATA[Secourir dans Caen bombardé
Au mois de février 1993, nous avons été amenés à nous entretenir avec monsieur Rivière qui fut responsable des équipes d&#8217;urgence lors du Débarquement allié en Normandie.
Avocat de profession, il nous fit partager à travers ce récit ses souvenirs qu&#8217;il sut rendre très vivant, il nous fit part de ses opinions avec [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><span style="text-decoration: underline;">Secourir dans Caen bombardé</span></strong></p>
<p><em>Au mois de février 1993, nous avons été amenés à nous entretenir avec monsieur Rivière qui fut responsable des équipes d&#8217;urgence lors du Débarquement allié en Normandie.</em></p>
<p><em>Avocat de profession, il nous fit partager à travers ce récit ses souvenirs qu&#8217;il sut rendre très vivant, il nous fit part de ses opinions avec honnêteté et franchise et nous transmit avec souvent beaucoup d’émotions et d’humour le récit de sa vie d’alors. Il nous guida vraiment dans la connaissance d&#8217;une période que nous connaissons mal &#8230;<span id="more-260"></span></em></p>
<p>Septembre 1939, Monsieur Rivière n&#8217;a que 16 ans et c&#8217;est la guerre&#8230;Originaire de Lisieux, il s’apprête à passer son baccalauréat de philosophie qu&#8217;il obtient en 1941. Ensuite, il quitta Lisieux pour Caen où il s&#8217;inscrivit à la faculté de Droit afin de devenir avocat.</p>
<p>Son récit de guerre est donc celui d&#8217;un jeune étudiant confronté aux nombreuses difficultés de l&#8217;Occupation, c&#8217;est aussi le récit d&#8217;un homme qui sut à sa façon &#8211; sans jamais avoir été résistant &#8211; s&#8217;engager totalement pour répondre aux exigences des missions de secours, d&#8217;aide et d&#8217;assistance qui lui furent confiées : dans Caen bombardé lors des opérations du Débarquement, Gilles Rivière était responsable des équipes d&#8217;urgence de la Croix-Rouge. Il avait alors à peine 20 ans&#8230;</p>
<p>Sa première véritable vision de la guerre, il l&#8217;eut à Lisieux. L&#8217;armée française, officiers et soldats de seconde classe confondus, fuyait devant l&#8217;avance allemande. Du spectacle d&#8217;une armée en débâcle &#8211; l&#8217;armée de son pays &#8211; Gilles. Rivière retira une impression d&#8217;écrasement. Son pays s&#8217;était effondré et il fallait réagir. Mais que faire?&#8230; M. Rivière nous confia qu&#8217;il fut alors sensible aux interventions radiodiffusées du Maréchal Pétain, notamment lorsque celui &#8211; ci affirmait que: &#8221; L&#8217;esprit de jouissance l&#8217;avait emporté sur l&#8217;esprit de sacrifice&#8221;. Sans doute, pensa-t-il, c&#8217;était là la raison de l&#8217;affaissement soudain de la France. M. Rivière fut donc, comme de nombreux Français, pétainiste. Son père était un ancien de 14-18 et Pétain était l&#8217;ancien vainqueur de Verdun. Et puis l&#8217;esprit de la &#8220;Révolution nationale&#8221; préconisée par le maréchal le satisfaisait. &#8220;En 1940-41, les Français soutenaient majoritairement Pétain. Ce n&#8217;est qu&#8217;en 1942, quand la zone libre fut occupée par les Allemands que les avis évoluèrent&#8230;&#8221; Pour sa part, M. Rivière resta fidèle au Maréchal comme le resta une très grande partie de l&#8217;opinion publique française&#8230;&#8221;Il ne faut pas assimiler tous les gens qui étaient favorables à Pétain à des collaborateurs&#8230; Pour moi, Pétain sauvait la France et son but était alors  à mes yeux de conserver ce qui pourrait encore l&#8217;être tout en espérant que l&#8217;Allemagne serait battue. C’était là une idée assez répandue pendant une grande partie de l&#8217;Occupation&#8221;. Gilles Rivière ajoute qu&#8217;en 1944, le Maréchal Pétain, à Paris, fut encore acclamé par des centaines de milliers de personnes. &#8220;C&#8217;était évidemment une manifestation organisée, mais l&#8217;importance de la  foule montre que Pétain avait encore beaucoup de prestige et restait pour certains un symbole de résistance&#8230;</p>
<p>Interrogé sur sa non-participation à la Résistance, M. Rivière nous fit savoir qu&#8217;en 1940, la Résistance était très marginale. Ceux qui y entrèrent en 1941 étaient peu nombreux. En revanche, fin 1943 début 1944, le nombre des résistants augmenta. &#8220;Il y a un rapport direct entre cette augmentation et l&#8217;instauration du STO: beaucoup de jeunes gagnèrent des zones plus tranquilles pour échapper aux rafles allemandes, ils se réfugièrent dans des maquis&#8230; Les résistants de la première heure furent très discrets et j&#8217;en connus, sans savoir alors qu&#8217;ils en étaient. Je ne l&#8217;appris qu&#8217;après la guerre&#8230; ».</p>
<p>Monsieur Rivière, sans jamais avoir été collaborateur, n&#8217;a jamais été résistant: « On ne me l&#8217;a jamais demandé&#8230; et honnêtement, je ne peux vous dire qu&#8217;elle aurait été ma réaction. »..</p>
<p>En 1944, Gilles Rivière était à Caen, étudiant en Droit. Caen était une ville où les étudiants, peu nombreux alors, se connaissaient tous plus ou moins. Avec la guerre, les restrictions, le couvre-feu puis le Débarquement allié, la ville était quelque peu repliée sur elle-même. Entre les jeunes étudiants, cela a favorisé la solidarité et comme les sorties, en cette période de guerre, étaient restreintes, ils organisaient des activités entre-eux : chorales, scoutisme, sport. C&#8217;était un moyen de se distraire. M. Rivière, pour sa part, rejoignit donc tout naturellement les équipes étudiantes de la Croix-Rouge. Il n&#8217;était pas trop sensible aux visions horribles des corps mutilés lors des nombreux bombardements qui eurent lieu à Caen et aux environs. Par contre, il supportait difficilement les mauvaises odeurs. L&#8217;une de ses premières interventions lui a laissé un souvenir pénible : &#8220;A Sotteville, près de Rouen, je fus appelé à déplacer des cadavres pour les mettre dans des cercueils. Avec un ami, nous les prenions, lui par les pieds et moi par les bras. Alors que nous commencions de le soulever, un mort vida tout l&#8217;air de ses poumons dans ma figure&#8230; Heureusement, un de mes amis avait eu la préoccupation d&#8217;apporter une bouteille de Calvados ! L&#8217;inexpérience, ajoute Gilles Rivière, peut rendre service&#8230; A 20 ans, on ne savait pas tout ce que l&#8217;on allait connaître par la suite&#8230; et c&#8217;est bien comme cela&#8221;. Jeune, selon lui, on a « des réactions qui peuvent apparaître bien étranges une fois que l&#8217;on est devenu adulte ».</p>
<p>Pour nous, il se souvient d&#8217;une autre anecdote : &#8220;c&#8217;était lors du Débarquement, 2 à 3000 personnes étaient entassées dans le lycée de Caen (actuellement la mairie), et les équipes d&#8217;urgence devaient  s&#8217;en occuper chaque jour. Je me rappelle avoir eu à rechercher, à la demande de ses parents, le corps d&#8217;une  jeune fille dans les décombres d&#8217;un immeuble bombardé. Un homme, de 50 ans environ, nous aida. Pourtant, quand le corps fut découvert, il se sauva. Cet ancien de 14.18 ne pouvait plus supporter la vue d&#8217;un cadavre. Nous n&#8217;avons pas pu dégager l&#8217;un des pieds de la morte. Ce pied était resté bloqué sous un immense bloc de pierre. Nous n&#8217;avions que très peu de moyens pour déblayer et nous avions beaucoup à faire. Je n&#8217;ai pas hésité alors à lui trancher le pied à la hache pour pouvoir placer son corps dans le cercueil. La famille ne le réouvrirait pas&#8230; Aujourd&#8217;hui, je trouve mon geste aberrant, mais en fait nous avions satisfait la famille&#8230; Nous n&#8217;avons pas toujours été très scrupuleux. Si nous l&#8217;avions été, aurions-nous pu faire tout ce qui était indispensable de faire alors ?&#8230;&#8221;</p>
<p>Pendant le Débarquement, M. Rivière loge dans les douches du lycée de la ville. &#8220;Nous étions si nombreux que nous ne pouvions coucher que sur le côté. Quand l&#8217;un d&#8217;entre nous voulait se retourner, il fallait que tous se retournent ! &#8221; Là, il se livre avec ses amis, avec malice, à certaines astuces pour, sinon survivre, du moins améliorer l&#8217;ordinaire. Avec un ami qui a retrouvé dans la cave de sa maison dévastée, deux bouteilles de gaz butane, véritable trésor de guerre dans une ville privée d&#8217;eau, de gaz et d&#8217;électricité, il organise une opération de récupération : &#8220;dissimulées des regards envieux, les deux bouteilles étaient glissées sous des couvertures, le tout placé sur un brancard comme si nous transportions un cadavre&#8230; Les passants faisaient le signe de croix en nous voyant !&#8230;&#8221; Cette action morbide, M. Rivière n&#8217;en serait plus capable aujourd&#8217;hui. &#8220;A l&#8217;époque, il y avait une réelle dérision de la mort qui ne seait plus supportable à présent&#8230;&#8221; Pendant la guerre, Gilles Rivière n&#8217;a pas eu vraiment peur. Il estime que &#8220;jeune, on est moins sensible, plus intrépide. Tout est différent lorsqu&#8217;adulte, on a une charge familiale&#8230;&#8221; Il reconnaît avoir jugé sévèrement des familles qui fuyaient lors du Débarquement, il n&#8217;était alors pas vraiment conscient de l&#8217;angoisse de tout ces parents qui avaient peur pour leurs enfants..&#8221; Suivant l&#8217;âge, on raisonne différemment, c&#8217;est normal&#8230;&#8221; Par contre, c&#8217;est la longueur de la guerre qui lui faisait douter de l&#8217;avenir. &#8220;On était si las&#8230;&#8221; et puis il y avait la crainte de partir pour le S.T.O en Allemagne, d&#8217;être pris dans une rafle à la sortie du cinéma&#8230; Il avait à 20 ans l&#8217;âge requis pour partir. Un moment, il pensa fuir, prit des contacts pour cela&#8230; mais ne le fit finalement pas, le Débarquement étant survenu.</p>
<p>Au cours de l’année 1942, il y eut dans la région de Caen une augmentation du nombre des attentats contre les trains, ce qui obligea les Allemands à prendre deux mesures:</p>
<p>- La première consistait, sur la ligne Cherbourg-Paris, à l’aller comme au retour, à faire accompagner les permissionnaires allemands par plusieurs otages français. Cette tactique refroidit ceux qui voulaient faire sauter les trains&#8230;</p>
<p>- La seconde était de faire surveiller les voies. Tous les quatre kilomètres, des groupes de huit hommes étaient placés pour garder la voie. Des français étaient réquisitionnés pour former ces groupes. M. Rivière fut l&#8217;un d&#8217;eux: &#8220;on était payé, et j&#8217;ai pu ainsi m&#8217;offrir les livres nécessaires à mes études. Comme cette surveillance était faite toute la nuit, suivre les cours de lendemain n&#8217;était pas facile&#8230;&#8221;</p>
<p>M Rivière nous a confié qu&#8217; il n&#8217;avait pas trop souffert de la faim avant le Débarquement. Il reconnaît avoir été favorisé&#8230; Dans Caen occupé, il avait une chambre chez une vieille dame qui avait pris l&#8217;habitude de louer surtout à des pensionnaires susceptibles de fournir de petits compléments pour l&#8217;alimentation quotidienne du groupe. Ainsi, M Rivière côtoya la fille d&#8217;un chocolatier, le fils d&#8217;un riche cultivateur et il n&#8217;y avait finalement &#8220;que son frère et lui qui n&#8217;avaient pas de relations &#8220;. Malgré cela, la nourriture la plus quotidienne restait les rutabagas servis sans assaisonnement presque tous les jours&#8230;</p>
<p>Aux moments les plus dramatiques du Débarquement, il resta trois jours sans dormir, ni manger: &#8220;La plupart des adultes avait comme démissionné. Il fallait faire quelque chose. Les gens dans les abris souffraient de faim. Alors que les Alliés se battaient sur les plages, avec quatre amis, M Rivière partit récupérer à Noyers-Bocage des boeufs et des vaches, laissés livrés à eux-mêmes par les paysans qui avaient fui. &#8220;Nous étions vraiment totalement inconscients car les bêtes étaient juste entre les lignes allemandes et britanniques. Nous avons réussi à regrouper une trentaine de bêtes qu&#8217;il fallut ramener à pied à Caen alors que les combats faisaient rage. Il tombait tant d&#8217;obus à la fois qu’ on finissait par s’y accoutumer. Réfugié sous un camion de la Croix-Rouge, il se souvient de cette jeune infirmière restée au milieu de la rue pour contempler le spectacle des bombes tombant sur Caen. &#8220;Quelle inconscience, là encore!&#8230; Sous notre camion, nous étions moins en danger qu’elle,, protégés des éclats éventuels&#8230; Les obus qu&#8217;on entend, ne nous tombent jamais dessus&#8230; Nous le savions et n&#8217;avons mis que quinze jours à l&#8217;apprendre&#8230;&#8221;.</p>
<p>De toute cette époque, M Rivière garde le sentiment d&#8217;avoir pu servir vraiment à quelque chose, d&#8217;avoir exercé de réelles responsabilités. Ce fut, selon lui, la période la plus exaltante, la plus forte en émotions de sa vie. Grâce à une lettre récemment redécouverte, adressée à ses parents, M. Rivière a pu retrouver des détails oubliés de ces moments là: En 1944, Rouen et Sotteville avaient été victimes de grands bombardements et des renforts pour aider aux secours et déblaiements avaient été demandés à la Croix-Rouge. Sur leur route, M. Rivière et ses camarades tombèrent en panne. &#8220;Nous n&#8217;avions rien de bien impressionnant avec notre simple treillis, notre casque blanc et sa Croix-Rouge. Pourtant, c&#8217;est dans cette tenue que nous fîmes la circulation, réquisitionnant de la nourriture, arrêtant même les véhicules allemands pour demander s&#8217;ils ne pouvaient pas nous dépanner&#8230; Vraiment, nous étions bien inconscients, les Allemands n&#8217;eurent pas l&#8217;air de s&#8217;en apercevoir. En mai 1944, on ne savait pas qu&#8217;on était à un mois du Débarquement&#8230; Le 6 juin 1944, le responsable des équipes d&#8217;urgence de la Croix-Rouge, un certain P, disparut. « Je me retrouvais donc obligé de prendre                                                                                                                                                                            en main la responsabilité du groupe &#8230; J’appris bien plus tard que P était un résistant qui avait rejoint son réseau lors du Débarquement » &#8230;</p>
<p>Les camps de concentration ? Le problème juif ? M. Riviére n&#8217;en était pas conscient lors de la guerre. En Normandie, il n&#8217;y avait presque pas de juifs. Quant aux camps, ce fut pour lui une douloureuse et horrifiante révélation d&#8217;après-guerre &#8230;</p>
<p>M. Riviére n&#8217;a pas eu de relations avec les Allemands, si ce n&#8217;est ceux qui &#8211; au début de l&#8217;Occupation &#8211; logeaient chez ses parents et qui expliquaient à leurs hôtes forcés comment ils allaient prochainement débarquer en Angleterre : &#8221; leur enthousiasme n&#8217;était pas très important, en fait &#8230; &#8221;</p>
<p>A la Libération, M. Riviére fut mobilisé. D&#8217;août 1945 à mars 1946, il est en Allemagne. Officier, il loge avec le Mess chez l&#8217;habitant, une mère et ses trois filles, des &#8221; personnes très sympathiques qui lui faisaient le petit déjeuner le matin, le café au lait à quatre heures et lui lavaient son linge &#8230; &#8221; Il en garde donc un bon souvenir &#8230; Après la guerre, il eut l&#8217;occasion de recevoir des avocats allemands pour des relations professionnelles et n&#8217;a donc aucune rancune pour les Allemands.</p>
<p>En fait, c&#8217;est la position de M. Riviére à l&#8217;égard de Pétain qui est nuancée et contradictoire &#8230;</p>
<p>Le gouvernement de Vichy lui a laissé penser pendant longtemps qu&#8217;il pouvait incarner les réformes essentielles à établir dans la France vaincue. Il dit honnêtement lui être resté fidèle jusqu&#8217;à la fin. Aujourd&#8217;hui, 50 ans après, il refuse de se faire une idée définitive : &#8221; Plus je lis, plus je trouve qu&#8217;il reste bien des points obscurs, des documents sont encore &#8221; camouflés &#8221; ou interprétés selon l&#8217;avis des uns ou des autres. « Il y a &#8211; affirme-t-il &#8211; des historiens sérieux qui maintiennent qu&#8217;en dehors de la période des derniers mois, on ne sait pas si le maréchal Pétain n&#8217;était pas plus ou moins prisonnier &#8230; M. Riviére a l&#8217;esprit de contradiction mais aussi celui de la réflexion. Se référant à H.Amouroux, historien de la France occupée, et à d&#8217;autres chercheurs scrupuleux, il relève les multiplications par 2 voire même par 3 du nombre des résistants dans certains départements. » Il a fallu plus de 40 ans pour rectifier dans une certaine mesure « certaines vérités historiques &#8220;. Pour notre témoin, on ne peut encore se prononcer devant tant d&#8217;incertitudes &#8230; Et M. Riviére donne un autre exemple : les éventuelles relations entre Pétain et l&#8217;ambassadeur des Etats-Unis à Vichy. &#8221; Il semblerait que les Etats-Unis de Roosevelt n&#8217;étaient pas tellement d&#8217;accord avec le général De Gaulle et ont entretenu des relations avec le maréchal jusqu&#8217;à la fin:&#8230; « Qu&#8217;est-ce qui s&#8217;est dit ? On en sait rien évidemment. Pour ma part, je n&#8217;ose plus avoir d&#8217;opinion sur la question. »</p>
<p>M. Riviére est sorti de cette guerre indemne mais complètement bouleversé intérieurement. D&#8217;adolescent, il est devenu un homme mûr avec beaucoup d&#8217;expérience, fortifié et à jamais transformé par cette période. J&#8217;ajouterai que la guerre influe énormément sur les consciences car il est intéressant de voir comment M. Riviére réagit sur les sujets d&#8217;actualité que nous avons aussi évoqué auprès de lui &#8230; Nous le remercions pour avoir retracé avec des mots simples et avec franchise les moments heureux et moins heureux de la guerre. Sincère et discret, il mérite pour nous le nom de &#8221; héros &#8221; car il a été courageux volontaire et solidaire avec les autres en un temps où rien n&#8217;était simple.</p>
<p><span style="text-decoration: underline;"> Propos recueillis par Hélène Jouve, 15 ans.</span></p>
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		<title>Rémy Douin</title>
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		<pubDate>Sat, 24 Jul 2010 09:59:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jpd</dc:creator>
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		<description><![CDATA[ REMY DOUIN
 
   
 
M. Rémy Douin, né en 1927 dans une famille de petite bourgeoisie aux modestes  ressources ,  est le fils de Robert Douin, sculpteur et directeur de l’Ecole des Beaux Arts de Caen , ancien combattant  de  14/18.
