Archives de la catégorie '2 Les adhérents du cern 95 ont écrit'

Déc 12 2017

Lucienne Rolland nous a quitté

Lucienne Rolland (1920-2017) Décidément, cette période hivernale est bien cruelle.
A peine, Jean Anthiaume disparu, c’est au tour de notre amie Lucienne Rolland de nous quitter. Lucienne avait connu un engagement précoce dans la Résistance. Ses convictions politiques -elle était une militante communiste- ont déterminées le fondement de ses actions anti-nazies. Son amour aussi sans doute pour Jules Brugot, un ancien des brigades internationales. Finalement arrêté, le couple attendait une petite fille. Celle-ci naquit après l’exécution de son père. Lucienne disait non sans amertume: « J’ai été jugée par ce qu’on appelait le Tribunal de cour spéciale, à Paris, uniquement composé de Français. je n’oublierai pas que j’ai été arrêtée par des Français et jugée par des Français. Condamnée à cinq ans de travaux forcés, Lucienne connut l’horreur du camp de Ravensbrück et se retrouva sur les « routes de la mort ». Nous garderons de nombreux souvenirs de ses nombreuses interventions dans les établissements scolaires ici et là car Lucienne était toujours partante pour porter témoignage de ce qu’elle avait vécu et pour interpeller jeunes et moins jeunes à rester vigilants contre les réminiscences du fascisme à notre époque. Nos pensées vont ce soir vers elle et ses enfants à qui nous adressons nos condoléances sincères et attristées. En son souvenir, nous vous communiquons le témoignage qu’elle nous avait accordé et qui figure en bonne place dans « Mémoires vives Tome 1 », toujours disponible.

 

Lucienne ROLLAND

Résistante communite,   Déportée à Ravensbrück.

1920- 2017

 

Militante active du parti communiste interdit, Lucienne Rolland, résistante, connut la mise au secret dans diverses prisons avant l’enfer de Ravensbrück…

 

 Militantisme et Résistance.

 En 1940, Lucienne et ses trois frères et sœurs vivaient à St- Ouen-sur-Seine où elle naquit en 1920 et où son père était employé de banque et sa mère commerçante. A 20 ans, elle y suivait un apprentissage en haute couture.
Elle était déjà très sensibilisée aux événements de l’époque et tout d’abord à la montée du fascisme et du nazisme. Elle fut naturellement enthousiaste au moment du Front Populaire, notamment quand, à l’issue de grandes grèves, en juin 1936, les accords Matignon octroyèrent l’augmentation des salaires, les congés payés, la semaine de 40 heures. Elle décida alors d’adhérer aux Jeunesses communistes.

Après l’entrée en guerre en 1939, le Parti communiste est dissout ; la défaite et l’installation du régime de Vichy rendent la situation des communistes encore plus difficile. Par crainte des bombardements, les parents décident d’envoyer Lucienne, son frère Louis et sa sœur Yvonne, chez une amie à Gron, près de Sens, Mme Polgar. Celle-ci et quelques amis avaient commencé à se rencontrer, discuter et faire le bilan de ce qu’ils pouvaient faire. Lucienne est admise dans leur cercle. Commence alors une vie de clandestinité, dont son père connaissait tous les agissements, contrairement à sa mère qui désapprouvait une démarche trop dangereuse.

Grâce à un ami secrétaire de mairie qui lui procure une fausse carte d’identité, Lucienne devient Madeleine Guyot. Elle est assignée à la conception puis à la distribution de tracts. Action importante, qui devait permettre à d’autres personnes de se joindre à son groupe, mais action dangereuse, qui exigeait d’être toujours sur ses gardes, et qui s’accomplissait de nuit et jamais seule.

Mais un jour, à Sens, son vélo, sur lequel était transporté un paquet de tracts, fut volé par un homme qui, arrêté, la dénonça à la police locale. Lucienne dut quitter Sens pour Auxerre et changer à nouveau d’identité. Cependant, le 26 août 1941, elle fut arrêtée en même temps que son ami Jules Brugot, un militant très actif.

