Mar 14 2018

Deux valeureuses : Mmes Michelle Agniel et Odile de Vasselot

Le 9 mars 2018 une rencontre exceptionnelle a eu lieu au collège Sainte Apolline de Courdimanche dans le cadre de la préparation au concours national de la Résistance et de la Déportation.

« Le temps qui passe, juge M. Couriol, professeur à l’origine de cette rencontre, secrétaire général  du Centre d’Etudes René-Nodot, renforce l’utilité du travail d’histoire et de mémoire. La période de la Résistance est peuplée de Français qui, comme ces deux dames, face à l’adversité ont fait preuve d’un courage hors du commun qui au final transforme une vie en un destin. Il est difficile de parler de leur sacrifice, sans s’interroger sur ce que nous aurions fait à leur place… Mais leurs exemples donnent aux générations actuelles le courage d’affronter les difficultés de la vie d’aujourd’hui ».

 

Michèle Agniel. ( à gauche)

Michèle Agniel a nous a donné certaines précisions sur son enfance et son entrée dans la Résistance : « Mes parents étaient des patriotes d’origine étrangère. Ma mère avait fait des études en Angleterre et mon père, d’origine hollandaise, parlait anglais. Ils étaient de droite, anti-bolcheviques et ils avaient peur du nazisme…
Je suis née à Paris en 1926, j’ai donc 10 ans en 1936. J’ai été élevée dans le respect de l’autre, je n’ai jamais su ce qu’était l’intolérance… En mai 1940, la ligne Maginot ne nous ayant pas protégés, mon père nous envoie près de Pornic, où il nous rejoint le 11 juin. Le 17 juin, des amis entendent le discours de Pétain. Mon père qui avait fait Verdun, se sent trahi par le vieux maréchal. Nous rentrons à Paris.
À 14 ans, au lycée de Vincennes (Hélène Boucher), je mets des V et des croix de Lorraine, je m’assoie sur le trottoir pour gêner les Allemands. Le lycée était sévère, occupé en partie par des Allemands. Les élèves s’amusaient à faire tomber leurs cartables pour les déranger. Une professeure d’Amiens, rencontrée à Fort Mahon, disait qu’il fallait faire quelque chose. Sa mère était intendante dans un lycée de jeunes filles à Versailles. Une énorme enveloppe pleine de tracts signés de Versailles, nous parvient avec la consigne : « Reproduisez- les et distribuez-les ». Tout le monde s’y met, en famille, même mon frère de 9 ans. Nous recopions des tracts que nous postions partout dans Paris. Le problème, c’était d’aller chercher les enveloppes dans un lycée de jeunes filles. J’avais 14 ans. J’allais à Versailles, les tracts étaient dans mon cartable. Puis nous avons fait un petit journal, Résistance.
Intégrée dans un réseau de Résistance- le Réseau Bourgogne-, Mme Agniel participa avec sa famille au sauvetage des aviateurs anglo-américains dont beaucoup furent cachés chez elle. Certains sont même restés 6 mois. Il fallait les nourrir, les habiller, aller les chercher là où ils avaient été parachutés, leur fabriquer de fausses cartes d’identité…
Hélas, le 28 avril 1943, des miliciens et Feldgendarmen étaient dans la maison. Dénoncés, elle et sa famille ( à l’exception de son petit frère de 12 ans) sont arrêtés avec les deux aviateurs présents ce jour-là..
« Nous sommes interrogés, précise-t-elle, pendant 5 heures par des miliciens. Les deux aviateurs anglais sont sortis dans un état épouvantable. Avec mon père et ma mère, nous sommes conduits au siège de la Gestapo, rue des Saussaies à Paris, à attendre dans une cellule, puis à Fresnes où nous avons vu mon père pour la dernière fois … »
Michèle Moët fut déportée à Ravensbrück, le 21 août 1944. Elle échappa à la Marche à la mort lors de l’évacuation du camp qui fut finalement libéré par les Soviétiques. « Je suis revenue le jour de mes 19 ans, avec ma mère, à Paris, le 11 juin 1945. » Son père, lui, n’est jamais revenu des camps de la mort… Il est mort à Buchenwald le 6 Mars 1945.
Après-guerre, Michèle Moët épousera M. Agniel. La ville de Saint-Mandé a eu l’honneur il y a peu d’inaugurer une plaque commémorative au 22 rue Sacrot en hommage au courage et au sacrifice de la famille Moët durant la Seconde Guerre mondiale :  » Après avoir accueilli ici de nombreux aviateurs alliés en 1943 et 1944, la famille Moët a été arrêtée par la milice et remise à la Gestapo le 28 avril 1944, puis déportée… »

 