 

L’ancienne Ecole des Beaux Arts :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Caen_beauxarts.jpg
 
Son enfance est heureuse auprès [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em> </em><strong>REMY DOUIN</strong></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> </em> <em> </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><strong>M. Rémy Douin</strong>, né en 1927 dans une famille de petite bourgeoisie aux modestes  ressources ,  est le fils de <strong>Robert Douin</strong>, <strong>sculpteur et directeur de l’Ecole des Beaux Arts de Cae</strong>n , ancien combattant  de  14/18.</p>
<p><em> </em></p>
<p><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Caen_beauxarts.jpg"></a><span id="more-255"></span></p>
<p>L’ancienne Ecole des Beaux Arts :</p>
<p><cite><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Caen_beauxarts.jpg">http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Caen_beauxarts.jpg</a></cite></p>
<p><em> </em></p>
<p>Son enfance est heureuse auprès de ses parents, d’une sœur trisomique et d’un demi-frère.</p>
<p>La famille réside à <strong>Saint-Aubin-sur-Mer</strong>,  sur la Côte de Nacre, près de Courseulles. M. Douin père est en effet en charge de l’entretien ou de la restauration du clocher de l’église.</p>
<p>Mme Douin est une mère au foyer, effacée peut-être ,  et  toute dévouée à ses enfants et à son époux.</p>
<p>Rémy suit les cours de l’Institut <strong>Saint-Joseph </strong>de Caen.</p>
<p>A la maison, les conversations sont libres, et Rémy  échange  sur tous les sujets avec un  père qu’il aime et qu’il  admire.</p>
<p><strong>L’avant-guerre</strong> a été marqué pour lui comme pour ses parents,  par un net sentiment patriotique et anti-allemand, fondé sur les réminiscences de la première guerre,<em> </em>pendant laquelle son père a été blessé par deux fois, ce dont il garde des séquelles importantes à un bras. On raconte beaucoup la Grande Guerre à la maison.</p>
<p>Il a été marqué  par l’angoisse de l’imminence d’une seconde guerre et frappé par un antisémitisme ambiant que nourrissait « la peur du juif ». A ses yeux, celle-ci découle d’une perversion de la culture chrétienne. Rémy Douin insiste sur le fait que lui-même n’a jamais été antisémite.</p>
<p>La mise en place de la Collaboration en 1940 met en rage Robert Douin. Il tient Pétain d’emblée pour un traître.</p>
<p>Il  cherche alors  comment lutter contre l’occupant et prend des contacts avec des résistants, sur les indications de collègues des Beaux-Arts . En novembre 1940, il  entre dans la résistance à Caen et est contacté, fin 1941, par le chef du réseau <strong>Allianc</strong>e</p>
<p>( 1 ). Il  signe  son engagement. Il  deviendra le chef du réseau du Calvados. Son pseudonyme : Civette.</p>
<p>A la maison, on écoute <strong>Radio-Londres</strong> et on parle du <strong>Général de Gaulle</strong>, même si on n’a pas entendu son Appel. On écoute <strong>Maurice Schuman</strong> et on reprend courage.</p>
<p>Robert Douin cache des juifs. Car on a connaissance d’ arrestations, de déportations. On a entendu parler de fours crématoires…</p>
<p>Au début 1941, Robert  informe son fils, qui a alors 14 ans, de son entrée dans la Résistance. Mme Douin ne sera informée que bien plus tard.</p>
<p>Rémy Douin présente  ainsi sa vision du  <strong>réseau Alliance</strong> et de la figure de son fondateur :</p>
<p><em>Le réseau Alliance fut créé par le commandant </em><strong>Loustaunau – Lacau</strong><em> (1894 – 1955), commandant de carrière,(2) qui fut mis en disponibilité pour avoir voulu protéger l’Armée d’une décadence certaine et l’avoir trop crié.</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> De plus, celui – ci créa et dirigea sous le pseudonyme « Navarre » un petit groupe de presse dénonçant la montée du nazisme, le manque de jugement des dirigeants, la publication de l’Ordre de Bataille Terre – Air – Mer de Hitler … La secrétaire de ce groupe était </em><strong>Marie – Madeleine Fourcade</strong><em> qui deviendra chef du réseau Alliance à la fin de 1940 ( 2  ).</em></p>
<p><a href="http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/2/5/6/9782262023652.jpg"></a><em> </em></p>
<p>archivesdefrance.culture.gouv.fr :</p>
<p><em><a href="http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/2/5/6/9782262023652.jpg">http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/2/5/6/9782262023652.jpg</a></em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> Elle avait 30 ans en 1939. </em></p>
<p><em>En 1939, le commandant Loustaunau – Lacau   est réintégré dans l’armée, il part au front. Mais il fait part à l’État – Major du fait qu’il existerait des  relations suivies  à Amsterdam entre un Ministre et un sénateur français et  un agent allemand de l’espionnage économique,  que le 2<sup>ème</sup> Bureau avait chassé de France en juillet 1939&#8230; En haut lieu, on étouffe l’affaire, et le commandant Loustaunau – Lacau est incarcéré dans la Forteresse de Mützig. Il est  relâché grâce à un juge et à des accusations vérifiées. Mais il est ,  plus tard, grièvement blessé et constitué prisonnier  à l’hôpital militaire de Châlons-sur-Marne. Evadé,  il se rend à Vichy, pensant que c’était le lieu et le meilleur moyen d’avoir des contacts et des renseignements. C’est à partir de Vichy qu’il dirige ses contacts  vers Marie – Madeleine Fourcade à qui il  confie  la direction du Réseau Alliance.</em></p>
<p><em>Le Réseau Alliance a compris  3000 membres dont 700 femmes. Parmi ces 3000 membres,  432 personnes  ont été assassinées,  dont Robert Douin ; 237 furent internés et 423 qui ont été déportés,  dont 206 seulement sont revenus. </em></p>
<p>Pour Rémy Douin, Alliance n’était pas un mouvement politique, puisqu’ il a rassemblé des membres appartenant à des partis ou à des sensibilités  très divers.</p>
<p>Rémy décide donc de suivre les traces de son père et de participer  concrètelent  à</p>
<p>l’ action de celui-ci. Ses motivations : le patriotisme, la lutte contre le nazisme, la haine de l’occupant, l’admiration pour les réfractaires du S.T.O.. Rémy , comme son père, observe aussi avec honte et mépris les engagés de la Légion des Volontaires contre le Bolchévisme ( L.V.F. ) de Darnand.</p>
<p>En prenant  des notes mentalement, il aide son père à  cartographier les  défenses  allemandes, pour <strong>transmission aux Anglais ( Intelligence Service).</strong> Robert se rend sur la plage à bicyclette avec son fils, présenté comme son apprenti,  prétextant  un besoin de peindre, afin de  repérer les défenses allemandes et la construction du mur de l’ Atlantique et d’ élaborer  <strong>une carte de 17 m de long</strong> .Rémy, qui connaît bien la côte en indique à son père tous les sentiers d’accès . Il ajoute lui-même à la carte un sentier. Il observe les travaux de l’organisation Todt, il relève l’emplacement de fosses anti-chars. Lors d’un repérage, ils manquent d’être arrêtés  par une patrouille allemande. Les retours à la maison, après le couvre-feu de 22h , sont toujours  périlleux.</p>
<p>Rémy Douin ne connaissait que trois  personnes du réseau : ANIME Albert, surnommé Pieuvre ( un Charron), CABY Jean, surnommé Emouchet (un Radio Electricien) et THOMINE Georges, surnommé Cachalot ( un Marin Pêcheur ). D&#8217;autres personnes , plus importantes,  venaient parfois à la  maison , mais leur identité lui était cachée, d’autant qu’ il n’était pas membre officiel du réseau  . Il a cependant connu un officier, M. Gouliboeuf.</p>
<p>Il ne quitte  sa maison qu’en février 1944 pour raisons  de santé et se soigner à 30 km de Caen chez son demi-frère.</p>
<p>Il a alors 17 ans.</p>
<p>Son père est surveillé pendant six mois par une française, maîtresse du chef de la Gestapo locale. Il refuse la proposition du réseau de partir avec sa famille en Angleterre, arguant du fait que sa carte est inachevée. <strong>Ce document parviendra cependant à destination</strong>. Finalement, M. Douin père est  arrêté , le 17 mars 1944,  sur son lieu de travail, suivi par Jean Caby et Georges Thomine  . Emprisonnés à Caen,ils y sont torturés puis  fusillés le 6 juin 1944 . ( 4 )</p>
<p>Rémy retourna alors chez lui et fut obligé de travailler dur pour nourrir sa mère et sa sœur.</p>
<p>Ses sentiments  furent partagés  à l&#8217;annonce du débarquement : bonheur de voir son père vengé, de voir justifiée l’œuvre de celui-ci  , mais aussi immense tristesse devant toutes les pertes civiles et l’anéantissement des villes . Il se souvient traumatiquement du vacarme des avions et de la lueur des flammes rouges. <strong>Mais l’un des chemins inscrit par Rémy sur la carte  sera utilisé par les anglais lors  du Débarquement, entre le 6 et le 8 juin 1944</strong> ( 5 ) .</p>
<p><strong>Rémy Douin a su délivrer aux jeunes gens une leçon de sagesse, directement inspirée par la mémoire héroïque de son père :</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong><em>Il faut tout faire pour que de tels événements ne se reproduisent pas, il faut s’ouvrir à des idéaux, il faut  respecter la vie ; mais il faut aussi dire non à certains moments, et , dans l’avenir, , rester vigilant ; enfin, miser sur l’éducation, pour  soi-même comme pour autrui.</em></strong></p>
<p><em> </em></p>
<p><strong>Notes :</strong></p>
<p>1   <strong>Alliance</strong> est un réseau de la Résistance intérieure française pendant la deuxième guerre mondiale. Alliance était l&#8217;un des plus actifs réseaux de renseignements de la Résistance, avec la <a title="Confrérie Notre-Dame" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Confr%C3%A9rie_Notre-Dame">Confrérie Notre-Dame</a> et, comptant jusqu&#8217;à 3.000 membres, le plus important des réseaux dépendants de l&#8217;<a title="Intelligence Service" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Intelligence_Service">Intelligence Service</a> britannique (<a title="IS" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/IS">IS</a>) sur le territoire français. Le réseau dénombre au total 438 morts<sup><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Alliance_%28r%C3%A9seau%29#cite_note-M.C3.A9moire-0#cite_note-M.C3.A9moire-0">[1]</a></sup> sur 1 000 arrestations. Chaque membre, pour préserver son identité, se vit désigner un matricule par l&#8217;IS. Puis, pour rendre plus pratique la communication entre les différentes parties, ils adoptèrent des surnoms ou pseudonymes. Les fondateurs du réseau Alliance et la plupart des autres membres choisirent de porter comme pseudonymes des noms d&#8217;animaux. C&#8217;est pourquoi la police allemande lui a attribué le nom original d&#8217;Arche de Noé. Toutefois, certains groupes à l&#8217;intérieur du réseau reçurent des pseudonymes de métier, ou de tribus indiennes&#8230; ( source : Wikipedia )</p>
<p>2   <strong>Loustanau-Lacau</strong> :nommé par <a title="Xavier Vallat" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Xavier_Vallat">Xavier Vallat</a>, en septembre 1940, délégué général de la <a title="Légion française des combattants" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A9gion_fran%C3%A7aise_des_combattants">Légion française des combattants</a>, dont le siège est à l’<em>Hôtel des sports</em> à Vichy, il entreprend d&#8217;y recruter des agents qui établiront des liaisons avec les services anglais. Il recrute d&#8217;abord parmi les anciens de <strong>Corvignolles et de la Spirale</strong>, c&#8217;est-à-dire au sein de la droite nationaliste et de l&#8217;armée.  ( source : Wikipedia )</p>
<p>3   <strong>Marie-Madeleine Fourcade</strong> : appartenant à la haute bourgeoisie, élevée au Couvent des Oiseaux, pianiste, elle prend la tête du réseau en 1941. Arrêtée avec son état-major le 10 novembre 1942, elle s&#8217;évade et peut rejoindre <a title="Londres" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Londres">Londres</a> d&#8217;où elle dirige le réseau, qui finit par se rattacher au <a title="BCRA" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/BCRA">BCRA</a> gaulliste, jusqu&#8217;à la capitulation allemande. Elle revient en France en 1943 et est capturée en juillet 1944. Son pseudonyme : Hérisson.   <strong>Elle a publié chez Fayard <em>l’Arche de Noé</em> en 1968.</strong></p>
<p>4  Dans le réseau <strong>Alliance du Calvados, </strong>la période sombre a commencé le 14 mars 1944 avec l&#8217;arrestation à Paris d&#8217;un agent de liaison de Robert Douin</p>
<p>(Jean Truffaut dit Tadorne, qui possédait sur lui des documents importants sur le réseau et qui avait rencontré Robert Douin le 9 mars).<br />
A sa suite, le 17 mars, Robert Douin a été arrêté à Caen, Georges Thomine a été arrêté à Port-en-Bessin, Jean Caby a été arrêté à Villers-Bocage.<br />
Le 4 mai, la quasi totalité du groupe de Villers-Bocage a été arrêtée.<br />
Le 5 mai, c&#8217;est le tour du groupe de Vierville-Saint-Laurent-Trévières qui, lui aussi, est arrêté en totalité: Désiré Lemière, Albert Anne, Robert Boulard et Charles Olard. Ces arrestations étaient en général faites par des Français travaillant pour la Gestapo. Tous ont été interrogés sous la torture à Caen, 4 ont été libérés, 1 déporté et 16 fusillés le 6 juin 1944 à la prison de Caen, dans la panique qui semble avoir saisi les Allemands le matin du débarquement. Leur dépouilles n&#8217;ont jamais été retrouvées.</p>
<p>( source : <cite>vierville.free.fr/811-<strong>Resistance</strong>Vierville.htm )</cite></p>
<p><cite> </cite></p>
<p><cite>5  Opération </cite><strong>Sword Beach</strong> . Cette plage était attribuée à la <a title="Seconde armée britannique" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Seconde_arm%C3%A9e_britannique">Seconde armée britannique</a>. Elle  s&#8217;étend sur 8 km<strong> de <a title="Ouistreham" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Ouistreham">Ouistreham</a> à <a title="Saint-Aubin-sur-Mer (Calvados)" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Saint-Aubin-sur-Mer_%28Calvados%29">Saint-Aubin-sur-Mer</a></strong>.</p>
<p><em> </em></p>
<p><strong>INTERVIEW : </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>1°) <span style="text-decoration: underline;">Comment était votre enfance ?</span></strong></p>
<p>En 1938, je sentais venir la guerre et la montée du nazisme. Pendant la guerre, j’écoutais la radio de Londres et j’ai entendu parler du Général De Gaulle. J’allai à l’école. Le jour de repos était le jeudi mais le samedi je travaillais.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>2°) <span style="text-decoration: underline;">De quoi parlaient les gens avant la guerre ?</span> </strong></p>
<p>Il fut torturé par la Gestapo. Les Allemands avaient constaté que tous les membres du réseau avaient des pseudonymes d’animaux. Le 16 mars 1944, mon père devait rencontrer, durant la guerre de Caen, Jean Truffaut, âgé de 20 ans, qui avait pour pseudonyme «tadorne » ; mais celui – ci fut arrêté le 11 mars 1944 et mourut au Struthof. Il y avait beaucoup de perte pour le réseau car durant septembre 1943 et début 1944 il y avait encore des arrestations.</p>
<p><strong>3°) <span style="text-decoration: underline;">L’avez – vous ressenti avant la guerre ?</span> </strong></p>
<p>. Cependant, les déportations marquaient les gens.</p>
<p><strong>4°) <span style="text-decoration: underline;">Comment était la résistance ?</span> </strong> Il connut plus tard, Duchèze, Margerie, « Dragon ». Il cherchait un point de chute en Normandie. Mon père ne cachait pas ses opinions. Je n’avais que 14 ans quand j’ai su que mon père faisait de la résistance. Les gens ne devaient pas connaître beaucoup de personnes. J’ai vu un officier qui se nommait Gouliboeuf. Il y avait beaucoup de réseaux dans la région mais à l’époque je l’ignorais. Les gens ne se connaissaient pratiquement pas. Mon père était le chef du réseau du Calvados. <strong> </strong></p>
<p><strong>5°) <span style="text-decoration: underline;">Pourquoi votre père vous a t &#8211; il informé de son entrée dans la résistance ? </span></strong></p>
<p>Parce qu’il avait confiance en moi et qu’on était patriote de père en fils. Il a du sentir le patriotisme en moi.</p>
<p><strong>6°) <span style="text-decoration: underline;">Mais il prenait des risques ? </span></strong></p>
<p>Oui, mais je l’aidais. J’ai ajouté un chemin que je connaissais sur la carte que faisait mon père. Le plan de mon père est arrivé en Angleterre. Le jour du débarquement, j’ai vu sur une carte d’un anglais le chemin que j’avais ajouté. Un jour, mon père a dit à ma mère qu’il faisait de la résistance.</p>
<p><strong>7°) <span style="text-decoration: underline;">Comment a t – elle réagi ?</span> </strong></p>
<p>Avec appréhension mais elle ne le montrait pas du moins elle essayait de le cacher. Quand mon père fut arrêté, elle a dû mal à s’en remettre. Ma sœur étant mongolienne et ma mère sans travail, à 17 ans j’ai du assuré la fonction à la maison.</p>
<p><strong>8°) <span style="text-decoration: underline;">Comment votre père a t – il réagi quand vous lui avez demandé d’entrer dans la résistance ? </span></strong></p>