La prison.

 Aussitôt Lucienne subit l’interrogatoire du commissaire Bourgeois. Il essaya de l’amadouer en lui promettant la liberté si elle dénonçait des personnes figurant sur un grand registre qu’il lui montrait; ce qu’elle ne fit pas, bien sûr. Elle fut envoyée à la maison d’arrêt d’Auxerre et confinée au secret dans une cellule en attendant d’être jugée – attente de six mois – par le tribunal d’une cour spéciale créée pour juger politiques et syndicalistes. Dans cette affaire, treize personnes furent concernées.

Bientôt, Lucienne se rend compte qu’elle est enceinte, ce qu’elle réussit à faire savoir à son ami Jules qu’elle n’a pas pu revoir ; mais hélas le 13 janvier 1942, celui-ci est désigné comme otage pour le meurtre d’un Allemand à Dijon, puis fusillé.
Alors qu’elle est enceinte de six mois, Lucienne est transférée à Paris à la prison de la Petite Roquette ; elle n’est plus isolée, mais se retrouve avec d’autres politiques, et aussi des prisonniers de droit commun. Elles sont surveillées par une religieuse fort sympathique, sœur Joséphina. Elles organisent leur vie en faisant des lectures à haute voix, en disant des poèmes ; elles protestent aussi contre la mauvaise nourriture. Gare à celles qu’elles considèrent comme des traîtres et qu’elles mettent à l’index.

En mars 1942, Lucienne est conduite au Palais de Justice de Paris pour y être jugée. Elle refuse l’aide d’un avocat comme le lui proposait son père, arguant qu’étant prisonnière politique cela ne servirait à rien ; on lui en donne un d’office, qui ne peut empêcher qu’elle soit condamnée à une lourde peine malgré son état: cinq ans de travaux forcés pour reconstitution de ligues dissoutes. Elle refuse d’aller à la prison de Fresnes où il y a une maternité pour ne pas se séparer de ses copines, avec qui elle est transférée à Rennes.

A Rennes, il n’y a pas de cellules ; la vie se déroule dans un grand hall, qui fut l’atelier de confection de la prison avant la guerre. Comme à la Petite Roquette, les détenues font des séances de lecture et même d’alphabétisation ; elles n’hésitent pas non plus à se révolter devant l’attitude machiavélique d’une surveillante. Par exemple : elles n’avaient pas le droit de porter des vêtements civils ; or, l’une d’elles reçut une jupe que la surveillante découvrit et déchira aussitôt : cela provoqua une révolte.

Quand les premières douleurs arrivèrent, Lucienne n’avait jamais  consulté de médecin. Elle est conduite de nuit à la maternité Pontchaillou alors réservée aux prostituées et aux détenues.
En arrivant, une infirmière lui propose des vêtements plus « corrects » mais Lucienne refuse de changer ses vêtements de prisonnière politique, statut que le personnel ignore : elle ne veut jamais plier ou se renier. Le 13 mai 1942, la naissance se passe bien. Juliette est une belle petite fille, mais elle pousse mal ; c’est pourquoi Lucienne réussit à rester trois semaines au lieu des douze jours prévus, ce qui permet au bébé et la maman de se requinquer un peu. De retour à la prison, Lucienne et Juliette se retrouvent au quartier des nourrices ; il y a sept mamans et leurs bébés dont l’une, Line, deviendra sa sœur de déportation, avec son fils, « le p’tit Jo », d’un an plus âgé que Juliette. Ce quartier était dirigé par deux « droit commun », condamnées comme criminelles, You-You et Mélie. Cela donnait le frisson de confier ces petits à cette sorte de femmes ; en fait celles-ci se prirent d’affection pour les bébés et firent tout ce qu’elles purent pour leur rendre la vie la plus douce possible. Ainsi deux ans passent, un projet d’évasion n’a pas le temps de se réaliser, car un beau jour le directeur de la prison leur dit de préparer leurs affaires et de prévenir leurs parents de venir chercher les petits. On n’arrive pas à joindre les grands-parents, le temps est trop court, alors Lucienne et Line, encore naïves, décident d’emmener leurs enfants. Elles en sont dissuadées par les surveillantes, qui promettent de s’en occuper. C’est donc la mort dans l’âme que Lucienne et son amie, profitant du sommeil des enfants, partent « en chantant une pauvre Marseillaise noyée dans les larmes » pour « crâner » devant les gardiens. Dans la cour où étaient installées des tables avec des registres, elles signent leur levée d’écrou et sont remises aux autorités allemandes.

