juin 09 2010
Concours 2010 : premier prix lycées.
Devoir du Lauréat :
Le 18 juin 1940, la France est en plein chaos. La blitzkrieg allemande a fait des ravages et la bataille de France est déjà perdue. Paris est tombée le 16 juin, le gouvernement bat en retraite à Bordeaux alors que huit millions se retrouvent sur les routes de l’exode fuyant l’avancée allemande. Dans ces conditions, Pétain, le sauveur de la guerre de 1914, est rappelé à la tête du gouvernement. Dans son premier discours du 16 juin 1940 , il montre sa volonté de paix avec l’Allemagne. Pour Charles de Gaulle, général inconnu du grand public, cela est impossible. Il écrira d’ailleurs dans ses mémoires, bien des années plus tard : « je m’apparaissais à moi-même seul et démuni de tout, comme un homme au bord d’un océan qu’il prétendrait traverser à la nage. ». En réponse à Pétain, il lance le 18 juin 1940, à la BBC de Londres, son appel, véritable ode à la liberté et au patriotisme français.
Mais quelles furent les conséquences de cet appel, à courts et moyens termes dans la lutte face au nazisme ? Nous tenterons de répondre à cette problématique en abordant l’espoir d’un nouvel héros, dans un premier temps avant d’analyser l’ouverture à la résistance créé par cet appel, pour enfin mettre en avant la participation à la victoire des forces françaises libres.
Si les français ont repris un peu de courage à la suite de l’appel du 18 juin, il est évident la rapidité et la violence de la défaite avaient fait énormément de mal au moral des français. La France si courageuse de 1914 à 1918, a été dépassée par le blitzkrieg et les panzers allemands, la faute à un état-major vieillissant, resté dans la logique militaire de 1914. Paul Reynaud, alors à la tête du gouvernement français, est désireux de poursuivre la lutte mais il n’est pas soutenu et doit démissionner. Le maréchal Pétain, à 84 ans est rappelé en sauveur. A sa prise de fonction, il rédige un discours, le 16 juin 1940 dans lequel il ouvre la voie à la collaboration.
Pour Charles de Gaulle, cela est insupportable. Accompagné de son aide de camp, il s’envole pour l’Angleterre le 17 juin. Appuyé par Sir Winston Churchill, premier ministre britannique, il accède aux ondes et délivre l’appel du 18 juin à la BBC de Londres. Il s’oppose en tout point au discours de Pétain et marque sa volonté de poursuivre sa lutte. Cet appel sera très peu entendu, mais énormément relayé. Tout d’abord par un second discours le 22 juin, plus véhément encore que le premier. La diffusion de l’affiche ; « à tous les français » sur tous les murs britanniques, véhicule les idées de la Résistance et celles du général de Gaulle. Le premier effet de cet appel est bien sûr l’arrivée d’un nouvel espoir. Dans les rangs français, une nouvelle motivation est née. Partout, des hommes et des femmes de tous milieux socials rejoignent de Gaulle en Angleterre. La volonté de se battre chasse la surprise de la défaite. Une nouvelle confiance, une nouvelle affection emmergent pour ce général encore inconnu du grand public quelques jours avant cet appel. La flamme de la résistance est née. Comme le disait de Gaulle : « elle ne s’éteindra pas ». Les forces Françaises Libres ( FFL) s’opposent au gouvernement collaborateur de Vichy. Partout un sentiment subsiste : si la Bataille de France est perdue, la guerre, elle, ne fait que commencer…
La confiance redonnée aux français ouvre la voie royale à la résistance. La France peut s’appuyer sur le courage du Royaume-Uni, sur son extraordinaire empire colonial et sur la puissance industrielle des USA. Partout, des actes de résistance commencent à frapper l’armée allemande. Les premiers sabottages ont lieu. Sur la côte ouest Française, une petite île de 600 habitants ont entendu l’appel de De Gaulle. Tous les hommes du village, dont le plus jeune a douze ans et le plus vieux 64 ans, décident de rejoindre le Général en Angleterre. En tout, environ 53000 hommes et femmes rejoindront De Gaulle, à 96 % des hommes. La moyenne d’âge est très jeune : environ 22 ans. 80 % sont célibataires, et 90 % de ces résistants n’ont pas d’enfants. D’autres appels, comme celui du Général Cochet par exemple, feront écho à celui de De Gaulle. Une partie des Français sort de l’immobilisme et entre dans la lutte contre le nazisme.