<p>Ca coulé de source. Mon père trouvait ça normal. J’inspectais des endroits. Dans la région d’Arromanche où les alliés ont débarqué, un port artificiel a été crée afin de permettre la circulation des chars, des caissons… Les Allemands, quant à eux,  creusèrent des fosses anti – chars. Un jour, alors que mon père et moi étions allés inspecter des nouveaux endroits à bicyclette, nous avons rencontré un officier allemand. Il nous demanda ce qu’on faisait et mon père répondit qu’il cherchait un endroit pour la carte de ses Beaux Arts. Heureusement pour nous, la baigneuse, qui accompagnait l’officier,  avait froid donc ce dernier partit plus occuper par la baigneuse que par nous. Mon père était inquiet pour moi que pour lui – même. La carte d’état major faisait 17m quand elle arriva en Angleterre. Mon père était surveillé par la Gestapo, c’est pourquoi, le réseau lui propose de partir avec sa famille en Angleterre mais il refusa à cause de la carte qu’il n’avait pas finit.</p>
<p><strong>9°) <span style="text-decoration: underline;">Avez – vous eu des faux papiers ?</span> </strong></p>
<p>Non. Mon père travaillait avec son nom bien qu’il savait qu’il était surveillé par la Gestapo.</p>
<p><strong>10°) <span style="text-decoration: underline;">Avez – vous souffert de la guerre ?</span> </strong></p>
<p>En 1941 – 1942, mon année scolaire se passa à Saint Aubin où j’habitais car mon père était chargé du clocher donc c’était plus commode d’aller vivre là – bas. Mon père partait de la maison à 7h du matin et rentrait le soir à 20H. On mangeait de la viande rarement. J’étais beaucoup plus mince qu’aujourd’hui. Je souffrais de la faim, et de plus, il y avait le rationnement, mais avec le marché noir cela allait. Des biscuits vitaminés étaient distribués en classe. On buvait du lait écrémé et le pain était rationné. Il y avait une carte de rationnement et chaque catégorie était classée, exemple, travailleur de force G1, enfant E …  On avait 1 kilo de sucre par mois. On ne connaissait pas l’orange.</p>
<p><strong>11°) <span style="text-decoration: underline;">Etes – vous toujours resté en France ? </span></strong></p>
<p>Oui, je suis plutôt F.F.I (Force française de l’Intérieur).</p>
<p><strong>12°) <span style="text-decoration: underline;">Avez – vous des amis déportés ? </span></strong></p>
<p>Avant non et après oui. Je ne connaissais pas beaucoup d’amis pendant la guerre mais après j’en ai connu.</p>
<p><strong>13°) <span style="text-decoration: underline;">Qu’est ce qui a changé dans votre ville ?</span> </strong></p>
<p>Le climat moral. Il y avait moins de voitures qui circulaient car l’essence était rare. Seul le médecin avait le droit de disposer de l’essence pour ses visites. Quand les pneus pneumatiques étaient endommagés, on les recousait pour les réparer. J’ai même vu une voiture descendre une rue de pavé sur la jante. Les gens sortaient moins et le couvre – feu était à 22h. La ville n’était pas animée, les activités de jeunes avaient disparu. Les femmes se peignaient les jambes car il n’y avait plus de bas. Il n’y avait pas beaucoup de tissu, de plus, il n’y avait plus de charbon. Du point de vue moral, il y avait peu de gens gai. Il suivait tous l’évolution des fronts alliés et écoutait la radio de Londres et la propagande impériale. Maurice Schuman arrivait à remonter le moral. C’était un climat triste bien que les gens vivaient à peu près normalement.</p>
<p><strong>14°) <span style="text-decoration: underline;">Connaissiez – vous des juifs ?</span> </strong></p>
<p>Oui. Il y avait une famille juive à Saint Aubin dont la femme avait une prothèse poliomyélite. Un jour, ils ont disparus. Ils ont sans doute du être arrêté. Mon père cachait des juifs.</p>
<p><strong>15°) <span style="text-decoration: underline;">De quel parti politique faisiez – vous parti ?</span> </strong></p>
<p>Je ne faisais parti d’aucun parti politique. La politique n’est jamais entré durant cette événement. Je peux dire que mon père était un profond républicain. On parlait de politique seulement après la guerre. Les partis structurés comme les communistes résistants étaient plus efficaces et plus forts. Pour moi, le Réseau Alliance n’est pas politique puisque les origines des gens appartenant à ce réseau sont différentes.</p>
<p><strong>16°) <span style="text-decoration: underline;">Dans la vie de tous les jours, y avait – il des sujets tabous ? </span></strong></p>
<p>. Bien sûr, mon père ne me disait pas les dates des réunions du réseau. A l’époque, il n’y avait aucune éducation sexuelle. J’ai toujours été libre avec mon père. On parlait de tout, des allemands qui étaient l’ennemi, des SS, de la Gestapo française. A l’intérieur de la maison, on écoutait la radio de Londres.</p>
<p><strong>17°) <span style="text-decoration: underline;">Que pensiez – vous des actions menées par Pétain et Laval ? </span></strong></p>
<p>Indigne ! Je n’ai pas entendu l’appel de De Gaulle mais j’ai pleuré de rage en entendant le discours de Pétain. J’ai eu honte. Je trouve que Pétain a réduit les Français. Sous prétexte qu’il était officiellement le vainqueur, les gens avaient confiance dans l’honneur d’un maréchal. Mon père n’a jamais cru en Pétain en 1940. Il n’a pas admis la défaite.</p>
<p><strong>18°) <span style="text-decoration: underline;">Pensiez – vous que Pétain était contre sa patrie ? </span></strong></p>
<p>Oui. Il a composé avec les ennemis. C’était illogique car la France était en guerre contre l’Allemagne puis tout d’un coup s’allie avec l’Allemagne. L’influence de Pétain n’a pas toujours duré. Au début, les gens étaient plus pétinistes mais peu à peu le nombre de pétinistes décroît.</p>
<p><strong>19°) <span style="text-decoration: underline;">Quels ont été vos sentiments lorsque vous voyez un allemand ? </span></strong></p>
<p>On aimait pas les Allemands car c’était l’occupant et l’ennemi. Les souris grises, c’est – à – dire les infirmières, les auxiliaires de l’armée allemande, et les Allemands étaient fiers d’avoir gagné. Il y avait un brin de haine contre les LVF et les Allemands qui réquisitionnés pour la STO. Un jour, j’ai accompagné des camarades à Caen qui devaient partir en Allemagne et ils chantaient la Marseillaise. Les réfractaires cachaient les employés agricoles. La réquisition allemande était de 2500 hommes. Certains ont lutté contre ça.</p>
<p><strong>20°)<span style="text-decoration: underline;"> Aviez – vous honte des français LVF ? </span></strong></p>
<p>Si. Ils étaient aussi mal vu que les Allemands. On avait honte pour eux. Ils étaient pires que la Gestapo allemande. La milice de Darnand combattait contre le maquis. Il chassait les résistants.</p>
<p><strong>21°) <span style="text-decoration: underline;">Aviez – vous des prisonniers allemands dans votre réseau ? </span></strong></p>
<p>Le réseau était essentiellement des renseignements. Il ne faisait pas parti du maquis. Il y avait des ramifications qui faisaient espionner des ports militaires. Les espions signalaient les bateaux allemands en partance et le Réseau Alliance par relation prévient les Anglais qui ont pu en détruire.</p>
<p><strong>22°) <span style="text-decoration: underline;">Aviez – vous des armes ?</span> </strong></p>
<p>Mon père possédait un pistolet qu’il cachait à l’Eglise Saint Nicolas.</p>
<p><strong>23°) <span style="text-decoration: underline;">Avez – vous déjà tué un Allemand ? </span></strong></p>
<p>Non.</p>
<p><strong>24°) <span style="text-decoration: underline;">Et votre père ?</span></strong></p>
<p>Si, pendant la guerre de 14 – 18. <strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>25°) <span style="text-decoration: underline;">Comment s’est passé la reconstruction des industries ?</span></strong></p>
<p>70% de Caen a été écrasé par les bombardements. A Caen, il ne restait pas grand chose. La reconstruction de Caen a commencé en 1951. Une grande industrie métallurgique s’est restauré. Les industries se sont remis en route petit à petit.</p>
<p><strong>26°) <span style="text-decoration: underline;">Où étiez – vous lors du débarquement ?</span></strong></p>
<p>J’étais à 30 km de Caen. J’ai entendu les bombardements et j’ai vu les avions des alliés. Au début, ça a été la joie. Il y avait beaucoup de morts dont des personnes de la ville. On comptait 5000 habitants à Caen. Beaucoup ont quitté la ville. Ma mère est restée à Caen qui était une ville libérée. Elle a failli être tué car elle habitait pas loin du temple des protestants. Il y avait une ruée de moustique, de plus, le choléra sévissait. Ma mère l’a attrapé. La ville sentait la charogne.</p>
<p><strong>27°) <span style="text-decoration: underline;">Que s’est – il passé pour les collaborateurs ? </span></strong></p>
<p>Les collaborateurs fut éliminé. Les  femmes étaient rasées. Certains étaient accusés à tort.</p>
<p><strong>28°) <span style="text-decoration: underline;">Quel était votre état de santé ? </span></strong></p>
<p>J’ai survécu. Je suis parti car j’étais affaiblie. J’étais fatigué et assez amoindri. Certaines personnes pensaient que mon père m’avait envoyé à la campagne pour me protéger.</p>
<p><strong>29°) <span style="text-decoration: underline;">Quel était le mot de passe de la BBC pour annoncer le débarquement ? </span></strong></p>
<p>Je ne sais pas. Il y en avait sûrement, des codes, peut – être. Je sais que 60 à 80 personnes ont été fusillés au 6 juin jusqu’à la fin de l’après – midi.</p>
<p><strong>30°) <span style="text-decoration: underline;">Etes vous fier que votre père soit mort le jour du débarquement ? </span></strong></p>
<p>Non. J’étais plutôt fier du rôle qu’il a joué. Théoriquement, il a été évacué et a été emmené loin.</p>
<p><strong>31°)<span style="text-decoration: underline;"> Dans quelles circonstances, a t- il été arrêté ?</span></strong></p>
<p>Des agents de la Gestapo, habillé en civil, sont arrivé à la maison et ont demandé où était mon père. Ma mère répondit qu’il était sur son lieu de travail. Puis, ils sont allés le chercher à l’entreprise le vendredi 17 mars à 9h00.<strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p><strong>32°) <span style="text-decoration: underline;">Avez – vous essayé de faire évader votre père ?</span> </strong></p>
<p>Non. J’étais chez mon demi – frère et il était interdit pour moi de rejoindre Caen. Mon père correspondait avec ma mère, il épinglait dans le linge salle des bouts de papier où il disait qu’aujourd’hui c’était l’anniversaire de ma grand – mère, ou bien qu’il avait faim, ou bien il demandait à ma mère de préparer ses grosses chaussures. Il n’y avait pas de parloirs.</p>
<p><strong>33°) <span style="text-decoration: underline;">Depuis combien de temps votre père était – il suivi par la Gestapo ? </span></strong></p>
<p>Depuis longtemps. C’était une française, la maîtresse du chef de la Gestapo, qui filait mon père depuis 6 mois peut – être.</p>
<p><strong>34°) <span style="text-decoration: underline;">Gardez – vous une haine envers les Allemands ? </span></strong></p>
<p>Non… à la limite une certaine défiance. Je suis européen et rester désuni ne même à rien. IL faut savoir enterrer la hache de guerre.</p>
<p>35°) <span style="text-decoration: underline;">Pendant la guerre, les gens pensaient – ils que les juifs étaient des êtres inférieurs ?</span></p>
<p>Non, ils ne pensaient pas que les juifs étaient inférieurs. Je pense qu’ils étaient plutôt jaloux car les juifs avaient la réputation de réussir tout ce qu’ils entreprenaient. C’est à cause du jugement nazi.</p>
<p><strong>36°) <span style="text-decoration: underline;">Aviez – vous-même peur des juifs ? </span></strong></p>
<p>Non. Je ne crois pas à la race aryenne.</p>
<p><strong>37°) <span style="text-decoration: underline;">Avez – vous retrouver votre famille ? </span></strong></p>
<p>Oui, ma mère et ma sœur. J’ai dû attendre le mois d’août quand les alliés sont partis pour rejoindre Caen. Il n’y avait plus personnes. J’ai dû aller m’adresser au chef local de la résistance pour savoir où elles étaient parties. A la fin du mois d’août, je les rejoins à Bayeux, puis, nous sommes retournés à Caen.</p>
<p><strong>38°) <span style="text-decoration: underline;">Avez – vous souffert ou eu des séquelles ?</span> </strong></p>
<p>Non. J’ai seulement souffert de la malnutrition comme toutes les autres personnes.</p>
<p><strong>39°) <span style="text-decoration: underline;">Devez – vous une reconnaissance aux soldats allemands ?</span> </strong></p>
<p>Je leur devais reconnaissance que s’ils libéraient un résistant. Sinon à part cela, il n’y avait aucune raison de leur devoir une reconnaissance. Je ne vois pas pourquoi car c’était l’occupant.</p>
<p><strong>40°)<span style="text-decoration: underline;"> Connaissiez – vous des Allemands ? </span></strong></p>
<p>Non, je n’ai jamais connu d’allemand, à part, qu’un jour, j’ai rencontré un aumônier allemand.</p>
<p><strong>41°) <span style="text-decoration: underline;">Comment est – ce que L’État a pu se laisser faire ? </span></strong></p>
<p>Hitler a manœuvrer en Allemagne. Il a réussi à remettre sur pied une armée et une idéologie.</p>
<p><strong>42°) <span style="text-decoration: underline;">Quand les Allemands ont commencé à annexé la France, y avait – il des révoltes ? </span></strong></p>
<p>Non, pas tellement. Il y avait plus d’appréhension. Les gens n’étaient pas apathique mais ils voulaient la paix à n’importe quel prix.</p>
<p><strong>43°) <span style="text-decoration: underline;">Pouvez – vous nous parler d’Hitler ?</span> </strong></p>
<p>Qu’est ce que je peux vous apprendre de plus que ce que vous avez appris sur lui ? … C’était une bête à tuer, un despote. Il a crée un parti pour diriger sur l’Europe néfaste.</p>
<p><strong>44°) <span style="text-decoration: underline;">Comment arriviez – vous à savoir que des résistants ont été arrêtés ? </span></strong></p>
<p>De bouche à oreille. Quand Duchèze vit des agents, il sut que c’était lui qu’on venait arrêter ; il dit alors au revoir à sa femme qui elle – même fut déportée. Les gens qui étaient arrêtés ont été déportés. Il y a eu des rafles.</p>
<p><strong>45°) <span style="text-decoration: underline;">Comment ça se passait dans les camps de concentration ?</span> </strong></p>
<p>Je savais juste que les juifs étaient arrêtés. J’ai entendu parler des fours crématoires.</p>
<p><strong>46°) <span style="text-decoration: underline;">Et si des Allemands prenait des otages, que se passait – il ? </span></strong></p>
<p>Un jour, il y avait eu un sabotage sur le chemin de fer près de Caen. 42 personnes n’étaient pas encore mortes. Il n’est souvent pas possible de libérer les gens qui sont arrêtés.</p>
<p><strong>47°) <span style="text-decoration: underline;">Connaissiez – vous beaucoup de personne ayant été tué ? </span></strong></p>
<p>Non, je sais juste qu’il y a eu 300 morts le dernier dimanche d’avril.</p>
<p><strong>48°) <span style="text-decoration: underline;">Quand vous faisiez de la résistance, ressentiez – vous un sentiment de réussite ?</span></strong></p>
<p>Oui, sans ça je n’avais rien fait. Une bonne partie de la population attendait que ça se passe. Ceux qui ont résisté avaient de l’espoir en eux.<strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p><strong>49°) <span style="text-decoration: underline;">Après la guerre, est ce que l’État avait de la reconnaissance pour les résistants ? </span></strong></p>
<p>Oui, mais c’était plutôt une reconnaissance moral. On avait fait un silence pour les déportés, les résistants étant la minorité de personnes. Certaines personnes considéraient qu’ils n’étaient pas écoutés et pas cru. Moi, je croyais contrairement aux non – résistants qui eux n’y croyaient pas. La population, ayant plus participer, se sentait moins concerné. D’autres souffraient en silence.</p>
<p>50°) <span style="text-decoration: underline;">Combien de temps a t &#8211; il fallu pour reprendre une vie normale après la guerre ? </span></p>
<p>Cela dépendait des personnes qui ont été plus ou moins touchés. Mais de façon générale, du point de vue morale et matérielle, il a fallu tout une génération pour masquer les blessures.</p>
<p><strong>51°) <span style="text-decoration: underline;">Etes vous déjà allé à Vichy ?</span> </strong></p>
<p>Non. Je suis juste passé à Vichy mais je ne l’ai pas visité.</p>
<p><strong>52°)<span style="text-decoration: underline;"> Quels sont vos sentiments concernant la guerre ? </span></strong></p>
<p>Je souhaite que ça ne se repasse jamais. La jeunesse doit prendre conscience que la guerre ne doit pas exister. Il faut avoir l’esprit large pour éviter des conflits car il faut savoir qu’il y a eu 60 millions de morts. Il faut éviter la guerre à n’importe quel prix. Il est souhaitable que vous ne le viviez pas.</p>
<p><strong>53°) <span style="text-decoration: underline;">Etant l’une des dernières personnes à avoir vécu pendant la résistance, quel est votre message que vous souhaiteriez faire passer ? </span></strong></p>
<p>Il faut tout faire dans les limites raisonnables pour que ça ne se reproduise pas. Il faut être ouvert à un idéal de l’homme, et, avoir beaucoup de respect, envers la vie surtout. Il ne faut pas admettre n’importe quoi. Il faut s’éduquer, éduquer les autres et être vigilant.</p>
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		<title>Robert Le Nevez</title>
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		<pubDate>Sat, 24 Jul 2010 09:45:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jpd</dc:creator>
				<category><![CDATA[1 Passeurs de Mémoire du Maquis de Saint Clair et de Normandie]]></category>

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		<description><![CDATA[ 
C’est en très jeune homme, mécanicien de son état, que Robert Le Nevez commence à s’impliquer, au maquis de Saint-Clair, dans l’un des réseaux que son père André, un garagiste automobile, a constitué à partir de 1942 et qu’il dirige  depuis Cesny-Bois-Halbout .