La déportation.

 Le 25 mai 1944, elles sont embarquées dans des camions allemands vers le centre de triage de Romainville et elles y ont le premier contact avec l’administration allemande. Un jour, Lucienne voit arriver dans la cour du camp un convoi, dans lequel elle reconnaît sa sœur Yvonne qui, elle, avait rejoint le groupe de résistants des Auberges de la Jeunesse et venait d’être arrêtée. Quelle joie et surtout quel ballon d’oxygène quand celle-ci lui apprend que Juliette est en sécurité chez leurs parents ! Elle n’en savait rien (c’était pourtant l’exacte vérité), et Lucienne est rassurée.
Puis c’est le départ pour l’Allemagne en wagon à bestiaux. Le premier arrêt est à Sarrebrück où, avec ses camarades, elle fait à  nouveau, acte de résistance. En effet arrive un gardien avec un paquet de vêtements usagés et dégoûtants qu’il leur ordonne de découdre, ce qu’elles refusent de faire en raison de leur saleté. Mais le chef du camp leur dit qu’en tant que prisonnières politiques, elles ne sont pas protégées par la convention de Genève et qu’il a tous les droits sur elles.

De là, elles partent à nouveau pour une longue semaine pénible, en wagon à bestiaux, jour et nuit, pour le camp de Ravensbrück où elles sont mises en quarantaine, pour déterminer si elles sont aptes ou non au travail. C’est ainsi que Lucienne est envoyée près de Leipzig dans le commando des usines de guerre Hasag (vaste complexe métallurgique sur 32 km). Elle est affectée à la galvanoplastie des obus. Des douilles de fer devaient tourner successivement dans trois bacs chimiques pour être cuivrées, puis être contrôlées sous la surveillance d’une SS, l’Offizierin. Au bout de trois jours, le groupe des Françaises s’oppose déjà en refusant une prime de rendement proposée par la direction ; d’autre part, comme les détenues ne donnaient pas le bon rythme à la roue, les obus présentaient des défauts et étaient inutilisables : c’était du sabotage, une autre action de résistance qui, une fois, aurait pu tourner mal sans l’initiative d’un homme de la chaîne, un Russe semble-t-il, qui les sauva.

Dans les baraquements où les détenues dormaient entassées sur des châlits à étages, les conditions d’hygiène et de nourriture étaient épouvantables. A Sarrebrück, c’était une soupe d’herbes, à Ravensbrück, une soupe de légumes déshydratés, et pas toujours équitable, puisque la fille qui puisait dans le bouteillon versait à certaines le dessus liquide et à d’autres  le fond plus consistant ; à cela s’ajoutait un bout de pain avec parfois de la margarine ou de la marmelade le soir ; le matin, une eau noirâtre servait de café. Les journées de travail : 12 heures de jour ou de nuit étaient encadrées par une heure d’appel. En coupant ces appels par une minute de silence, les détenues cherchaient à énerver les SS.

Malgré tout, c’est dans ces conditions de vie inhumaine que Lucienne a connu ses meilleurs moments de solidarité morale. Par exemple, en prélevant une petite portion de leur maigre ration, les détenues apportaient un petit supplément de nourriture aux amies malades qui étaient à l’infirmerie, tentant de les sauver. Et elles essayaient de se soutenir dans les pires moments pour ne pas sombrer dans le désespoir. Lucienne, en dernier ressort, pensait à sa fille.