Odile de Vasselot

Odile de Vasselot est née en 1922 au sein d’une famille d’officiers depuis plusieurs générations. Son père était officier supérieur à Metz, du temps où un certain colonel de Gaulle commandait les chars et où leurs familles se croisaient dans les salons de la garnison. Après l’exode, réfugiée en province, dans le Poitou, elle assiste incrédule aux dialogues de ses deux grands-pères, l’un plutôt maréchaliste et l’autre plutôt gaulliste. Ce dernier connaissait de Gaulle et l’estimait être un des rares officiers supérieurs de l’armée français à avoir un jugement clairvoyant sur l’état de l’armée française. Odile écouta par hasard l’appel du 18 juin 1940, toute surprise de reconnaître une voix qu’elle connaissait. De retour à Paris, elle n’a qu’une idée : « faire quelque chose contre l’occupant». A l’insu de ses parents, du moins au début, elle sert d’agent de liaison au service de renseignement « Zéro », prenant le train chaque fin de semaine, elle est chargée de remettre courriers et documents à « une boîte aux lettres » à Toulouse, avec en toile de fond la menace sans cesse présente d’une arrestation par la Gestapo.
Un jour, son « contact » toulousain est arrêté ; il y a trop de danger à continuer…
Décidée de poursuivre dans la Résistance, au début de l’année 1944, elle rejoignit « le réseau Comète ».
La ligne d’évasion Comète est née de l’initiative d’une jeune infirmière belge, Andrée De Jongh dite « Dédée », désireuse de faire évader les militaires, blessés et prisonniers, qu’elle soignait à l’hôpital. Peu à peu, la ligne s’est transformée en un vaste réseau qui s’étendait des Pays-Bas jusqu’à Gibraltar, responsable de l’évasion des aviateurs alliés.
« Nous devions convoyer, affirme Mme de Vasselot, c’est à dire accompagner ces aviateurs durant leur voyage en train, depuis le lieu où ils étaient hébergés, en Hollande, en Belgique ou dans le Nord de la France, jusqu’à Dax ou dans une autre ville du Sud-ouest. Pour le retour des aviateurs en Angleterre, le réseau Comète avait opté pour l’itinéraire suivant : leur faire traverser la France en train du nord au sud, puis leur faire franchir les Pyrénées à pied avec un guide. L’Espagne n’était-elle pas neutre ? Il y avait donc encore un Ambassadeur du Royaume Uni à Madrid et des missions diplomatiques dans toutes les grandes villes. Nous leur remettions donc nos « boys » qu’ils faisaient entrer dans le territoire de Gibraltar : base anglaise. Ce n’était pas le chemin le plus court, certes, mais cela paraissait plus simple que de recourir aux sous-marins alliés qui croisaient au large de la Bretagne.
Il fallait bien sûr, accompagner les « boys » tout le long de ce voyage, depuis leur point de chute jusqu’à San Sébastien. C’était le rôle des convoyeurs. J’étais moi-même ce que l’on appelait une « convoyeuse » et comme toutes les « convoyeuses ou convoyeurs » nous ne nous connaissions pas. Nous ne connaissions en fait que la personne qui nous confiait la mission et la personne à qui nous devions remettre le pilote. Par prudence comme tous les réseaux nous étions comme nous le disions très « cloisonnés ». Ces longs voyages ne se faisaient par étapes. Par exemple pour franchir la frontière franco-belge, nous ne prenions jamais de train direct mais successivement les trains omnibus, des cars et parfois les étapes se faisaient à pieds, souvent la nuit. A la frontière « un passeur » nous faisait traverser la frontière par des chemins de contrebande et arrivé en France, nous rejoignions Lille, de nouveau par car avant de prendre le train pour Paris. A cette époque les trains étaient bondés et le voyage durait des heures, debout dans des wagons très peu chauffés et il fallait être très attentif à la sécurité des pilotes dont nous avions la charge. Les moments les plus dangereux à la fois pour nous et pour eux étaient l’arrivée gare du Nord à Paris d’autant que ces hommes souvent très grands avaient des allures plus militaires que civiles et des habitudes de démarche très décontractée mains dans les poches qui surprenaient par rapport à la foule parisienne que nous croisions. Arrivée à Paris, je conduisais par le métro les aviateurs dans une cache, une planque disait-on, près du parc Monceau où ils allaient rester quelques jours avant d’être pris en charge par une autre équipe qui allait les conduire vers la frontière espagnole où ils passeraient vers Gibraltar pour reprendre ensuite le combat… »
Evoquant Andrée De Jongh, Odile de Vasselot raconte qu’après la guerre « Quand tous ces hommes sauvés voulurent la remercier, Andrée De Jongh aurait répondu: « Ne me remerciez pas, car moi j’ai eu la chance de faire la guerre sans jamais tuer personne…». Odile de Vasselot pourrait à coup sûr fait la même réponse.
Après la guerre, devenue professeur d’histoire-géo, elle a fondé et dirigé le lycée Sainte-Marie à Abidjan.
Elle a écrit ses souvenirs dans un ouvrage plein d’anecdotes passionnantes: « Tombés du ciel », éditions du Félin, 2008.

 

Autre article sur Odile de Vasselot :

Yves Guéna et Odile de Vasselot témoignent.

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