Robert est vif, voire fougueux, il a de nombreux copains, avec qui [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span style="text-decoration: underline;"> </span></p>
<p><strong>C’est en très jeune homme, mécanicien de son état, que Robert Le Nevez</strong> commence à s’impliquer, au <strong>maquis de Saint-Clair</strong>, dans l’un des réseaux que son père<strong> André, un garagiste automobile,</strong> a constitué à partir de 1942 et qu’il dirige  depuis <strong>Cesny-Bois-Halbout</strong> .</p>
<p><strong>Robert est vif, voire fougueux, il a de nombreux copains, avec qui il plaisante et chahute</strong>. Il aime la vie en plein air. Ce n’est pas de chance pour les  occupants qu’il déteste cordialement..<span id="more-253"></span></p>
<p><strong>L’activité de Robert</strong> est surtout liée aux<strong> parachutages</strong> : <strong>poses de balises-radio, récupération d’armes, réception de parachutages de matériel, assistance aux aviateurs alliés en détresse et aux parachutistes en mission. </strong>Mais on peut penser que Robert a aussi effectué quantité de petites missions de liaison.<strong> </strong></p>
<p>Un des actes les plus marquants de sa « carrière »  est le <strong>dynamitage de la voie ferrée de la ligne Caen – Flers</strong>, <strong>le matin du 6 juin 1944</strong>,  au passage à niveau de <strong>Grimbosq</strong> , village situé dans la Campagne de Caen. Cette action décisive, planifiée à Londres,  était destinée à <strong>perturber au maximum les défenses allemandes</strong> <strong>lors du Débarquemen</strong>t. La ligne, disposant du seul pont ferroviaire resté intact, était essentielle pour l’acheminement des renforts et des armements allemands vers les plages. <strong>Avec quatre camarades volontaires, Robert Le Nevez réussit à faire sauter 50 m de voie, un exploit.</strong></p>
<p>Le  maquis de Saint-Clair  fut démantelé le 8 juillet 1944.</p>
<p><strong>Robert Le Nevez fut alors durement affronté pendant deux mois  à toutes les horreurs de la bataille de Normandie et de la débâcle allemande : destructions, combats de toutes sortes…</strong></p>
<p><strong><em>La personnalité de Robert Le Nevez est marquée par le courage physique et mental et par la certitude de la nécessité de  l’engagement. A aucun moment, il n’a eu de doute sur l’obligation d’agir contre un occupant, d’abord considéré comme un intrus, ensuite comme l’agent d’une incroyable barbarie.</em></strong></p>
<p><strong><em>Son témoignage  démontre la vigueur intacte de ses convictions.</em></strong><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><em>F Carcassone, adhérent du cern</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em><span style="text-decoration: underline;"> </span></em></p>
<p><span style="text-decoration: underline;"> </span></p>
<p><span style="text-decoration: underline;"> </span></p>
<p><span style="text-decoration: underline;"> </span></p>
<p><span style="text-decoration: underline;"> </span></p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Pourquoi devenir résistant ?</span></p>
<p><strong><em>Pourquoi résister ? Mais simplement pour résister !! Mon père y était déjà, j’ai suivi automatiquement. On en avait assez des allemands qui comptaient double ! Et puis, les parachutages, tout ça nous excitait ; pas d’autres raisons ! Certains se sont faits collabos…nous, avec les copains, et Philippe Durel,  on était CONTRE, un point c’est tout ! On a cherché le contact,  et voilà on s’y est mis</em></strong><em>.</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Comment a réagi votre famille  ?</span></p>
<p><strong><em>Mon père était  déjà résistant, mon engagement était  normal pour mes parents.</em></strong></p>
<p><strong><em>Les camarades qui venaient manger à la maison étaient  des gens sûrs, sélectionnés. Il fallait être prudents, car il y en avait aussi beaucoup d’autres qui voulaient aller s’enrouer la voix  avec les SS,  et qui nous auraient bien fait arrêter.  On a eu de la chance.</em></strong></p>
<p><strong><em>Mon père a quand même dû partir se faire oublier  à Paris pendant un mois.</em></strong></p>
<p><strong><em>Avec André Héricy , on a continué le travail en douceur.</em></strong></p>
<p><em> </em></p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Et n’aviez-vous pas  peur de la mort ?</span></p>
<p><strong><em>On n’y a jamais pensé, heureusement, sauf plus tard peut-être quand des camarades ont été pris et fusillés. Il a fallu décrocher un moment par sécurité. Et puis on est revenus ; on était jeunes, dans l’action : on réceptionnait les parachutages, on faisait sauter des voies, etc.  Non, je n’ai jamais vraiment eu peur.</em></strong></p>
<p><strong><em>On y allait sans réfléchir , parce qu’il fallait le faire. Si on avait réfléchi, on ne l’aurait jamais fait.</em></strong></p>
<p><em> </em></p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Pourtant vous risquiez votre vie chaque jour , vous étiez surveillés…</span></p>
<p><strong><em>Oui, on la risquait , sans y penser . Il faut voir qu’on vivait au quotidien avec les allemands. Ils avaient réquisitionné le garage où mon père était mécanicien </em></strong><strong><em>à Cesny- Bois- Halbout</em></strong><strong><em>. Moi-même, j’y étais embauché, et pour les allemands , je faisais des réparations oui, mais  c’était plutôt du sabotage…</em></strong></p>
<p><strong><em>Le STO m’a convoqué pour aller travailler en Allemagne. Je n’ai pas bougé. A la deuxième lettre, je suis parti vers Falaise pour travailler à des tranchées anti-chars ; sans beaucoup de zèle ! A la troisième lettre, avec quatre copains,on a décidé de se  planquer en se faisant embaucher au château de Bénouville, la maternité. On y a été tranquilles un moment , on était peinards et même veinards  au milieu de toutes ces femmes ; je m’occupais du garage, un autre du jardin, les trois autres du chauffage . Comme les allemands étaient là tout autour, la directrice avait fait placer au portail un écriteau du genre : »DANGER ! SECTEUR CONTAGIEUX ! « . On en a eu de la chance ! Un bon souvenir : quand on a entendu au poste la libération de l’Italie, on était au réfectoire, on s’est levés et on a cassé les carreaux !  et puis il a fallu  partir de là avant qu’on nous retrouve…</em></strong></p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Si vous aviez dû travailler au cœur de l’organisation nazie par exemple à la gestapo à Paris,  vous auriez réagi comment ? </span></p>
<p><span style="text-decoration: underline;"> </span></p>
<p><strong><em>J’aurais  trouvé des échappatoires, j’aurais  travaillé le moins possible pour eux. Il y avait de telles menaces, les camps de concentration, etc. Regardez Papon , il a bien fallu qu’il travaille pour eux…Nous , à la campagne, on était assez libres , on pouvait se cacher . La Gestapo à Paris, ça devait être terrible, on torturait les gens …</em></strong></p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Quel a été votre souvenir le plus marquant de cette période ?</span></p>
<p><span style="text-decoration: underline;"> </span></p>
<p><strong><em>C’est quand on a fait sauter la voie à Grimbosq  . Il fallait quand même être gonflés !  Les boches étaient à trois cents mètres, on était masqués par le virage, on a vite descendu le ravin, collé le plastic aux rails , tout a sauté, on est remonté, on a filé à travers bois.</em></strong></p>
<p><strong><em>On est restés dans la forêt toute la journée. On entendait les cris des boches qui nous cherchaient. On entendait aussi les bombardements sur les plages, les obus, ça nous regonflait un petit peu. Mais quand on a dû sortir des bois, on n’était plus très bien cachés par les haies, certains camarades se sont fait prendre, ils les ont  exécutés sur place.</em></strong></p>
<p><strong><em>Je suis resté à peu près tranquille dans ma famille en ayant l’air de faire marcher un peu le garage ; on craignait d’avoir été repérés pendant notre absence . C’était la débâcle pour les boches, les derniers qui passaient ne rigolaient pas.</em></strong></p>
<p><strong><em>Et j’ai un autre souvenir de l’été 44 :</em></strong></p>
<p><strong><em>Des SS entrent dans notre maison, ils avisent un pot-au-feu en haut d’une étagère. Je leur saisis la main, ils m’ont carrément pointé le revolver dans le ventre. Je n’ai pas insisté, la marmite est partie.</em></strong></p>
<p><strong><em> Les boches  étaient devenus fous, ils évacuaient à tout prix, entassés dans des voitures à trois roues ; il ne fallait pas leur barrer la route, même les SS ils leur auraient passé sur le corps ! Ces souvenirs-là …</em></strong></p>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Est-ce que vous ressentiez de la haine pour les Allemands ?</span></p>
<p><strong><em>Pendant l’Occupation, ils nous tenaient, on avait la haine ; c’est ce qui nous a poussé à résister. Aujourd’hui, il faut se calmer, mais ce n’est pas possible de pardonner. Il faut se souvenir de ce qui s’est passé à Oradour-sur-Glane, le massacre des enfants, et même des bébés. Et les camps !  ce n’est pas pardonnable.</em></strong></p>
<p><strong><em>Et encore à notre époque, il y en a qui voudraient remettre ça, et même en Allemagne ; ils ne sont pas nombreux, heureusement ; je ne me vois pas  descendre et remonter des ravins à mon âge.</em></strong></p>
<p><strong><em>Quant à mettre le pied en Allemagne, pas question  ; je veux bien que des allemands viennent en France, mais alors qu’ils ne soient pas trop nombreux…</em></strong></p>
<p><em> </em></p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Avez-vous connu quand même quelques bons moments ?</span></p>
<p><span style="text-decoration: underline;"> </span></p>
<p><strong><em>Oui, par exemple, quand on a fait sauter la voie et que les boches sont partis, on a rigolé, on s’est mis à tirer dans les pommiers, on était quand même inconscients ! Une autre fois, c’est quand on a appris qu’on était libérés : on a fait une petite fête, on a bu un peu, ça nous a soulagés .</em></strong></p>
<p><strong><em>A cette époque-là, on ne dormait pas beaucoup, on vivait dans la nature, il faisait beau. Des fermiers amis nous amenait des cochons à griller,  des lapins, le boulanger nous apportait un peu de pain. C’était des petites fêtes où on oubliait nos malheurs</em></strong>.</p>
<p><em> </em></p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Si vous deviez résumer l’année 1944 en un mot, qu’est-ce que diriez ?</span></p>
<p><strong><em>Après le débarquement, c’était le bonheur, tout le monde faisait la fête. Il faut bien se rappeler tout ça aussi.</em></strong></p>
<p><em> </em></p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Que devraient faire les jeunes de maintenant ? </span></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> <strong>Bien sûr , «  résister », mais tout dépend des rapports de forces. C’est difficile de faire la leçon, nous,  nous avons réagi spontanément.</strong></em></p>
<p><em> </em></p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Et le renouveau actuel de groupuscules nazis ?</span></p>
<p><strong><em>Ce sont des fumiers . S’il fallait recommencer et que j’étais jeune, je leur tirerais dedans . Tout de même, il faut imaginer les saloperies ! Qu’ils aient tué un charpentier ou un bourgeois, peu importe ; ce qu’ils ont fait n’a pas de nom ! et malgré ça, il y en a encore qui voudraient recommencer !</em></strong></p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Et le futur ?</span></p>
<p><span style="text-decoration: underline;"> </span></p>
<p><strong><em>Mais dans l’avenir , ça ira mieux, grâce à la jeunesse allemande, qui a pris conscience, qui ne veut plus du nazisme. On envoyait des français en Allemagne, eh bien , maintenant , ce sont eux qui viennent chez nous, c’est quand même mieux comme ça ! Pourvu que ça dure !</em></strong></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> </em></p>
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		<title>Georges Bernier</title>
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		<pubDate>Sat, 24 Jul 2010 09:44:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jpd</dc:creator>
				<category><![CDATA[1 Passeurs de Mémoire du Maquis de Saint Clair et de Normandie]]></category>

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		<description><![CDATA[TÉMOIGNAGE DE GEORGES BERNIER, MEMBRE DU MAQUIS  DE SAINT‑CLAIR
 
Je suis né le 23 juillet 1924 à Urville.
J&#8217;ai rejoint le Maquis de Saint clair le 16 février 1944.
J&#8217;ai été homologué comme membre des Forces françaises de l&#8217;Intérieur, Maquis de Saint clair, du 20 février 1944 au 17 août 1944. J&#8217;ai continué à servir dans cette [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>TÉMOIGNAGE DE GEORGES BERNIER, MEMBRE DU MAQUIS  DE SAINT‑CLAIR</p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Je suis né le 23 juillet 1924 à Urville.</p>
<p>J&#8217;ai rejoint le Maquis de Saint clair le 16 février 1944.</p>
<p>J&#8217;ai été homologué comme membre des Forces françaises de l&#8217;Intérieur, Maquis de Saint clair, du 20 février 1944 au 17 août 1944. J&#8217;ai continué à servir dans cette formation jusqu&#8217;au 1er septembre 1944 ( Certificat National d’appartenance).</p>
<p>Précédemment j&#8217;avais été requis pour le travail obligatoire en Allemagne. J&#8217;ai profité d&#8217;une permission pour ne pas repartir. J&#8217;ai rejoint le groupe d&#8217;André Le Nevez garagiste à Cesny Bois Halbout. Je me suis caché chez lui. Je ne suis pas retourné chez mes parents à Détroit( 14 ) car  la gendarmerie allemande est venue trois fois pour me rechercher.<span id="more-251"></span></p>
<p>Toutes mes activités se sont déroulées au sein du Maquis de &#8216;Saint-Clair. Le centre du Maquis était installé à la Ferme Grosclaude. Cette ferme était implantée a Est de la départementale 23, à 600 mètres Nord-Est du lieu-dit &#8221; Le Belvédère&#8221;. Elle était approximativement au même emplacement que la ferme reconstruite après la guerre, en face du monument rappelant la tragédie du 8 Juillet 1944. Il est important de préciser que le bois de Saint-Clair s&#8217;approchait beaucoup plus des bâtiments de la ferme. Ces bois venaient à proximité du bâtiment en tôle qui subsiste à l&#8217;Est du chemin d&#8217;accès à la ferme.</p>
<p>J&#8217;ai accompli plusieurs missions de renseignements. Mes actions essentielles ont été les suivantes</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>1) </strong><strong>Premier parachutage  d&#8217;armes 18 mai 1944</strong></p>
<p>Le message annonçant le parachutage était le suivant: « Le cerf Volant tire la ficelle »</p>
<p>Le premier parachutage eut lieu à Saint-Clair le 18 Mai 1944 vers 23 h 30, dans la prairie dépendant de lit Ferme Grosclaude, située entre la Ferme au Nord, et la route de Bonnoeil, au Sud. L&#8217;avion venait de la direction de Saint-Omer. Il passait au-dessus dit terrain et allait ensuite tourner, au-dessus du Clocher de Pierrefitte-en-Cinglais. Il se présentait ensuite venant du Sud, en direction du Nord. À ce moment-là, le pilote apercevait les lampes de poche allumées par les hommes du Maquis de Saint‑Clair. Cette ligne lumineuse lui donnait l&#8217;axe de parachutage. Il larguait les containers au moment où il franchissait la route de Pierrefitte. J&#8217;étais de garde à l&#8217;extrémité Sud-Est de la zone de parachutage, sur lit route de Bonnoeil. Je fus, avant le parachutage, alerté par un bruit insolite dans la haie qui s&#8217;amplifiait et se rapprochait, c&#8217;était en fait un lièvre magnifique qui a bondi hors de la haie. A ce parachutage participèrent une douzaine de membres du Maquis. Je ne me souviens pas de tous les noms.</p>
<p>Comme J&#8217;étais mécanicien, j&#8217;ai été formé par Jean Renaud &#8211; Dandicolle au démontage, à l&#8217;entretien , à la préparation des armes pour le combat, et à la confection des chargeurs. Jean m&#8217;avait appris le fonctionnement de ces armes, l&#8217;utilisation des crayons-allumeurs, des crève-pneus etc &#8230;</p>
<p>Après cette formation Jean me nomme Caporal instructeur pour les armes et les explosifs et le matériel parachuté (je possède les justificatifs de cette nomination ) Je mets ensuite en place tout ce matériel dans le  magasin. On appelait &#8221; magasin&#8221; un abri constitué avec des fagots de bois. Je transporte quelques jours après titre partie de ces armes à la Gendarmerie de Pont d&#8217;Ouilly et au Détroit chez mon père. J&#8217;ai expliqué à chaque fois le fonctionnement de ces armes. Je les transportais dans une remorque accrochée à l&#8217;arrière de mon vélo. Je précise que les allemands occupaient le lieu-dit &#8220;Le Belvédère&#8221; qui constituait un observatoire important sur toute la région. Deux allemands étaient de garde en permanence à ce poste. A chaque parachutage deux ou trois membres du Maquis montaient la garde autour de cet observatoire pour neutraliser ces deux soldats allemands, en cas de besoin.</p>
<p><strong>2) </strong><strong>Confection de fagots de bois</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Plusieurs jours avant le premier parachutage d&#8217;armes, deux groupes de résistants, l&#8217;un dépendant de Lucien Bernier et l&#8217;autre d&#8217;André Le Nevez, soit au total environ une douzaine d&#8217;hommes dont Lucien Bernier, André Le Nevez, André Héricy, Louis Jousset etc&#8230;, confectionnèrent des fagots de bois, c&#8217;est-à-dire des bourrées, dans le bois de Saint-Clair. Ces fagots furent rassemblés en un mulon au pignon de la Maison de la Ferme Grosclaude. Cc grand tas de bourrées était creux. Des étagères avaient été mises en place. Une entrée avait été aménagée. Elle était dissimulée avec d&#8217;autres bourrées. Ce tas de bourrées constituait donc une cache importante.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>3) </strong><strong>Deuxième parachutage</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Le deuxième parachutage eut lieu le 3 Juin 1944 vers 23 h 30 au même emplacement, et dans les mêmes conditions. Ce parachutage fut annoncé par le même message. Deux allemands étaient donc de garde au Belvédère près de la Ferme Bertrand. Trois membres du maquis ont été chargés de les neutraliser si nécessaire. Cette mission fut confiée à Georges Bernier, Robert Le Nevez et Jean Foucu. Les allemands dormaient, ils ne  furent pas réveillés par le passage de l&#8217;avion. Nous n&#8217;avons pas eu à  intervenir. Nous avons aperçu, dans le clair de lune, la corolle d&#8217;un parachute qui venait de s&#8217;ouvrir et l&#8217;un des parachutes est tombé en dehors du terrain dans un herbage entre le terrain de parachutage et la départementale 23. En plus des armes, mitraillettes et carabines américaines, explosif, matériels divers, avait été parachuté un paquet cacheté à la cire, à remettre à Jean Renaud-Dandicolle. Jean en avait été informé à l&#8217;avance. par la radio. il attendait à Acqueville chez, les Abavent, où il logeait fréquemment, le  résultat du parachutage. J&#8217;ai trouvé ce paquet cacheté, je me rendis à Acqueville pour le lui remettre. Je lui donne donc aussitôt. Jean Renaud‑Dandicolle me dit</p>
<p>«  Merci Georges, ce paquet contient un million de francs ( de l&#8217;époque), je vais le partager en trois lots, l&#8217;un pour Maurice Larcher, l&#8217;autre pour André le Nevez et le reste pour moi-même. »</p>
<p>Les containers furent transportés et dissimulés dans le roncier à la lisière du bois de Saint-Clair. Les jours suivants il était procédé à la récupération des armes ,et du matériel et à leur stockage sous le tas de bourrées. Les containers furent jetés, avec les premiers containers, dans un puits qui existait à l&#8217;extrémité d&#8217;une prairie à l&#8217;angle de la route de Pierrefitte-en-Cinglais et de la route de Bonnoeil, en face de la ferme de Louis Jousset. A chacune de ces opérations des hommes de garde étaient placés au pourtour de la ferme Grosclaude pour alerter les équipes au travail. J&#8217;étais donc de garde sur la route de Bonnoeil au premier parachutage, puis au pied du Belvédère au second parachutage et une autre fois en bordure de la départementale 23 à l&#8217;embranchement de cette route et du chemin d&#8217;accès à la ferme Grosclaude. J&#8217;avais un fauchard et un marteau. Je devais commencer à nettoyer le bas du talus de la route, surveiller la route et à la moindre alerte, taper avec mon marteau sur le fauchard pour donner l&#8217;alerte.</p>
<p><strong>4) </strong><strong>Débarquement</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Le 5 Juin 1944 dans la fin de la soirée un message fut entendu à la radio anglaise par plusieurs membres du Maquis : &#8221; Le champ du laboureur dans le matin brumeux &#8220;. Ce message annonçait le débarquement dans les heures à venir. Sur l&#8217;ordre d&#8217;André Le Nevez, je me rends au Détroit pour prévenir mon père Lucien Bernier. Il doit alors réunir ses hommes et se rendre rapidement à Saint-Clair. Je repars aussi vite, car en tant que responsable des armes, je dois remettre à chaque maquisard qui se présente : les armes, les munitions, les chargeurs. J&#8217;assure ce travail du 5 Juin au soir jusqu&#8217;à la fin de la matinée du 6 Juin.</p>