Elles étaient coupées du monde extérieur. Néanmoins, elles réussissaient à avoir parfois des bribes d’informations par les filles qui allaient aux cuisines chercher les bouteillons de nourriture, ou par celles qui faisaient le ménage des bureaux ou encore par les nouvelles arrivantes. Elles apprirent ainsi que les troupes de libération encerclaient l’Allemagne.

La libération.

 Un jour de mai 1945, les SS ouvrirent le camp et les firent toutes sortir puis marcher par groupes de cinq, sans arrêt possible, sans rien à boire ni à manger, et cela dura pendant dix jours, dans un rayon de 15 km. C’était atroce ; pour beaucoup ce fut vraiment
« la marche de la mort ». C’était par chance la période du colza, certaines purent donc en dérober des tiges, les sucer ou même manger de l’herbe. Usant de leurs dernières forces, Lucienne et ses quatre compagnes décidèrent de quitter la colonne et de s’évader ; mais cette première tentative échoua. Alors, il fallut ruser ; revenues dans le rang, elles ralentirent, se laissèrent dépasser pour se retrouver au dernier rang et, la nuit venue, elles se jetèrent dans le bas-côté de la route où elles restèrent cachées jusqu’au lendemain matin. Lucienne regrettait de ne pas avoir pu persuader sa sœur, déportée aussi à Ravensbrück, d’en faire autant. Au petit jour, elles virent au loin un camp de prisonniers, s’approchèrent et purent parler à deux prisonniers qui faisaient leurs courses. Ils leur donnèrent de la nourriture et des habits pour se changer. Elles continuèrent à marcher avec eux dans des conditions moins pénibles pendant deux à trois jours, jusqu’à ce que tous tombent sur des Américains qui distribuaient du chewing-gum sur la place d’un village du Mecklembourg au cœur de l’Allemagne. Tous apprirent ainsi leur libération.

 Le retour

 Avec ses camarades, Lucienne rejoignit un camp de rapatriement d’où elles repartirent vers la France dans les mêmes wagons de galère qu’à l’aller : dix jours de voyage, dix jours de souffrance aussi, durant lesquels beaucoup moururent encore, soit de faiblesse, soit de dysenterie pour avoir trop mangé d’un coup après des mois de dénutrition.

A Paris, Lucienne, comme les autres, est dirigée vers l’Hôtel Lutetia, où on les désinfecte, avant que des militaires ne leur fassent subir un interrogatoire sur les raisons et les conditions de leur déportation.

Après cette ultime épreuve, elle retrouve enfin le cocon familial : ses parents, sa petite Juliette, à qui chaque jour, son grand-père parlait de sa maman. C’est une chance que n’ont pas eue beaucoup d’anciens déportés qui ont trouvé à leur retour un climat d’incompréhension rendant plus difficile leur réadaptation à la vie normale.

Lucienne est l’une des premières adhérentes du CERN95, et tant qu’elle a eu toutes ses forces, elle a multiplié les témoignages et interventions.

 

Pas de réponse

Nov 19 2016

Monument aux étudiants morts pour la patrie, au jardin du Luxembourg à Paris.

hommage-aux-etudiants-resistants

 

 

 

Situé dans les jardins du Luxembourg, ce mémorial rend hommage aux étudiants résistants. Pour ce monument, réalisé grâce à une souscription nationale, l’artiste s’est inspiré du chant des Partisans « Ami, si tu tombes, un ami sort de l’ombre à ta place ». Le monument se présente comme le symbole du sacrifice de la jeunesse.

Il a été inauguré le 29 avril 1956.