Dans les colonies, on se révolte face à la décision de Pétain. Elles seront le fer de lance des FFL. Au Tchad, au Soudan, au Cameroun, on se soulève et on refuse de suivre le gouvernement de Vichy. En Inde , de nombreux hommes se portent volontaires. L’empire colonial anglais est lui aussi très mobilisé. Comme de Gaulle, visionnaire, l’annonçait : la guerre « n’est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre est une guerre mondiale ». C’est sans doute ici, en Afrique du Nord et en Afrique équatoriale, que les allemands et les italiens ont perdu la guerre. La Syrie et le Liban seront libérés. Les colonies françaises affligèrent aux allemands leurs premières défaites, bien aidées par les Forces Françaises Libres, constituées de soldats ayant fuis vers l’Angleterre ou par le détroit de Gibraltar.
Mais le plus dur fut l’unification de la Résistance. Les colonies, les FFL, et les Forces Françaises de l’Intérieur n’aurait rien été sans une entité pour coordonner leurs actions. De Gaulle crée le Conseil National de la Résistance (CNR) et charge Jean Moulin, en mars 1942, d’unifier tout les noyaux de la Résistance française. Jean Moulin est un résistant de la première heure. Emprisonné par les allemands pour avoir refusé de signer la condamnation de soldats sénégalais accusés à tort d’avoir massacré des civils français, il s’évade et entre dans la Résistance, avant de rejoindre de Gaulle. Il réussit sa mission et unit la résistance communiste, de gauche ou de droite aux côtés de Gaulle pour montrer aux alliés que l’unanimité de la Résistance est derrière le Général dans le conflit qui l’oppose au gouvernement de Vichy. Victime d’une trahison, il sera arrêté, torturé et déporté, mais mourra sans avoir dit un mot. « Rex », comme il avait l’habitude de se surnommer dans les télégrammes qu’il envoyait à Londres, fut et restera un symbole de la résistance française. De Gaulle le qualifiait comme un »chef de mission d’un courage et d’un esprit de sacrifices exemplaires ». Enfin unie, la Résistance Française, avec l’aide des Alliés, est prête à libérer son territoire.
Les FFI et les FFL sont pour beaucoup dans la libération du sol français. Dans l’opération Overlord notamment, mais aussi dans le débarquement de Provence, avec des troupes à majorité coloniales, et dans la libération de nombreuses villes. La division blindée du général Leclerc a ainsi participé à la libération de Paris, de Strasbourg, et à la bataille d’Allemagne, jusqu’à la libération de Berlin. Les maquisards, Sénégalais, Tchadiens, Algériens, en bref, tout les soldats coloniaux, les FFI et les FFL ont grandement contribués non seulement à la libération du sol français, mais aussi à la bataille d’Allemagne.
Charles de Gaulle, dans sa volonté d’instaurer la 4ème république en France, a par ailleurs fourni beaucoup d’effort dans l’après libération. Le gouvernement légal étant le régime de Vichy collaborateur, la France aurait dût être occupée par les Américains à la libération. Mais, à la tête de chaque région libérée, De Gaulle a placé très rapidement un préfet dont les idées allaient dans la continuité de la politique des Forces Françaises Libres. Il fut ainsi reconnut par les alliers : les états-uniens, longtemps réticent devant la personnalité du général, reconnurent par Roosevelt, la légitimité et la légalité du pouvoir de Charles de Gaulle en France. Pareil côté soviétique, avec le pacte franco-soviétique en 1944. Pour le Royaume-Uni, l’histoire est différente car Churchill a toujours addressé son plus grand soutien à de Gaulle, qui lui louait une très grande reconnaissance : « naufragé de la désolation sur les rivages de l’Angleterre, qu’aurais-je pu faire sans son concours ? »
Ainsi, l’appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle fut un tournant de ce conflit majeur. Il redonna confiance aux français, galvanisa et unifia la résistance, contribuant ainsi grandement à la victoire contre le Nazisme. De Gaulle s’engagea en tant que nouveau représentant légitime français alors que le pays était dans une situation catastrophique ; il l’amena à la libération, le stabilisa et lui offrit la quatrième république. Reconnut par ses Alliés comme le représentant de la France libre, il redora le blason français malgré la défaite , unifiant et coordonnant les actions des FFL, des FFI et des forces coloniales dont le rôle a été prédominant dans l’issue de ce second conflit majeur. Nous concluerons sur Charles de Gaulle en le citant « puisque tout recommence toujours, ce que j’ai fait sera, tôt ou tard source d’ardeurs nouvelles ». Pour conclure, nous nous interrogerons sur l’après libération : comment la France a-t-elle été gérée ? les colonies, héroïques durant les combats, ont-elles reçus le traitement qu’elles méritaient ?