<h1>5) Attaque de la voie ferrée à Grimbosq</h1>
<p>Le sabotage de cette voie ferrée avait été confié au Maquis de Saint-Clair. II a été exécuté dans la nuit du 5 au 6 Juin. Je n&#8217;ai pas fait partie de l&#8217;équipe, mais j&#8217;ai remis l&#8217;armement, les munitions, les explosifs, détonateurs et cordon à chacun. L&#8217;équipe était composée d&#8217;André LE NEVEZ, Robert LE NEVEZ, André HÉRICY, Gérard DAN et son fils.,</p>
<p>Gérard DAN avait fait son service dans le Génie et était carrier. C&#8217;est lui qui plaça les explosifs dans une courbe de la voie ferrée à la halte de Grimbosq et amorça la charge. Durant le sabotage les autres membres armés de l&#8217;équipe protégeaient les artificiers. L&#8217;opération fut pleinement réussie.</p>
<p><strong> 6) Attaque d&#8217;un convoi allemand à l&#8217;étang de Meslay</strong></p>
<p>Dans l&#8217;après-midi du 6 Juin 1944, Jean Renaud-Dandicolle est venu faire une reconnaissance avec plusieurs membres du Maquis pour préparer une attaque éventuelle contre un convoi allemand sur la départementale 134, dans le virage de cette route à hauteur de l&#8217;Étang de Meslay. Je n&#8217;étais pas à cette reconnaissance. Mais Jean Renaud-Dandicolle m&#8217;a demandé d&#8217;aller avec lui et environ une dizaine d&#8217;hommes à l&#8217;embuscade préparée dans la soirée du 6 Juin.</p>
<p>Louis Jousset était avec un fusil mitrailleur sur la berne de la roule, à la sortie du village, après l&#8217;étang, vers l&#8217;Est, le long d&#8217;un petit bois. J&#8217;étais servant du fusil mitrailleur de Louis Jousset, Philippe Durel et Antoine Sepulchre De Condé étaient postés au bas du talus, aussitôt après l&#8217;étang, tout près de l&#8217;embranchement d&#8217;un petit chemin forestier qui était en face de l&#8217;ancien café. Ils étaient équipés de mitraillettes. Les deux frères Guérin, Jean Foucu et d&#8217;autres étaient postés le long de la foute en des endroits différents. Nous avons entendu un bruit de moteur. Quand le convoi allemand a commencé à s&#8217;engager, Jean Renaud-Dandicolle a donné l&#8217;ordre de tirer. Philippe Durel tira le premier sur le premier véhicule, Louis Jousset tira une ou deux rafales au fusil mitrailleur sans vider son chargeur. Devant l&#8217;importance du convoi Jean Renaud-Dandicolle a donné l&#8217;ordre de dispersion. Le groupe se replia vers le Nord-Est, en pénétrant dans le sous-bois et en atteignant rapidement un champ de pommiers, pour revenir ensuite vers les bois de Saint-Clair. Le groupe était emmené par Louis Jousset, qui connaissait parfaitement les bois tt avait été désigné comme guide par Jean Renaud-Dandicolle. Antoine Sepulchre De Condé se trouva coupé du groupe et se cacha dans le lit d&#8217;un petit ruisseau, sous des branchages, à côté du lieu de l&#8217;embuscade, jusqu&#8217;au départ des allemands. Pendant plusieurs jours le groupe fut inquiet, car Antoine Sepulchre De Condé avait perdu sa carte d&#8217;État-Major qui comportait le nom de son père.</p>
<p>Il n&#8217;y a pas eu de représailles car les allemands ont du penser qu&#8217;il s&#8217;agissait de parachutistes. Je précise par ailleurs que les allemands avaient un hôpital militaire au Château d&#8217;Acqueville et que les paysans français étaient réquisitionnés pour creuser les tombes des nombreux morts.</p>
<p>Toute cette région a été bombardée par l&#8217;aviation alliée. Sur la départementale 23, en direction de Saint-Clair à hauteur du lieu-dit le Quesnot, entre le carrefour de Meslay et le bois de Saint-Clair, il y avait un énorme trou de bombe directement sur la route, qui gênait très sérieusement les convois allemands.</p>
<p>7) Transfert du groupe d&#8217;hommes et des armes de Saint-Clair vers le moulin des loges (commune des Loges Saulces )</p>
<p>Après les parachutages et le débarquement vers la mi-juin, les différents groupes (Groupe André Le Nevez, Groupe Lucien Dernier, Groupe de Saint-Clair) reçurent l&#8217;ordre de se regrouper au Moulin des Loges à 7 kms Sud-Est de Saint-Clair. Jean Renaud-Dandicolle constitua deux détachements. D&#8217;abord tous les hommes parfaitement armés et équipés, une quarantaine environ, firent mouvement vers le Moulin des Loges, et ensuite un groupe constitué par des ânes bâtés, réquisitionnés à un dénommé  Glinel, qui les utilisait habituellement pour faire du débardage de bois en forêt. Ces ânes transportaient ainsi le stock d&#8217;armes, de munitions et d&#8217;explosifs détenus par le Maquis de Saint-Clair, avec un groupe de protection de cinq à six hommes, Philippe Durel et Antoine Sepulchre De Condé etc.</p>
<p>Cette nouvelle zone devait servir de base d&#8217;opérations pour des actions de guérilla. Très vite, cette zone de rassemblement fut abandonnée pour plusieurs raisons. D&#8217;abord, du fait de la densité des troupes allemandes, en raison également du site géographique qui constituait un cul-de-sac, au pied d&#8217;une vallée très encaissée, entourée, de collines élevées avec des rives abruptes, et enfin les maires du Détroit ( Monsieur Viel), et de Rapilly ( Monsieur De Mons), et un ou deux autres demandèrent avec insistance le départ des maquisards, craignant la répression des troupes allemandes à l&#8217;égard des populations civiles. Ce lieu dangereux fut abandonné et l&#8217;ensemble du groupe repartit vers Saint-Clair en reprenant le même itinéraire qu&#8217;à l&#8217;aller.</p>
<p> <img src='http://www.rene-nodot.org/wp-includes/images/smilies/icon_cool.gif' alt='8)' class='wp-smiley' /> Retour du moulin des Loges vers Saint-Clair et attaque allemande au château de Pierrefitte-en-Cinglais</p>
<p>Sur l&#8217;itinéraire du retour, le groupe fut accroché dans la partie boisée entourant le Château de Pierrefitte et le chemin d&#8217;accès au Château. Les allemands crièrent &#8221; Halt &#8221; et ouvrirent le feu. Au passage-aller, il n&#8217;y avait pas de troupes allemandes. Au passage-retour un état-major allemand s&#8217;était installé au Château. Au cours de cet accrochage, Faucaudel fut blessé. Il fut secouru par Philippe Durel et Alexandre Guerin.</p>
<p>La sœur D&#8217;antoine Sepulchre De Condé, qui était infirmière, est venue le soigner. FaucaudeL fut transporté chez Kléber Lechallier. Ensuite André Le Nevez a donné l&#8217;ordre de déguerpir immédiatement.</p>
<p>Les hommes se replièrent vers les Bois de la Forestelle, mais hélas des armes et des munitions furent abandonnées sur place. Le groupe est bien arrivé à Saint-Clair.</p>
<p>Plusieurs avaient ramené leur arme et leur sac de munitions. Et c&#8217;est à ce moment-là que Jean Renaud-Dandicolle a dit : «  Nous sommes trop nombreux. Il faut rentrer chez vous et attendre mes ordres. » Jean Renaud-Dandicolle, à chaque déplacement, interdisait que les hommes parlent pour faire croire qu&#8217;il s&#8217;agissait de parachutistes Anglais, puisque les hommes portaient des blousons militaires. Deux jours après Lucien Bernier, Georges Bernier, Lebrun du Mesnil-Villement, Leroyer du Haut d&#8217;Ouilly et un ou deux autres de Pont d&#8217;Ouilly, sur ordre de Jean Renaud-Dandicolle, sont venus récupérer des armes abandonnées dans les bois autour du château. C&#8217;est ainsi que furent récupérés plus d&#8217;une dizaine de carabines américaines, plus d&#8217;une dizaine de mitraillettes, des explosifs et des munitions, des mines et crève-pneus.</p>
<p>Après la récupération des armes, le groupe est reparti par les bois en passant entre Trépel et Pierrefitte-en-Cinglais, pour faire halte au Mont Pitois. Avant d&#8217;arriver à la Ferme du Mont Pitois, en-progressant à découvert, des soldats allemands ont essayé d&#8217;intercepter le groupe de Résistants.</p>
<p>Par chance un avion anglais passant au même moment à basse altitude a mitraillé ces soldats allemands, qui se sont enfuis.</p>
<p>Le fermier, Hubert Dujardin, de la Ferme du Mont Pitois, accepta de dépanner le groupe en cachant les armes dans le bâtiment agricole à droite de la maison d&#8217;habitation, à droite en entrant dans la cour de la Ferme,</p>
<p>Le lendemain matin, Lucien et Georges Bernier sont venus du Detroit avec un tombereau et un cheval pour charger les armes les munitions et les explosifs. Ils se rendirent au Détroit en prenant la petite route des Iles d&#8217;Ouilly vers la départementale 511, puis en prenant le chemin de terre en face de cette petite route, qui les conduisit directement au Détroit. Ces armes furent dissimulées à nouveau sous un tas de fagots monté dans la ferme de Lucien Bernier, et dans le prolongement de la maison d&#8217;habitation. Après la tragédie de Saint-Clair, les armes furent transférées du tas de bourrées du Détroit, à Rapilly dans une bouverie qui appartenait à mon oncle. Durant tout le mois de Juin, j&#8217;ai placé des crève-pneus, autour de Pont d&#8217;Ouilly, et sur les routes en direction de Falaise.</p>
<p><strong>9) Choix d&#8217;un terrain en vue d&#8217;un nouveau parachutage</strong></p>
<p>•</p>
<p>Jean Renaud &#8211; Dandicolle avait demandé à Louis JOUSSET et à mon Père Lucien Bernier, de trouver un autre terrain de parachutage plus important au cas où des hommes, des munitions, de l&#8217;armement seraient à nouveau parachutés dans la région, en précisant qu&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;un ordre des alliés.</p>
<p>Sur la proposition de Louis Jousset, les herbages, situés au Sud du Haras du Haut- d&#8217;Ouilly, furent retenus, après la reconnaissance des herbages par Jean Renaud &#8211; Dandicolle.</p>
<p>Le 6 ou 7 Juillet 1944, Jean Renaud &#8211; Dandicolle est venu au Détroit voir Lucien Bernier pour constituer une équipe pour le nouveau parachutage. Cinq hommes devaient venir de Saint-Clair. Lucien Bernier a déclaré qu&#8217;il disposait d&#8217;environ dix hommes.</p>
<p>Lucien Bernier aurait ajouté: &#8221; II faut que tu partes, je suis inquiet &#8216;&#8221;. Jean Rehaud-Dandicole a répondu : &#8221; Nous partons demain malin. Les Grosclaude ont préparé un bon repas pour ce soir. Nous ne partirons donc que demain matin &#8220;.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>10) Attaque allemande du 8 juillet 1944</strong></p>
<p>La Ferme Grosclaude, ou était installé le P.C. du Maquis, a été attaquée par les Allemands le 8 Juillet 1944.</p>
<p>Je n&#8217;étais pas présent à cette attaque. Ce que je sais, je l&#8217;ai appris par Jean Foucu l&#8217;unique rescapé.</p>
<p>Après l&#8217;échange des premiers coups de feu et après les premiers morts, Jean Foucu a pu s&#8217;échapper en se précipitant dans les bois, en direction de l&#8217;Est. Les bois étaient très proches des bâtiments de la ferme. Jean Foucu connaissait très bien le bois. Il s&#8217;est d&#8217;abord dirigé vers La Boissaye et ensuite vers Bonnoeil. Le témoignage de Jean Foucu a été publié dans une brochure écrite par Henri Lamperiere sur le Maquis de Saint-Clair.</p>
<p>Louis Jousset, qui habitait à proximité du carrefour du Belvédère, au-dessus de la Ferme Grosclaude, a raconté à son fils Jean que le matin du 8 Juillet il avait voulu aller chez les Grosclaude. Au carrefour il aurait rencontré la fille de Tanzer qui habitait au Belvédère. Elle lui aurait dit : &#8221; N&#8217;allez pas chez les Grosclaude, il se passe de drôle chose là-bas &#8220;.</p>
<p>Plusieurs autres membres du Maquis auraient peut-être participé au repas la veille au soir et seraient repartis ensuite après le repas.</p>
<p>Les corps de Maurice Larcher, Officier Radio Britannique, et de John Cleary, Officier Pilote Canadien, auraient été enterrés par les allemands à 400 mètres environ de la Ferme, à la lisière du bois en descendant, selon le témoignage à l&#8217;époque de Louis Jousset. Les allemands ont capturé Georges et Eugénie Grosclaude. Georges Grosclaude a été amené et enfermé à la ferme de Louis Jousset. Eugénie Grosclaude avait été amenée et enfermée plus loin à la Ferme Neryck. Louis Jousset a été autorisé à donner à boire à Georges Grosclaude par une sentinelle allemande. Georges Grosclaude lui a dit à voix basse : &#8221; Ne t&#8217;inquiètes pas, je n&#8217;ai pas parlé, je ne parlerai pas &#8220;.</p>
<p>Après l&#8217;attaque de la Ferme Grosclaude, Jean Renaud-Dandicolle a pu s&#8217;enfuir en direction de Pierrefitte-en-Cinglais. Lorsque les allemands se sont approchés, il s&#8217;est mis à &#8221; biner &#8221; les betteraves avec un garçon de 16 ans, qui travaillait dans ce champ de betteraves. Les allemands se précipitèrent pour le capturer. Il se défendit et fut blessé et emmené par les soldats allemands.</p>
<p>J&#8217;ignore ce que les autres membres du Maquis ont fait après ces événements. Par contre, j&#8217;ai continué le combat et j&#8217;ai pris contact avec les troupes britanniques de la 59èmc Division d&#8217;Infanterie. Avec Lucien Bernier, Marc Toutain, Leroyer, Brun, nous avons assumé des missions d&#8217;écIaireurs pour les troupes anglaises. En particulier, nous avons été menés en voiture par un Officier de l&#8217;État-Major de la 59ème Division qui était au Haut d&#8217;Ouilly, et nous avons été conduit au bord de l&#8217;Orne, au Moulin de Donay pour faire une reconnaissance sur l&#8217;autre rive de l&#8217;Orne, et, ramener des renseignements sur l&#8217;implantation, et l&#8217;importance des troupes allemandes. Nous avons rencontré, de l&#8217;autre côté de l&#8217;Orne, des civils français, qui ont d&#8217;abord été surpris de rencontrer des français en armes. Nous avons rempli notre mission, obtenu tous les renseignements demandés et préciser à l&#8217;Etat-Major anglais qu&#8217;il n&#8217;y avait plus de troupes allemandes sur l&#8217;autre rive de l&#8217;Orne qu&#8217;ils avaient quitté tout récemment.</p>
<p>Après cette mission, j&#8217;ai considéré que mes activités au Maquis de Saint-Clair étaient terminées.</p>
<p>Je me suis donc engagé dans l&#8217;Armée Américaine pour continuer la guerre.</p>
<p>Le 8 Mai 1945, je me trouvais donc, avec les soldats américains, aux environs de Munich.</p>
<p>Je certifie sincère et véritable ce témoignage sur le Maquis de Saint-Clair. Fait à Epron, le 10 Novembre 1997</p>
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		<title>Jacques Perret</title>
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		<pubDate>Fri, 23 Jul 2010 21:47:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jpd</dc:creator>
				<category><![CDATA[1 Passeurs de Mémoire du Maquis de Saint Clair et de Normandie]]></category>

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		<description><![CDATA[Je pense aux trains à vapeur qui    faisaient   la   ligne Cherbourg-Caen-Paris ; à ces   locomotives,    véritables machines vivantes qui haletaient, soufflaient, respiraient, soupiraient, comme des chevaux de halage en plein effort. Je revois les arrivées et les départs, en gare de Caen, de ces monstres empanachés de fumées blanches ou noires, auxquels on prodiguait des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je pense aux trains à vapeur qui    faisaient   la   ligne Cherbourg-Caen-Paris ; à ces   locomotives,    véritables machines vivantes qui haletaient, soufflaient, respiraient, soupiraient, comme des chevaux de halage en plein effort. Je revois les arrivées et les départs, en gare de Caen, de ces monstres empanachés de fumées blanches ou noires, auxquels on prodiguait des soins d&#8217;écurie. Et ces chauffeurs, tout charbonnés et rougeoyant de la lueur des flammes, qui avaient l&#8217;air tout à la fois de dompteurs et de diables. Je pense à Vimoutiers, ce petit bourg de la vallée d&#8217;Auge, où mon père avait une fabrique de camemberts, avec son frère Emile, avant de s&#8217;adonner au métier d&#8217;assureur. Je pense aux hauts fourneaux de Mondeville, près de Caen, aux traînées rouges qu&#8217;ils laissaient dans le ciel, dès la tombée du jour et qui émerveillaient nos yeux d&#8217;enfants. Et Moult-Agence ! Comment oublier ce village où nous allions régulièrement à bicyclette faire, sous l&#8217;occupation, le ravitaillement pour la nichée de douze (sept filles et cinq garçons), fierté de mes parents. A Caen, je dois retrouver mon frère Jo (le cinquième, je suis le sixième de la lignée) qui est également en retraite depuis peu. Le seul qui soit resté près du berceau familial. Nous devons rencontrer au Mémorial pour la Paix des jeunes qui viennent du collège Sainte-Appoline, près de Cergy-Pontoise, pour apporter notre témoignage sur les événements de 6 juin 1944. J&#8217;avais quinze ans à cette époque. L&#8217;âge des élèves qui ont souhaité nous interviewer comme gardiens de mémoire. Avec mon frère, nous faisons partie des Amis du Mémorial, association qui s&#8217;est donnée pour mission de perpétuer le souvenir des événements tragiques liés au Débarquement, à la bataille de Normandie. Lui était à Lisieux en pension. J&#8217;étais à Caen, avec le reste de ma famille, l&#8217;exception de mon frère aîné qui nous avait quitté depuis quelques mois, pour échapper au travail obligatoire en Allemagne.</p>
<p>J&#8217;ai déjà eu l&#8217;occasion de faire le récit de ce que nous avons vécu, à cette époque, en déposant aux archives du « Mémorial », l&#8217;histoire de ma famille. Je l&#8217;ai fait, à l&#8217;aide de l&#8217;agenda de mon père, ajoutant seulement mes propres souvenirs à son journal de bord.<span id="more-248"></span></p>
<p>Le 6 juin, à treize heures, nous n&#8217;avions plus de maison. Il s&#8217;en fallut de peu que nous soyons tous ensevelis sous les décombres fumants de cette bâtisse de trois étages. Heureusement, un quart d&#8217;heure avant, mes parents nous ont emmenés à l&#8217;autre bout du quartier, chez des amis qui avaient une cave plus sûre. Le soir même, profitant d&#8217;un arrêt des bombardements, nous avons quitté Caen, en direction de la mer, avec l&#8217;espoir d&#8217;être moins exposés aux bombés et d&#8217;être le plus tôt possible en territoire libéré. Mais il n&#8217;en fut rien. Avant d&#8217;être contraints de revenir à Caen, nous avons dû passer près d&#8217;une semaine dans la cave d&#8217;un manoir occupé par les Allemands, avec des pièces d&#8217;artillerie disposées tout autour.</p>
<p>Nous étions en première ligne, sous le feu des obus. Et, la bataille s&#8217;intensifiant de jour en jour, ce sont des jeunes SS qui sont venus relever des réservistes de la wehr-macht, complètement démoralisés de voir dans le ciel autant d&#8217;avions « alliés » et si peu des leurs. C&#8217;est en pleine nuit qu&#8217;ils arrivèrent nous intimant l&#8217;ordre de partir immédiatement. « Mon père eut bien du mal à accepter cet ordre, faisant voir sa jambe artificielle, plaidant pour ses enfants » Rien n&#8217;y fit. Démunis de tout, ayant de plus en plus peur, au matin, nous avons retrouvé Caen en flamme. Quand nous sommes arrivés, au lycée Malherbes, centre de réfugiés jusqu&#8217;alors épargné (devenu depuis l&#8217;Hôtel de ville), nous y fûmes accueillis comme des « ressuscites ». On nous croyait tous morts sous les premiers bombardements du 6 juin. Dans le chaos des guerres, les rumeurs se répandent comme des traînées de poudre, mêlant toutes sortes d&#8217;informations contradictoires avec les-</p>
<p>45</p>
<p>quelles il faut se faire une vérité, au moins provisoire ? Sans nouvelle des uns et des autres, aux frayeurs quotidiennes s&#8217;ajoutent cette angoisse, une attente pleine de doutes. Tel est, pour l&#8217;essentiel, le récit que j&#8217;ai fait aux élèves de Sainte-Appoline. Mais leur préoccupation étaient d&#8217;abord ailleurs:</p>
<p>Que pensez-vous de la tolérance ?</p>
<p>C&#8217;était leur première question. Pourquoi cette question ? Parce qu&#8217;il y a toujours des guerres, ce qui veut bien dire que les gens ne se tolèrent pas.</p>
<p>Difficile question. Que dire si ce n&#8217;est sa vérité à soi, celle qui fait que progressivement, au cours des événement vécus ou interprétés, on se fait, comme on dit, une opinion, à tort ou à raison, une conscience de citoyen électeur. Ce n&#8217;est peut-être pas si simple, leur dis-je un peu embarrassé. Il y a des guerres plus justes que d&#8217;autres. Peut-on être pacifiste quand des armées ennemies occupent votre pays ? C&#8217;est en ce sens que des Français répondant à l&#8217;appel du Général de Gaulle sont devenus Résistant. C&#8217;est en ce sens que la deuxième guerre mondiale était une guerre de libération contre l&#8217;hitlérisme. Mais les raisons d&#8217;une guerre sont toujours complexes, ce qui veut dire qu&#8217;on y rencontre des intérêts mêlés, différents, contradictoire. Les Alliés n&#8217;étaient en fait alliés que pour en finir avec Hitler et te nouvel ordre européen, voire mondial, qu&#8217;il voulait imposer par la force, la violence, la barbarie. Peut-on dire, par exemple, que dans cette guerre les intérêts de Staline étaient tout à fait les mêmes que ceux des Américains, des Anglais, des Français? Le stalinisme, qui ne le sait aujourd&#8217;hui, était une dictature également terrifiante, même si les points de départ, les intentions historiques du communisme n&#8217;étaient pas identiques à celles du national-socialisme, du nazisme. C&#8217;est ainsi qu&#8217;il arrive qu&#8217;entre deux maux, il faut parfois choisir le moindre. Depuis les premiers signes de l&#8217;invasion de l&#8217;Europe par Hitler, l&#8217;Allemagne nazie était devenue le danger principal. Rares étaient, cependant, les politiques qui avaient tiré les leçons de ce qu&#8217;annonçait pourtant Mein Kampf.</p>
<p>Je leur dis que mon père, au début de la guerre en tout cas, était pétainiste, comme beaucoup de Français. Qu&#8217;il avait sans doute des raisons particulières de l&#8217;être. Ancien mutilé de la guerre de 14-18, il avait toujours vu dans ce Maréchal, le vainqueur de Verdun. Et puis mon père était un catholique pratiquant, très anticommuniste (il était même royaliste) et n&#8217;aimant pas beaucoup les juifs, les francs-maçons. Ce qui ne veut pas dire qu&#8217;il était pour leur persécution. Il disait : « ce sont des affairistes, des sociétés secrètes, ils aiment d&#8217;abord l&#8217;argent, le pouvoir »&#8230; Et pour mieux souligner cet aspect, et leur faire voir comment, insidieusement, tout était fait pour créer la confusion dans les esprits, laisser le trouble, le doute, je rappelais le texte de cette affiche que chacun pouvait lire au début de l&#8217;occupation: Français ! Ce n &#8216;est pas la faute du Maréchal si tu souffres, si tu fais la queue au ravitaillement, si tu envoies des colis à ton fils prisonnier, si tu subis les conséquences de la guerre perdue. C&#8217;est la faute des chefs communistes, des chefs socialistes, des capitalistes, des juifs internationaux et des franc-maçons qui ont voulu cette guerre et qui maintenant t&#8217;excitent contre le Maréchal, ton sauveur. Je leur dis que ma mère avait été décorée de la médaille des Familles nombreuses, à Vichy même, par leMaréchal Pétain, pour avoir élevé douze enfants, et qu&#8217;aucun gouvernement, avant, n&#8217;avait songé à l&#8217;honorer de la sorte. Je leur dis qu&#8217;à l&#8217;école, en culotte courte, juste avant la séance de gymnastique, on nous faisait défiler en chantant : Maréchal, nous voilà, devant toi, le sauveur de la France, nous jurons, nous tes gars, de servir et de suivre tes pas&#8230;</p>
<p>Vous voyez que ce n&#8217;est pas si simple. Beaucoup de Français, voyant en Pétain le héros de Verdun, n&#8217;imaginaient pas que ce vieil homme, couvert de gloire, serait un jour déclaré traître à son pays et condamné à mort. Tandis que d&#8217;autres, peu nombreux au départ, comprirent, comme l&#8217;avait déclaré le Général de Gaulle, en 39-40, face à l&#8217;invasion hitlérienne, que la France venait seulement de perdre une bataille, mais pas la guerre&#8230; qu&#8217;il fallait résister à l&#8217;occupant, continuer le combat. Pour moi, l&#8217;erreur de Pétain, c&#8217;est</p>
<p>d&#8217;avoir cru qu&#8217;Hitler, malgré ses excès, était porteur d&#8217;un nouvel ordre européen, qu&#8217;il était un véritable rempart contre le communisme déclaré «intrinsèquement pervers » par le Vatican. Et son crime, c&#8217;est d&#8217;avoir aidé les Allemands, en créant les milices spéciales, à s&#8217;emparer des résistants jusqu&#8217;à les torturer et les tuer, et des juifs jusqu&#8217;à les déporter et les exterminer. On ne collabore pas avec l&#8217;occupant de sa patrie. H lui fallait un grand aveuglement de l&#8217;esprit pour n&#8217;avoir pas compris que l&#8217;espoir de la renaissance française, de la libération du sol français, l&#8217;honneur de notre pays, étaient du côté des Alliés, de De Gaulle, des résistants. En signant l&#8217;armistice avec les Allemands, Pétain avait dit : qu&#8217;il faisait don de sa personne à la France. Avec moins d&#8217;emphase, bien des jeunes, à peine plus âgés que vous aujourd&#8217;hui, et moi à cette époque, ont pris, eux, le risque de mourir pour servir la résistance, ne pas trahir.</p>
<p>— Et la tolérance, qu&#8217;en pensez-vous ?</p>
<p>— La tolérance, c&#8217;est accepter que nous sommes aussi différents que semblables. Nous le sommes par bien des côtés, dans un même pays, d&#8217;un pays à l&#8217;autre, par nos origines ethniques, culturelles, notre histoire, nos habitudes, notre caractère, nos chromosomes&#8230; La tolérance, c&#8217;est faire l&#8217;effort de penser les choses dans leur complexité. Toute simplification engendre l&#8217;intolérance. Il n&#8217;y a pas sans cesse d&#8217;un côté les bons et les méchants. C&#8217;est moins simple. Ce qui ne veut pas dire qu&#8217;il faut tout accepter. En cas d&#8217;urgence,</p>
<p>— nous l&#8217;avons vu, il faut savoir choisir son camp, et savoir quel combat, par exemple l&#8217;on doit mener au nom du respect de la Déclaration universelle des Droits de l&#8217;Homme. Quant à la guerre, comme il l&#8217;est écrit sur un des murs du Mémorial : prenant naissance dans l&#8217;esprit des hommes, c&#8217;est dans l&#8217;esprit des hommes qu&#8217;il faut la faire disparaître. Sans doute est-ce une proposition idéale, mais il y a des phrases qui aident à éclairer le difficile chemin de notre humanisation. On ne devrait plus dire par exemple : Si tu veux la paix, prépare la guerre. Ce réalisme reste primitif et ne fait qu&#8217;entretenir le rôle de la vio-</p>
<p>lence dans l&#8217;histoire des peuples, des Nations. On devrait pouvoir dire : Si tu veux la paix, prépare la paix&#8230; J&#8217;en étais là de mes propos, de mes réponses à leurs questions, essayant de ne pas trop prêcher, de ne pas trop en dire, de rester concret, compréhensible, quand l&#8217;un d&#8217;eux me dit :</p>
<p>— Et vous avez-vous fait de la résistance, avez-vous connu des résistants ?</p>
<p>— Je leur rappelais qu&#8217;au moment du Débarquement j&#8217;avais quinze ans, que juste avant ces terribles événements, j&#8217;avais des soucis de raquette. Je commençais à apprendre à jouer au tennis. J&#8217;étais très fier aussi du premier complet culotte golf (je leur expliquais ce que c&#8217;était) que mon père venait de m&#8217;acheter. Je commençais à avoir moins peur des filles qui n&#8217;étaient pas mes sœurs, à chercher leur compagnie&#8230; J&#8217;avais déjà en cachette essayé le rasoir mécanique de mon frère aîné, bref, j&#8217;étais content de voir grandir en moi un petit monsieur. En réalité, leur dis-je, l&#8217;occupation et ses privations, les enfants de mon âge s&#8217;y étaient habitués. On entendait bien dire autour de nous qu&#8217;un jour les Allemands seraient obligés de partir, que les Alliés leur feraient directement la guerre en France, qu&#8217;il y avait des jeunes de l&#8217;âge de mon frère aîné qui essayaient de ne pas aller travailler en Allemagne, qui prenaient le maquis, faisaient dérailler les trains&#8230; mais c&#8217;était fugitif dans ma tête, cette réalité m&#8217;échappait encore. Par contre, les alertes, les bombardements qui avaient déjà blessé l&#8217;une de mes sœurs et certains de mes camarades de classe, tout cela nous terrifiait un peu plus chaque année. Puis vint le Débarquement Du jour au lendemain, nous étions vraiment plongés dans la guerre, en première ligne, comme civils, complètement impuissants devant tout ce déferlement de bombes, des ruines, les morts et les blessés qu&#8217;elles laissaient chaque fois derrière elles. Cette guerre, je m&#8217;y suis trouvé malgré moi. Je témoigne aujourd&#8217;hui comme vous pourriez le faire si vous aviez été à ma place. Je sens, depuis ce jour que je ne suis plus le même. Et ce n&#8217;est qu&#8217;un peu plus tard que j&#8217;ai compris que des jeunes, à peine plus âgés que moi, avaient succombé sous les</p>
<p>47</p>
<p>balles allemandes pour ne pas trahir leur secret de résistants. Ce n&#8217;est qu&#8217;un peu plus tard que j&#8217;ai compris que ce qu&#8217;on appelle les anciens combattants sont d&#8217;abord dans toutes les guerres des jeunes combattants de 18-25 ans qui font le sacrifice de leur vie. Les monuments aux morts devraient être des arcs de triomphe à la jeunesse sacrifiée. Ils sont impressionnants les cimetières qui bordent la côte normande avec leur multitude de croix blanches alignées comme des plans de vigne pétrifiés, nous invitant à cueillir les fruits du souvenir. Elle est impressionnante cette paix des cimetières militaires, quand on pense au dernier cri, au dernier souffle, aux dernières pensées de tous ces jeunes de vingt ans morts au champ d&#8217;honneur de nos libertés.</p>
<p>Impressionnants aussi, ces cimetières allemands pleins de jeunes également, morts contradictoirement, si je puis dire, en pleine absurdité d&#8217;idéal abusé, au nom d&#8217;un Me in Kampf diabolique, faisant du délire d&#8217;un homme complexé celui de tout un peuple en état de complexe, depuis l&#8217;humiliant traité de Versailles.</p>
<p>Les mots ne sont jamais innocents. Le National Socialisme, c&#8217;était une trouvaille de génie pour catalyser l&#8217;irrationnel espoir de revanche des vaincus de la première guerre mondiale et leur peur du communisme international, en magnifiant l&#8217;idée de Patrie et de justice sociale&#8230;</p>
<p>Le Mémorial de la Paix, est là pour nous dire, nous rappeler, au prix de quel sang versé, cette tragédie prit fin. Achevant de répondre aux questions de ces jeunes, je sentais combien ceux qui ont eu à mettre en jeu leur vie, leur destin s&#8217;en souviennent d&#8217;une manière indélébile. Cette mémoire habite leurs souvenirs comme on habite une maison. Et quand ils vous accueillent, ils vous accueillent dans leurs souvenirs. On ne peut jamais faire table rase du passé. Ils nous constitue comme les cercles qui donnent au tronc des arbres leur épaisseur, leur silhouette. On peut toujours ajouter. On ne peut rien retrancher. Nous sommes tous des gardiens de mémoire. Les récits des anciens sont aussi précieux que sentir le poids charnel de l&#8217;Histoire que le sont les voyages pour fixer les images de l&#8217;indispensable concret, de l&#8217;irrem-</p>
<p>plaçable vécu. Les livres viennent seulement avant ou après, avec leurs pages de lumière, pour voir de plus près, connaître et comprendre plus en profondeur.</p>
<p>La guerre, comment ce mot, cette réalité, avaient-ils pris place dans ma mémoire d&#8217;enfant. La mutilation de mon père, qui avait perdu sa jambe gauche, à vingt ans, sur le front du carnage des tranchées de 1914, le récit qu&#8217;il nous faisait de temps à autres de ce qu&#8217;il avait vécu, enduré pour tenter de survivre en attendant d&#8217;être relevé sur te champ de bataille par des brancardiers débordés, obligés de choisir les urgences, telles sont tes premières images de violence que le mot guerre laissait en moi.</p>
<p>Je me souviens, aussi, combien cette guerre 14-18 revenait souvent dans les conversations que mon père avait avec ses frères, lors de réunions familiales. Il y avait de quoi : quatre d&#8217;entre eux sur cinq (le dernier était trop jeune) avaient eu l&#8217;honneur d&#8217;être mobilisés. Le devoir patriotique, en ce temps-là, faisait partie des valeurs éducatives. Mais le bilan du souvenir était rude : la mort de mon oncle Octave sur le front des Ardennes, la mutilation de mon père et deux autres oncles gazés plus ou moins à l&#8217;hypérite&#8230; Et mon grand-père, leur père, capitaine de réserve, bien que directeur d&#8217;une ferme-école dans l&#8217;Orne, au Saut-Gautier, avait été mobilisé, lui aussi, pour assurer le ravitaillement en céréales de la capitale, à partir de la ville d&#8217;Ecouen.</p>
<p>Tandis que les hommes de toute une famille faisaient la guerre, les bras de la terre étaient essentiellement ceux des femmes. Faut-il s&#8217;étonner, depuis le temps que seuls les hommes détiennent le pouvoir, que toutes ces épopées guerrières n&#8217;incarnent leurs douloureuses traces que dans la symbolique des anciens combattants. Comme si les femmes n&#8217;avaient pas toujours apporté leur silencieuse contribution au front de l&#8217;arrière, dans les mille et une batailles de la vie quotidienne, et n&#8217;en méritaient pas, elles aussi, les honneurs.</p>
<p>La guerre, je la découvrais, plus concrètement encore, en 39-40. J&#8217;avais dix ans. Peu d&#8217;années auparavant, j&#8217;avais déjà été frappé par l&#8217;arrivée en masse des réfugiés espagnols qui</p>
<p>m&#8217;avaient semblé errer dans Caen, comme des forains égarés. Cette fois, il s&#8217;agissait de nous. Les événements avaient précipité nos grandes vacances. Nous avions l&#8217;habitude de les passer à Courseulles-sur-mer. On n&#8217;y resta pas longtemps. L&#8217;explosion des puits de pétrole du Havre, qui nous avait plongés avec frayeur, en pleine nuit à midi, hâta notre exode. Pour plus de sûreté, mon père décidait de nous emmener étape par étape chez ses parents à Domfront. Nous étions déjà onze enfants. Autant dire que, ne comprenant pas grand-chose à tous ces événements, si ce n&#8217;est que nous étions en guerre, nous suivions cette transhumance comme des moutons heureux d&#8217;avoir un berger. Et, en dehors de quelques lieux de gites, de maisons fugitives, liées à nos haltes, je me souviens de la déroute de nos troupes parce qu&#8217;elle mettait mon père en colère chaque fois qu&#8217;il voyait des soldats battant en retraite. Le reste de son courroux allant aux Anglais « qui, eux, se repliaient, bien rasés, sans oublie1&#8243; de prendre le thé », faisaif-i) rem? quer, comme s&#8217;ils étaient en villégiature. Je me souviens, enfui de l&#8217;arrivée triomphante de la soldatesque allemande à Domfront, de ceux en particulier qui sillonnaient les rues, en side-car, avec leurs grands manteaux de cuir gris bleuté, leurs bottes bien cirées jusqu&#8217;au dessous du genou et ces casquettes aux bords relevés qui leur donnaient des airs crânes, de conquête, de grande arrogance.</p>
<p>C&#8217;est au fil de leurs questions que je me suis aventuré dans ces souvenirs, cette réflexion sur la guerre. Je voulais être à leurs yeux un gardien de mémoire portant seulement témoignage de mon propre vécu, avec tout ce que cela comporte de jugement, d&#8217;approximations, de subjectivité. Mais je ne voulais pas apparaître comme un ancien cambattant pris au piège de son passé. La guerre était tout simplement entrée dans mon enfance, mon adolescence, comme une réalité, malgré moi. C&#8217;est à partir de cette réalité que j&#8217;ai compris que la paix n&#8217;est jamais acquise à l&#8217;homme. Elle est fragile, comme tous les équilibres : notre santé, nos amours, nos propres vies. Il y aurait beaucoup à dire sur le rôle de la violence à travers l&#8217;histoire de l&#8217;humanité, depuis les tragiques et</p>
<p>douloureux accouchements de l&#8217;espèce humaine&#8230; Nos œuvres de paix n&#8217;en sont que plus sacrées, plus admirables. Que d&#8217;intolérance pour un peu de tolérance, et de sanglots pour un air de guitare, dit le poète. Ces pulsions, leurs mouvements sont au cœur de toutes nos régressions, nos progrès, tragiquement souvent, inexorablement toujours, semble-t-il.</p>
<p>Je les sentais très impressionnés par les images de la guerre qu&#8217;ils avaient vues la veille, en visitant le Mémorial. Leur réactions allaient de l&#8217;horreur à l&#8217;admiration. Tant de morts et de destructions pour à nouveau écrire Liberté j&#8217;écris ton nom. C&#8217;est à croire que tous les hommes ne sont pas de même nature, de la même fibre. Il y aurait ceux qui s&#8217;épanouissent dans la guerre, la haine, et les autres moins primitifs&#8230; Comment se faire sa petite clairière d&#8217;humanité dans toute cette jungle. Comment se garder intact malgré la misère et les dangers de guerre dit Paul Eluard. Admiratifs devant l&#8217;audace, &#8221;&#8217;&#8221;vention des techniques mises en re pour réussir cet exploit du port artificiel d&#8217;Arromanches, sur plusieurs kilomètres, en pleine mer, en tenant compte du flux et du reflux des marées, je ne voulais pas qu&#8217;ils partent diminués, comme en manque d&#8217;épopée devant celle des autres. Je leur rappelais que s&#8217;il y avait des guerres justes, de libération par exemple, des circonstances qui pouvaient magnifier les hommes, souvent malgré eux, les œuvres de paix avaient elles aussi, à tout moment, besoin de femmes et d&#8217;hommes courageux, inventifs, audacieux.</p>
<p>Les villes, par exemple, leur dis-je, dont on parle tant aujourd&#8217;hui, devraient toutes être de véritables œuvres d&#8217;art, art de vivre et d&#8217;habiter dans la beauté. Chaque génération de jeunes devrait être invitée à apporter sa contribution. Apporter sa pierre, sa générosité, sa part de beauté à l&#8217;équilibre collectif. Les villes sont des lieux de culture par elles-même, leur urbanisme, leur architecture, leur convivialité. Il n&#8217;est pas indifférent d&#8217;être fier de sa ville, de son village. Pour ma part, chaque fois que je reviens à Caen, je suis fier de voir comment cette ville détruite à plus de soixante pour cent s&#8217;est relevée de ses ruines. Comment cette ville parcs-et-jardins, cette ville</p>
<p>49</p>
<p>historiquement reconstituée, autant que faire se peut, s&#8217;est modernisée, tout en restant pleine d&#8217;urbanité, de sollicitude pour le bien-être de ses habitants.</p>
<p>Gardiens de mémoire, gardiens de patrimoine, nous le sommes tous, nous pouvons tous l&#8217;être. Utopique espoir, peut-être. Mais comment se garder soi-même si l&#8217;on ne sait pas prendre garde</p>
<p>à ce qui nous entoure, si l&#8217;on ne sait pas que c&#8217;est la forêt qui donne à l&#8217;arbre sa sécurité et le groupe qui donne à l&#8217;individu sa force et son génie.</p>
<p>Jacques Perret</p>
<p>— 22 avril 1992 —</p>
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		<title>Paul Marion</title>
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		<pubDate>Fri, 23 Jul 2010 21:45:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jpd</dc:creator>
				<category><![CDATA[1 Passeurs de Mémoire du Maquis de Saint Clair et de Normandie]]></category>

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		<description><![CDATA[L&#8217;homme que nous avons devant nous est grand, d&#8217;apparence robuste mais son visage est strié des rides de la vieillesse. Son âge doit tourner autour des soixante quinze ans. Quelque chose m&#8217;a frappée dans son regard, comme si ses yeux en avaient trop vu. Sa voix a peu de volume. Il parle bas et doucement. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>L&#8217;homme que nous avons devant nous est grand, d&#8217;apparence robuste mais son visage est strié des rides de la vieillesse. Son âge doit tourner autour des soixante quinze ans. Quelque chose m&#8217;a frappée dans son regard, comme si ses yeux en avaient trop vu. Sa voix a peu de volume. Il parle bas et doucement. On devine aisément qu&#8217;il a enduré la souffrance mais il est empreint de beaucoup de volonté et homme d&#8217;une grande modestie, ce que nous allons découvrir au fur et à mesure de notre échange.</em></p>
<p><strong>Débuts dans la vie  :</strong></p>
<p>Le jeune Paul Marion, originaire du Calvados, né en 1920,  faisait des études de mécanique à Lyon quand la guerre éclata. Il avait déjà le projet de s’engager dans l’armée comme mécanicien de l’armée de l’air. Aussi fut-il volontaire pour servir toute la durée de la guerre. Son conseil de révision se déroule le jour de la déclaration de guerre. Enrôlé dans l&#8217;armée de l&#8217;air, il fut affecté au nouvel aéroport d’Air France à Blagnac, près de Toulouse, avant d’être transféré au centre-école d’aviation de Rochefort.<span id="more-246"></span></p>
<p><strong>Son état d’esprit dans les années 30 :</strong></p>
<p>Son esprit s’est ouvert à la conscience politique lors de la prise de pouvoir d’Hitler en 1933. M. Marion père était un ancien combattant ayant participé à toutes les grandes batailles : la Marne, Verdun ; cet homme en avait conservé un grand ressentiment pour l’Allemagne. La nazification du pays, les sentiments supposés revanchards d’Hitler entretenaient la famille Marion dans un état d’esprit belliqueux. On est pessimiste en apprenant la création des camps de concentration, on voit venir la guerre après les accords de Munich, on s’inquiète de l’annexion du territoire des Sudètes, de celle de l’Autriche.</p>
<p><strong>La « drôle de guerre » :</strong></p>
<p>Paul demeure à Rochefort , puis il obtient son brevet de mécanicien supérieur à l’Ecole centrale lyonnaise pour l’Industrie et le Commerce . On est exactement  le 10 mai 1940, jour de l’invasion de la Belgique.</p>
<p>Paul voit dans cette période une guerre d’escarmouches , dont il n’a pas grand-chose à dire.</p>
<p><strong>La débâcle :</strong></p>
<p>Il insiste sur le sentiment d’impuissance qui a saisi le pays et l’armée au moment du déferlement des allemands à l’armement colossal . Il est évacué dans des wagons à bestiaux avec les autres élèves du centre-école à destination de l’Afrique du Nord. Il ne parvient pas jusque-là , mais après un détour par le sud-ouest, aboutit à Rivesaltes dans les Pyrénées-Orientales, au camp militaire Joffre, en attendant un hypothétique embarquement et une reprise des opérations militaires en Afrique.</p>
<p><strong>L’armistice et ses suites :</strong></p>
<p>Mais le nouveau Président du conseil, le maréchal Pétain a demandé l’armistice. Cet accord est vécu par lui, comme par ceux de sa génération pense-t-il, d’une façon ambivalente : d’un côté, il fait confiance au grand homme, le vainqueur de Verdun, et ne pense pas que celui-ci a capitulé devant les allemands, et veut collaborer avec eux ; cette idée lui répugne d’autant plus que les anglais , de leur côté, poursuivent le combat … Il estime que Pétain joue un double jeu.. L’appel du 18 juin ébranle ses rassurements, ainsi que le partage de la France en deux zones et la perte de l’Alsace et de la Lorraine annexées. Plusieurs mois s’écoulent dans cet embarras et le rôle de Pétain devient de plus en plus troublant  dans son esprit.</p>
<p>Dans le camp de Rivesaltes, désarmé , mais toujours sous l’uniforme, il ne trouve rien à faire, sauf des promenades dans les montagnes des Fenouillèdes. Les hommes se sentent humiliés et personne ne se voit un avenir.</p>
<p>Le groupe est ensuite transféré, toujours en wagons à bestiaux, à la  base aérienne 115 d’Orange-Caritat, site désarmé et encombré de carcasses d’avions. On aide les habitants aux vendanges. Puis le contingent est transféré à Grenoble ; on retire aux hommes leurs insignes militaires et tous signes d’identification ( boutons, galons ,…).</p>
<p><strong>Jeunesse et Montagne :</strong></p>
<p>Le groupe est intégré dans le mouvement qui vient d’être légalement créé  et baptisé <em>Jeunesse et Montagne</em>, dont l’objectif est de conserver une activité aux cadres et aux engagés volontaires de l’armée de l’Air. Paul Marion trouve du réconfort dans ce mouvement qui lui rend la perspective d’être utile à quelque chose.</p>
<p>On répartit les hommes en montagne par groupes de 25 dans des camps  constitués de fermes et de maisons réquisitionnées. L’objectif est de les endurcir moralement et physiquement, en sous-main des forces d’occupation et dans le dessein occulte de reprendre le combat contre elles après s’être réarmés.</p>
<p>Les activités sont : des coupes de bois, de la marche à pied, de l’escalade, du ski alpestre. On développe : l’esprit d’équipe et les capacités d’autonomie. Ces conditions de vie en pleine nature, à l’écart des civils, dans un environnement malgré tout solidaire , sont exaltantes.</p>
<p>Un an s’écoule pendant lequel surviennent des désillusions, des doutes et des inquiétudes nouvelles : pas de réarmement,  interrogations sur le sens du  mouvement : les officiers qui ont créé Jeunesse et Montagne ont des liens avec les secrétaires d’Etat à la défense et à la famille à Vichy. L’entrevue de Montoire  a provoqué un choc, et la désillusion combinée à l’état d’esprit de résistance insufflé par le mouvement a fait basculer Paul Marion dans le camp des gaullistes. D’autre part Paul forme des craintes pour sa mère devenue veuve et</p>
<p>demeurant en zone occupée, et il prend la décision de rentrer en Normandie  à l’automne 41.</p>
<p><strong>Le retour en zone occupée :</strong></p>
<p>Paul découvre les aspects pénibles de l’Occupation : arrogance humiliante des soldats, les passe-droit qui leur sont accordés ( coupe-file  chez les commerçants..), les couvre-feux, les arrestations arbitraires. Les gens  lui paraissent prêts pour la collaboration, toujours subjugués par le  prestige de Pétain. Paul découvre aussi la Gestapo et les jeunes français qui s’y sont engagés.  Il recherche en vain des moyens d’entrer en résistance.</p>
<p>Paul Marion a trouvé du travail, mais , ayant plus de 20 ans, il tombe sous le coup de la loi du travail obligatoire en Allemagne. Il démissionne de son emploi et avec un camarade gagne la Creuse pour travailler dans une ferme chez des amis de la famille.</p>
<p><strong>L’entrée au maquis de Creuse  :</strong></p>
<p>Paul au bout de deux mois fait connaissance de jeunes maquisards et les suit, seul ;  son camarade préfére rester à la ferme. Au départ, son dessein secret est de transiter par la Creuse, puis de gagner l’Angleterre via l’Espagne.Il va rencontrer dans les maquisards un groupe sympathique, formé principalement de personnes voulant échapper au STO et de communistes ; tous les milieux sociaux , toutes les cultures, sont représentés. Il est enrôlé, après qu’on a fait une enquête approfondie sur lui , auprès des fermiers amis qui attestent de sa sincérité et de la force de ses convictions résistantes. Il lui faut cependant faire ses preuves par l’action, encadré par le chef du maquis.</p>
<p>Le groupe transite lentement vers la Dordogne, de relais en relais.</p>
<p><strong>L’action dans les maquis  de Dordogne :</strong></p>
<p>Les maquis menaient diverses opérations commandos : faire exploser des trains, entre autres. En effet, les maquis recelaient beaucoup d&#8217;explosifs et faisaient sauter les trains qui convoyaient armes et ravitaillement pour les Allemands. Monsieur Marion ajouta qu&#8217;après son arrestation, le maquis continua encore ses activités et eut une grande part de responsabilités dans le bon déroulement du Débarquement de Normandie. Les maquis du Périgord étaient établis dans une région très rocheuse. Pour éviter des embuscades et des échanges de tirs supérieurs à deux minutes face à des Allemands expérimentés, les terrains du Périgord se révélèrent excellents. Mais le choix du terrain ne dépendait pas uniquement du relief du pays, mais également de l&#8217;état d&#8217;esprit des paysans environnants. Ces derniers aidaient et ravitaillaient le maquis. Il fallait s&#8217;assurer qu&#8217;ils n&#8217;étaient pas des collaborateurs. Pour cela, l&#8217;installation d&#8217;un maquis exigeait une sérieuse enquête préalable. De plus, chaque maquis devait être extrêmement gardé, surtout la nuit, car les Allemands procédaient par attaques nocturnes. Paul se spécialise dans les attaques de trains de marchandises allemands : mitraillages, dynamitages. Ces actions sont soumises à un protocole strict pour ne pas tuer de civils français : vidage des wagons , etc. Seules les parties motrices sont détruites, afin de sauvegarder quelque matériel roulant pour le jour du Débarquement. Des transformateurs d’usines sont détruits également, afin d’éviter leur bombardement.</p>
<p>Paul est aussi responsable d’un terrain de parachutage et de la réception du matériel utile.</p>
<p>Il se méfie des infiltrés, trouve des alliés chez des gendarmes qui fournissent des renseignements sur les convois.</p>
<p><strong>Arrestation par la Gestapo en février 1944 :</strong></p>
<p>En tant que responsable remplaçant régional, Paul  doit se rendre à Bergerac par le train avec son chef. Celui-ci n’arrive pas au point de rendez-vous , ni le lendemain. Paul apprend par une intermédiaire que le chef a été arrêté. Avec un autre responsable, il repart vers les maquis pour informer .  Après une rude sélection, il entra dans le maquis, d&#8217;abord dans la Creuse, puis en Dordogne. Le 22 février 1944, vers le début de l&#8217;après-midi, il marchait avec un camarade sur le bord de la route. Ils n&#8217;avaient pas d&#8217;armes sur eux, hormis une boîte de cartouches de revolver. Ils virent arriver une traction avant, la voiture des maquisards (voiture fort utile car elle était assez basse et tenait bien la route). Ils pensèrent une fraction de seconde qu&#8217;elle appartenait à leurs camarades, mais ce fut des Allemands qui sortirent de la voiture, mitraillettes aux poings. Ils les fouillèrent, mais sans succès : ils ne trouvèrent pas la boîte de cartouches. L&#8217;ami de Monsieur Marion, par instinct ou par peur, mit sa main dans sa poche. Des Allemands, qui avaient surpris le geste, crurent qu&#8217;il allait sortir une arme et crièrent. Les gens de la Gestapo renouvelèrent leur inspection et cette fois trouvèrent la boîte de cartouches. Ils furent embarqués. Ils eurent juste le temps de se dire l&#8217;un à l&#8217;autre ces dernières paroles : « On ne se connaît pas »&#8230;</p>
<p>Et, lorsqu&#8217;ils passèrent à l&#8217;interrogatoire, ils déclarèrent qu&#8217;ils ne s&#8217;étaient jamais vus. Monsieur Marion raconta qu&#8217;ils s&#8217;étaient rencontrés sur la route et avaient continué le chemin ensemble. Son camarade déclara qu&#8217;il avait trouvé la boîte de cartouches dans le fossé. Tout semblait passer assez bien : « II y a des moments où la chance ne nous quitte pas », tient à préciser Monsieur Marion.</p>
<p>Puis, il fut d&#8217;abord interné dans la prison de Périgueux où il a subi d&#8217;autres interrogatoires, confronté avec des camarades de maquis, qu&#8217;il nia connaître et réciproquement. Son identité de maquisard n’est pas avérée. Ensuite, il fut emprisonné à Limoges, lieu où les Allemands fusillaient régulièrement des prisonniers. Un jour, il fut appelé à rejoindre vingt-cinq otages dans le hall. Il fit mine de prendre ses affaires, mais l&#8217;officier lui dit que ce n&#8217;était pas nécessaire. Il comprit immédiatement qu&#8217;il était destiné à être fusillé. Arrivé dans le hall, les gens de la Gestapo l&#8217;observèrent, perplexes. Ils comptèrent, recomptèrent. Puis, un des Allemands dit à Monsieur Marion : « Remonte dans ta cellule ! ». En effet, il y avait une personne de trop et c&#8217;était lui ! « Toujours la chance », ajoute-t-il encore une fois. Pour les autres, ce fut l&#8217;exécution à Saint-Pierre-de-Chignac en Dordogne&#8230; Quelques jours après, l&#8217;officier allemand repassa dans les cellules. Cette fois, tous les prisonniers reçurent consigne de prendre leurs affaires, c&#8217;était le 28 Mars 1944.</p>
<p>Pour Monsieur Marion, le voyage au bout de l&#8217;enfer débutait. Cette phase de la vie de Monsieur Marion s&#8217;acheva pour faire place au chapitre le plus pénible de sa vie : sa déportation à l&#8217;âge de vingt trois ans&#8230;</p>
<p>Les prisonniers montèrent tout d&#8217;abord dans un train de voyageurs, assez confortable, à destination de Compiègne- Royallieu, gardés par des membres français de la Gestapo.Un voyage de 6 jours rendu pénible par le manque de nourriture.</p>
<p><strong>La déportation à Mauthausen, 6 avril 1944 :</strong></p>
<p>De Compiègne, ils furent envoyés à Mauthausen dans des conditions infernales : cent cinquante personnes entassées dans des wagons à bestiaux ! Les colis de nourriture de la Croix-Rouge ont été confisqués avant le départ. A Metz, ils furent déshabillés, et aussi nus qu&#8217;à leur naissance, leurs vêtements entassés dans un wagon, ils poursuivirent un voyage de trois jours et deux nuits sans manger, sans  boire, sans dormir, debout, au milieu des hurlements . Les gens étaient paniqués. Il fallait faire ses besoins dans un bidon unique de 50 l  pour 150 personnes entassées. .Ce voyage fut le plus mauvais souvenir que Paul Marion eut de la déportation.</p>
<p>Sur le quai de Mauthausen, ils furent rhabillés sans tenir compte de la taille des vêtements. Ensuite, ce fut la lente procession des désillusions qui commença lors de la marche des cinq kilomètres vers le camp de Mauthausen : coups à la tête avec des boudins de sable, morsures des chiens féroces, aboiements des SS . La marche doit être rapide, les retardataires sont exécutés immédiatement « Là, nous avons compris que nous vivions encore d&#8217;illusions dans le camp de Compiègne. Nous pensions que nous allions revenir dans des camps plus humains où on ne serait quand même pas traités comme des animaux. [...] On ne s&#8217;imaginait pas du tout ce qu&#8217;était un camp de concentration », dit Monsieur Marion d&#8217;une voix désormais voilée. Mauthausen était une véritable forteresse, créée en 1938 pour punir les anti-nazis autrichiens. Entassés dans la cour du théâtre de leur souffrance et crevant de soif, les prisonniers furent re-deshabillés, rasés totalement et envoyés sous des douches : « Quand nous sommes arrivés sous la douche, la première chose que nous avons faite, était de boire, de boire&#8230; l&#8217;eau de la douche qui était chaude. Dans les camps, (c&#8217;était le grand jeu des Allemands), l&#8217;eau était une fois chaude, une fois glaciale, en alternance. Après la douche, les déportés ont été désinfectés  au grésil, ce qui est très douloureux. Ils ont ensuite été coiffés de façon spéciale, avec des traits sur le crâne, pour prévenir les évasions ; et dotés de vêtements à rayures grises et bleues.</p>
<p>C&#8217;était le 8 Avril 1944. A cette époque-là, en Autriche, il fait encore très froid. »</p>
<p>C&#8217;était l&#8217;introduction au roman sadique des SS. Ensuite, Monsieur Marion et ses compagnons d&#8217;infortune furent envoyés dans des baraquements. Ils étaient malades, oppressés, et passèrent la première des nuits les plus douloureuses de leurs vies.</p>
<p>A quatre heures du matin, ils furent réveillés et reçurent un ersatz de café et un bout de pain en guise de petit déjeuner.</p>
<p>C&#8217;était la vie des blocs de quarantaine. Pendant une quinzaine de jours, ils vécurent ainsi.</p>
<p><strong>Le travail forcé à la carrière de pierre :</strong></p>
<p>Puis ils furent répartis dans quarante commandos, dont celui de Melk, à quatre-vingt kilomètres de Mauthausen, au bord du Danube, où Monsieur Marion fut envoyé. Ils y apprirent à manoeuvrer en allemand. Ils avaient touché leur tristement célèbre tenue rayée&#8230; Au bout de trois jours, ils furent affectés au travail de creusement d&#8217;une usine souterraine. 186 marches à descendre, en portant une pierre de 15 à 20 kg, parfois frappés , tombant et blessant d’autres détenus par la chute de la pierre. Ils n&#8217;évacuèrent cette usine qu&#8217;un an plus tard. Pendant tout ce temps, ils creusaient, creusaient, à raison de douze heures par jour. La nourriture faite de soupes, de choux et de betteraves , d’ersatz de café, de pain noir et de margarine, d’une valeur de 750 à 800 calories/jour , qui, rapportée à ce travail herculéen, ne fournissait pas le minimum dont ils avaient besoin . A ce régime, il y avait environ chaque jour quatre-vingt morts. Le soir, ils assistaient aux tortures de leurs camarades qui avaient eu le malheur de s&#8217;assoupir durant la journée. Les souffrances et les tortures étaient telles que l&#8217;hécatombe était immense.</p>
<p>Il y avait des exécutions de personnes épuisées ayant manqué à l’appel, des morts de malades de dysentrie ou de typhus, non soignés . « Ce n&#8217;était qu&#8217;une question de chance pour s&#8217;en tirer&#8230; », souligne encore Monsieur Marion. Il fallait aussi avoir le moral pour tenir.</p>
<p><strong> La libération :</strong></p>
<p>Puis, les Russes envahirent enfin la vallée du Danube. Le camp de Melk fut évacué. Le colonel du nouveau commando venait de la Wehrmacht et refusa l&#8217;extermination systématique des déportés du camp. Les déportés furent évacués par la route et incorporés dans des convois allemands, « arrosés » des tirs des Russes. Ils parvinrent finalement dans un autre camp, un camp du Tyrol, Ebensee, en espérant l&#8217;arrivée des Américains.</p>
<p>L&#8217;avant-veille de l&#8217;arrivée de ces derniers, les Allemands chargèrent de dynamite les tunnels des usines souterraines. Le lendemain, les S.S. voulurent faire pénétrer les déportés dans les tunnels. Les prisonniers russes, qui avaient obéi aux Allemands en chargeant le tunnel d&#8217;explosifs, les avaient cependant informés des plans des SS visant à faire tout sauter et à faire disparaître avec eux la preuve de leurs activités souterraines. Aussi, les déportés refusèrent catégoriquement aux risques et périls d&#8217;une fusillade. Les SS n&#8217;insistèrent pas et quittèrent le camp, laissant les prisonniers aux bons soins de vieux gardes inoffensifs : des anciens de la guerre de 14-18. Le lendemain, le 5 mai 1945, les Américains libérèrent le camp et constatèrent les faits. En effet, il n&#8217;y avait pratiquement plus de ravitaillement dans le camp et l&#8217;hécatombe s&#8217;amplifiait de jour en jour. Le four crématoire ne suffisait plus. Il fallait creuser des fosses&#8230; Les Américains capturèrent le commandant au camp et l&#8217;exécutèrent sans autre forme de procès.</p>
<p>IL  n&#8217;était plus question de piston ou de relations quelconques quand on était dans les camps de concentration. Il n&#8217;y avait plus rien de tout ça qui tenait, conclut Monsieur Manon.</p>
<p><strong>Le retour en France :</strong></p>
<p>Monsieur Marion, avec quelques autres, est parti sans attendre les rapatriements officiels, en direction de la France. Après bien des péripéties, il retrouva sa mère, qui était sans nouvelle de lui (son unique frère a été également déporté), et&#8230; sa fiancée qu&#8217;il avait quelque peu « oubliée » pour survivre. Au camp il ne fallait pas s&#8217;attendrir sur les jours heureux. Aujourd&#8217;hui, elle est devenue son épouse et vit toujours à ses côtés. Monsieur Marion est parti travailler en Afrique. Il n&#8217;en est rentré que depuis quelques années.</p>
<p><strong>Conclusions et perspectives :</strong></p>
<p>Il s&#8217;était arrangé pour rayer de sa mémoire les épreuves de la déportation, mais depuis son retour, ses efforts se sont montrés vains : tous ses souvenirs remontent à la surface&#8230; Il y avait un réel programme d&#8217;extermination dans l&#8217;esprit des Allemands. Il est certain qu&#8217;ils ne voulaient pas laisser vivants derrière eux des témoins. C&#8217;est indéniable. Et pourtant, Monsieur Marion a toujours pensé alors, au fond de lui-même, qu&#8217;il en réchapperait et cela l&#8217;a peut-être sauvé. En effet, lorsque le moral était au plus bas et tout espoir perdu, la mort était assurée.</p>
<p>Mauthausen était un camp de concentration alors qu&#8217;Auschwitz-Birkenau, par exemple, était un camp d&#8217;extermination systématique. « A la libération de Mauthausen, il y eut quand même 40% de survivants. » nous informe Monsieur Marion. Beaucoup moururent cependant dans les jours et les mois qui suivirent&#8230;</p>
<p>La réadaptation à la vie normale fut dure. Personnellement, Monsieur Marion a été malade pendant trois longs mois, à cause de l&#8217;affaiblissement dû à sa déportation. Le corps médical n&#8217;était pas en mesure de déterminer de quoi il souffrait véritablement.</p>
<p>Pour conclure l&#8217;interview, quel message laisseriez-vous aux jeunes d&#8217;aujourd&#8217;hui ? — Eh bien !, de veiller à ce que de tels événements ne se reproduisent plus. En ce moment, nous sommes menacés par les thèses révisionnistes (&#8230;). En effet, il y a des organisations qui vantaient les mérites des SS, alors que c&#8217;étaient des fous sanguinaires qui pouvaient envoyer leurs propres parents dans les camps. D&#8217;ailleurs, les premiers camps ont été ouverts en 1933, à l&#8217;avènement du nazisme (Dachau). « II ne faut pas laisser faire comme on a laissé faire Hitler. (&#8230;) Personne ne croyait en cette guerre. (&#8230;) Il faut veiller&#8230; Mais le souvenir d&#8217;Hitler nous a fait réagir face à des dirigeants politiques comme Saddam Hussein. On aurait attendu trois ans, il aurait été impossible à maîtriser&#8230; »</p>
<p>Pour nous inviter à la réflexion, Monsieur Marion nous dévoile la devise des déportés : Ni <em>haine, ni oubli.</em></p>
<p>Il nous informe qu&#8217;il accompagne cinquante jeunes de France en pèlerinage à Mauthausen. Ces cinquante jeunes rencontrent   des   Allemands   et   des Autrichiens et se lient d&#8217;amitié avec eux. Ensemble, ils visitent le camp. « Il faut savoir ce qui s&#8217;est passé, insiste Monsieur Marion. Et restons en éveil ! Un homme peut arriver au pouvoir et bouleverser le  régime du pays. Méfions-nous, méfions-nous. Il est préférable de tuer l&#8217;embryon&#8230; Alors, attention au révisionnisme&#8230; »</p>
<p>L&#8217;interview s&#8217;achève. Nous restons en haleine, suffoquées par ce que nous venons d&#8217;entendre&#8230;</p>
<p><em>Je pense que j&#8217;ai eu beaucoup de chance d&#8217;écouter ce témoignage. Songeuses, nous rangeons nos affaires. La comparaison des faits actuels et passés qu&#8217;a établei Monsieur Marion était tout à fait pertinente. Je me demande comment un homme, Hitler, a  pu être aussi fou, une armée fanatisée à ce point et aussi sanguinaire. Et puis, comment des idées semblables peuvent-elles revenir ? Ceci pourrait bien être le thème d&#8217;un autre débat.</em></p>
<p><em>En tout cas, espérons qu&#8217;une telle horreur ne pourra jamais se reproduire. Encore merci, Monsieur.</em></p>
<p>Propos recueillis par O D 15 ans en 1992</p>
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		<title>Paulette Héron</title>
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		<pubDate>Fri, 23 Jul 2010 21:43:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jpd</dc:creator>
				<category><![CDATA[1 Passeurs de Mémoire du Maquis de Saint Clair et de Normandie]]></category>

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		<description><![CDATA[Madame Héron nous est apparue comme une petite femme vive et énergique : ses lunettes sombres qu&#8217;elle enleva souvent révélaient un visage expressif.

Elle nous raconta son expérience avec passion, agitant souvent ses mains avec vigueur. L&#8217;atmosphère, un peu tendue du début de l&#8217;entretien, se détendit pour devenir finalement très amicale.
La période de l&#8217;installation des Allemands [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Madame Héron nous est apparue comme une petite femme vive et énergique : ses lunettes sombres qu&#8217;elle enleva souvent révélaient un visage expressif.</p>
<p><a href="http://www.rene-nodot.org/wp-content/uploads/2010/07/paulet-héron.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-285" title="paulet héron" src="http://www.rene-nodot.org/wp-content/uploads/2010/07/paulet-héron-203x300.jpg" alt="" width="203" height="300" /></a></p>
<p>Elle nous raconta son expérience avec passion, agitant souvent ses mains avec vigueur. L&#8217;atmosphère, un peu tendue du début de l&#8217;entretien, se détendit pour devenir finalement très amicale.</p>
<p>La période de l&#8217;installation des Allemands en Normandie fut celle aussi d&#8217;une grave pollution des eaux de la ville de Caen. Elle eut pour conséquence une terrible épidémie de typhus, qui entraîna la mort de près de trois-cents personnes dont la sœur aînée de Madame Héron, âgée de dix-sept ans.</p>
<p>Comme au Moyen-Age pour les pestiférés, les Allemands avaient fait placarder des affiches avec une tête de mort et une croix sur les maisons des malades où il était écrit : danger typhus. « A ce moment-là, j&#8217;ai décidé que je ne pouvais plus les laisser faire, je devais agir pour libérer notre pays. Et puis, vous savez, nous n&#8217;étions déjà pas très heureux d&#8217;être envahis quand les Allemands sont arrivés. Nous sommes avant tout Français ; notre devoir était de défendre notre pays, de le libérer de la domination allemande. Aussi, dès 1941, je me suis engagée dans la Résistance . »<span id="more-244"></span></p>
<p>Travaillant alors à la préfecture du Calvados, Madame Héron a pu accumuler de nombreux documents et renseignements précieux pour la Résistance.</p>
<p>Malgré les arrestations, elle poursuivit avec la même ardeur son action en faisant preuve cependant de plus en plus de prudence.</p>
<p><a href="http://www.rene-nodot.org/wp-content/uploads/2010/07/p-héron-1943.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-286" title="p héron 1943" src="http://www.rene-nodot.org/wp-content/uploads/2010/07/p-héron-1943-283x300.jpg" alt="" width="283" height="300" /></a></p>
<p>Madame Héron nous expliqua comment était née la Résistance et comment fonctionnaient les réseaux. Le Général De Gaulle sur les ondes de la BBC, le 18 juin 1940, lança l&#8217;appel connu maintenant de tous. De cet acte, le Gouvernement Provisoire de la République Française (G.P.R.F) naquit. Avec d&#8217;éminents Français venus le rejoindre, le BCRA (Bureau Central de Renseignements et d&#8217;Action) fut crée. Jean Moulin, ancien préfet, fut nommé par De Gaulle premier délégué général et parachuté en France avec pour mission d&#8217;établir des contacts pour former des réseaux de renseignements et d&#8217;action.</p>
<p>Ces réseaux devaient fonctionner avec des agents : Les agents P2, qui avaient signé un engagement pour toute la durée de la guerre plus six mois et qui étaient considérés comme des officiers ou sous-officiers.</p>
<p>Les agents PI, qui étaient des agents permanents sans grade d&#8217;assimilation&#8230;</p>
<p>Enfin et surtout, il y avait des agents occasionnels qui se chargeaient de petites informations. Ils pouvaient par exemple voler quelques tampons à la mairie ou à la feldkommandantur allemande, ce qui était fort utile à la réalisation de faux papiers.</p>
<p>Le but des réseaux qui se constituèrent était d&#8217;avoir des liaisons rapides et fréquentes pour acheminer rapidement vers Londres tous renseignements recueillis sur l&#8217;implantation et l&#8217;action de l&#8217;armée d&#8217;occupation. Ils étaient en quelque sorte, le deuxième bureau traditionnel de l&#8217;armée française, qui avait des missions plus étendues.</p>
<p>Ces réseaux se partageaient pour organiser trois actions essentielles : le renseignement, l&#8217;évasion et l&#8217;action.</p>
<p>Ils disposaient de moyens importants : émetteurs-radios, liaisons par avions, par navires ou sous-marins. Par ailleurs, la presse clandestine fit son apparition dès 1940.</p>
<p>La Gestapo et la Milice étaient des polices, respectivement allemande et française, qui fonctionnaient en raison des nombreuses lettres anonymes que certains Français leur envoyaient. Leur tâche principale fut de lutter contre les résistants.</p>
<p>Ceux-ci, arrêtés, étaient torturés, envoyés en prison, ou même, déportés à partir de 1942. Madame Héron évoqua auprès de nous les atroces supplices qu&#8217;ils subirent.</p>
<p>Sa mémoire garde le vif souvenir d&#8217;un homme : son propre beau-frère. Chirurgien, il avait une clinique, rue des Jacobins à Caen. Arrêté, il fut déporté à Auschwitz. Sa clinique fut réquisitionnée par la Gestapo qui y établit ses bureaux et le lieu de ses supplices : « On utilisait là, par exemple le supplice de la baignoire : on plongeait la personne sous l&#8217;eau jusqu&#8217;à ce qu&#8217;elle manque d&#8217;air, puis on lui demandait des renseignements sur son réseau. Certains sont morts noyés car ils n&#8217;ont pas voulu dénoncer leurs camarades. D&#8217;autres tortures, encore plus humiliantes, étaient aussi pratiquées. Il n&#8217;y avait en définitive que deux conclusions possibles : soit la personne arrêtée parlait, soit elle était tuée ou envoyée en camp de concentration.</p>
<p>Bien sûr, nous étions considérés par les Allemands comme des espions, je reconnais que nous étions des hors-la-loi.</p>
<p>Mais, c&#8217;était inadmissible d&#8217;utiliser la torture, la torture la plus avilissante pour nous faire parler. La devise du nazisme était l&#8217;esclavage de l&#8217;ennemi et la disparition de celui-ci. Il ne faut pas retirer aujourd&#8217;hui un sentiment de vengeance de ces actions, mais il faut s&#8217;en souvenir tout comme des horreurs des camps de concentration.</p>
<p>« Mon beau-frère est mon à Auschwitz. Médecin au camp, il s&#8217;insurgea contre le traitement de ses malades : ils étaient en effet régulièrement battus&#8230; Les nazis le punirent d&#8217;atroce façon : il dut monter et descendre un escalier en portant une lourde pierre jusqu&#8217;à épuisement. Mon beau-frère tomba, l&#8217;Allemand qui le surveillait prit alors sa charge et lui fracassa la tête avec la pierre. Comme il n&#8217;était pas encore mort, on l&#8217;enterra debout et l&#8217;on fit passer un rouleau sur sa tête ! ».. Hitler, ajouta-t-elle, était l&#8217;incarnation totale du mal. La réalité de cette époque dépasse tout ce que l&#8217;on peut dire aujourd&#8217;hui. »</p>
<p>Après la guerre, Madame Héron a exercé la fonction de Consul de France notamment en Pologne. Dans ce pays se trouvaient la plupart des camps de concentration. Dans ces camps, les juifs étaient entassés la nuit sur des planches, ils étaient habillés de loques, leurs cheveux étaient rasés. Le matin, les gardiens les réveillaient en les arrosant d&#8217;eau froide même lorsqu&#8217;il faisait moins quarante degrés, en hiver. L&#8217;appel se faisait à cinq ou six heures du matin, les prisonniers se tenaient en ligne près des barbelés électrifiés. Parfois certaines personnes tombaient d&#8217;épuisement, d&#8217;autres préféraient se suicider en se jetant sur les barbelés. Mais souvent, il arrivait que les autres prisonniers gardent ces morts debout pour recevoir leurs portions de nourriture&#8230;</p>
<p>Nommée officier de rapatriement à la fin de la guerre, Mme Héron se souvient de sa rencontre avec un jeune juif auquel on avait remonté les bras à l&#8217;envers&#8230;</p>
<p>Les fours crématoires pourtant nombreux et qui fonctionnaient sans arrêt, étaient insuffisants. Aussi les morts s&#8217;entassaient sur plusieurs mètres de hauteur devant les baraquements. Mais, il y avait pire : à Meizenek, la chaleur dégagée par les fours crématoires servait à chauffer la salle de bain du chef de camp !&#8230;</p>
<p>Madame Héron était à la fin de la guerre à la Sécurité Militaire au rapatriement des déportés féminines de Ravensbruck à Annemasse. Elle accueillit ces femmes qui étaient encore habillées de robes à rayures, avec aux pieds des morceaux de bois tenus par des ficelles&#8230; Sur leur tête complètement rasée apparaissait une double raie qui avait été établie pour mieux les repérer en cas de fuite&#8230; « Elles sentaient le cadavre » ajouta Madame Héron&#8230; « Plus on est cruel, plus on cherche à être cruel ; c&#8217;était la cruauté la plus infernale, c&#8217;était terrible. Si vous trouvez que ce n&#8217;est pas un acte de sadisme&#8230; Ces tortures pour extirper les dénonciations atteignaient à la dignité de l&#8217;Homme. C&#8217;était une course infernale vers l&#8217;extermination, juifs et aryens confondus.</p>
<p>« Mais le pire c&#8217;est que tout était programmé. Les Nazis savaient que s&#8217;ils vous donnaient tant et tant de nourriture à manger, vous alliez mettre tant et tant de jours à mourir. Ce n&#8217;était pas une guerre loyale, c&#8217;était une infernale saleté, quelque chose d&#8217;immonde ! Tout semblait normal, on pouvait tout se permettre. Celui qui tuait le plus, c&#8217;était le vainqueur. C&#8217;est l&#8217;homme qui a fait tout cela ! On n&#8217;a pas le droit de massacrer les hommes, on n&#8217;a pas le droit à une cruauté aussi sauvage. C&#8217;était le mal pour le mal&#8230; Je ne veux plus trop y penser, mais de toutes ces atrocités il faut tirer une philosophie :</p>
<p>Si les hommes pouvaient comprendre que le bonheur est simple, proche et facile et que seule la tolérance et la compréhension en sont les principaux éléments» !</p>
<p>Après la guerre, Madame Héron a connu des gens qui ont été torturés par la Gestapo. Mais ces personnes ont une certaine pudeur à révéler ce qu&#8217;elles ont subi. Leurs supplices étaient tellement avilissants qu&#8217;elles ne diront pas certaines choses&#8230;</p>
<p>Chanceuse, Madame Héron n&#8217;a jamais été arrêtée. Mais alors que, jeune comédienne, elle participait à une représentation du Jeu de l&#8217;amour et du hasard de Marivaux, elle apprit qu&#8217;elle allait être incarcérée. Elle dut s&#8217;enfuir et ce fut pour elle le début d&#8217;une longue pérégrination. Désormais, elle ne resta jamais pendant plus de vingt-quatre heures au même endroit, et dut même une fois adopter pour cachette un asile de fous&#8230; Malgré cela, elle put et voulut poursuivre l&#8217;accomplissement des missions qu&#8217;on lui confiait.</p>
<p><em>Avez-vous déjà pensé que la Résistance serait vaincue par la Milice et la Gestapo ?</em></p>
<p>« Il était temps que les Américains débarquent. Nous étions de plus en plus attaqués, les réseaux étaient infiltrés par des Allemands aidés de collaborateurs français.</p>
<p>La milice de Pétain était constituée en général déjeunes gens volontaires, souvent « anarchistes ». Ils étaient attirés à cause de la politique ou par l&#8217;appât du gain.</p>
<p>Brière, chef français de la Gestapo pour la région de Caen, aurait, selon Madame Héron, abattu froidement dans la rue et sans motif véritable, une cinquantaine de personnes. Il causa de nombreuses difficultés au réseau, à tel point qu&#8217;on jugea indispensable de l&#8217;exécuter.</p>
<p>Le réseau Arc en ciel de Madame Héron a d&#8217;abord demandé l&#8217;autorisation à Londres de l&#8217;éliminer. Puis Jean Héron, son mari et deux autres camarades sont passés à l&#8217;action le 15 mai 1944.— « Malheureusement, cet attentat ne passa pas inaperçu, et il y eut de graves répercussions sur notre réseau ». En effet, le jour du Débarquement allié, le 6 juin 1944, à la prison de Caen, près de quatre-vingt-dix-sept personnes furent tuées, dix-huit résistants sur les quarante que comportait le réseau furent fusillés les uns après les autres. Parmi eux, le propre père de Madame Héron. Deux résistants de ce groupe eurent miraculeusement la vie sauve :</p>
<p>le nom du premier fut mal prononcé par les Allemands et il ne sortit pas de sa cellule, le deuxième qui était un enfant de treize ans fut épargné. La propre mère de Madame Héron fut emprisonnée elle aussi. Dans la grande confusion qui régnait lors du Débarquement, par manque de temps peut-être, elle fut relâchée comme la plupart de ses camarades. Fuyant les bombardements et les Allemands, elles se réfugièrent quarante jours dans les champignonnières de Fleury-sur-Ome. Sur les quatre-vingt-dix-sept personnes tuées à la prison de Caen, aucun corps n&#8217;a jamais été retrouvé à ce jour.</p>
<p>Ce n&#8217;est qu&#8217;après le Débarquement, et avec les Américains, que Madame Héron regagna Caen. A la prison, seul et ultime souvenir de son père, un pardessus taché de sang&#8230;</p>
<p>Pensez-vous qu&#8217;une situation semblable à celle que vous avez connue pourrait se reproduire à l&#8217;avenir ?</p>
<p>« Aujourd&#8217;hui, je pense que l&#8217;Eurone unifiée est une garantie pour la démocratie. Mais le danger vient de la dissolution de l&#8217;URSS et de la perspective persistante d&#8217;un gouvernement islamiste en Algérie.</p>
<p><em>Croyez-vous que les jeunes, aujourd&#8217;hui, résisteraient comme vous l&#8217;avez fait ?</em></p>
<p>—Oui, je crois à la jeunesse. Elle a besoin de faire quelque chose, de défendre des idées. »</p>
<p><em>Cette expérience vous a-t-elle rendue plus tolérante ?</em></p>
<p>« Cette expérience m&#8217;a donné le sens des vraies valeurs. J&#8217;ai connu de vrais patriotes : j&#8217;ai vu que l&#8217;homme était capable de donner sa vie contre la liberté de son pays. C&#8217;était un choix de devenir&#8217; résistant, chacun savait ce qui 1&#8242; attendait. Il n&#8217;y avait alors plus de différence de classe sociale entre les résistants&#8230; La tolérance, c&#8217;est que chacun a le droit d&#8217;être ce qu&#8217;il est, pourvu qu&#8217;il ne nuise pas à son prochain »</p>
<p>Madame Héron a reçu comme récompenses pour son courage : la croix de guerre avec citation, la médaille de la Résistance, la croix nationale du mérite, la croix de guerre polonaise.</p>
<p>Nous nous sommes séparées de Madame Héron après un repas pris en commun. Nous étions tous à la fois émus et enthousiasmés par ces rencontres. Nous avions pu discuter avec des gens exceptionnels qui avaient affronté des situations difficiles avec un courage remarquable. Ces personnes avaient une expérience de la vie qu&#8217;elles ont su faire partager. J&#8217;ai entendu plusieurs élèves s&#8217;exclamer que ces entrevues resteraient à jamais gravées dans leur mémoire.</p>
<p>Ce séjour à Caen m&#8217;a donné un nouvel intérêt pour cette période de l&#8217;Histoire,</p>
<p>une meilleure compréhension de 1a guerre, et un regard neuf sur le monde actuel.</p>
<p>L&#8217;humanité en a-t-elle tiré des leçons ?</p>
<p>Combien de temps l&#8217;Europe se rappellera-t-elle de ces horreurs, et dira-t-elle : Plus jamais ça ! Dans le monde, des guerres persistent  toujours : Non loin de nous enYougoslavie ; en Azerbaïdjan&#8230;  E ceci depuis le commencement de l&#8217;humanité&#8230;</p>
<p>Y aura-t-il un jour un espoir de paix durable et de tolérance sincère entre le hommes ?&#8230;</p>
<p>Propos recueillis et mis en forme par A B, 14 ans</p>
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