Gaston Clotaire Watkin (Toulouse, 1916), sculpteur français

Élève d’Aimé Blaise à l’école des Beaux-Arts de Lille, puis celui de Paul Landowski et Marcel Gaumont à l’École des Beaux-Arts de Paris. Il reçoit le Prix de Rome de sculpture en 1951. Son travail multiple fait appel à de nombreuses techniques.
Enseignant à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris, il est aussi actif dans le milieu artistique parisien, notamment dans le cadre du Salon d’automne. Il est l’auteur de nombreux monuments à travers la France dont le monument aux étudiants morts pour la patrie, au jardin du Luxembourg à Paris. Il est représenté au musée des Beaux-Arts de Lille par une sculpture en pierre intitulée « la Séve ».

Suite le l’article de fr.wikipedia.org

  1. : 3,75. L. : 1,95.  Bronze    Inv. : 91-01354

envoyé par François Carcassonne.

Pas de réponse

Nov 17 2016

Le train fantôme.

train-fantome

 

 

 

 

photographie : François Carcassonne
de Bordeaux

Pas de réponse

Fév 28 2015

Madame Frania Haverland au collège d’Argenteuil

Lundi 9 février, le collège Paul Vaillant-Couturier d’Argenteuil accueillait notre amie Frania Eisenbach Haverland pour une rencontre d’un nouveau genre : à partir de 17 heures, les parents d’élèves, les enseignants et les élèves étaient conviés pour cet échange exceptionnel.

Plus de 100 personnes sont venues écouter Frania qui, trois heures durant, a su leur faire partager la terrible épreuve dont elle a été une des très nombreuses victimes. Après avoir rappelé en quelques mots son enfance et la chance de vivre dans une famille de musiciens polonais (son père était chef d’orchestre et sa mère pianiste), elle s’est attachée à montrer comment l’invasion allemande de la Pologne, le 1 septembre 1939, a fait basculer son existence : après la douce quiétude d’une petite ville du sud de la Pologne, la nécessité de se cacher, la hantise des rafles, la mise à l’écart dans le ghetto de Tarnow puis la déportation dans le sinistre camp de Plaszów dont le célèbre commandant, Amon Goeth, tirait à la carabine sur les déportés… Frania côtoie la mort quotidiennement : sélectionnée pour être fusillée sur la colline de Plaszów ; lors de son arrivée à Auschwitz-Birkenau ; au moment de son évasion du train qui la conduit du commando de Flossenburg (Allemagne) au camp de Theresienstadt où est elle finalement libérée en avril 45.

Le témoignage de Frania permet de mieux comprendre la réalité de l’univers concentrationnaire : les mises en quarantaine ; le manque de nourriture, de soins ; le froid ; les travaux épuisants ; les maladies (en particulier le typhus dont elle réchappe) mais également les solidarités (liens de son frère Fizcek avec la résistance polonaise pour obtenir les ampoules de calcium qui lui permettront de soigner ses crises de rhumatisme articulaire aigu) et une amitié indéfectible qui la lie à Tusia « sa sœur de déportation ».

Son témoignage n’est pas seulement une leçon d’Histoire car Frania n’oublie pas l’époque dans laquelle elle vit : plus qu’à un « devoir de mémoire » c’est à une grande leçon d’humanisme à laquelle elle se livre. « Plus jamais ça » ; « nous sommes fait pour vivre ensemble et apprendre les uns des autres » ; « il n’y a qu’une race, la race humaine » et de rejetter non seulement l’antisémitisme mais également l’islamophobie, deux fléaux qui sont, hélas, revenus sur le devant de l’actualité.

Frania est une grande dame qui sait conquérir son auditoire : les élèves présents, parfois très jeunes (certains sont en 6°) ont posé des questions d’une grande pertinence (Comment vivre avec de si faibles rations alimentaires ? Est-ce qu’on peut s’échapper d’un camp de concentration?…) ; les parents et les enseignants l’ont remerciée pour la force de ce témoignage et l’émotion qu’il dégage.

La soirée s’est terminée par la vente de son ouvrage « Tant que je vivrai » et les nombreuses photographies prises pour ne pas oublier.

Article de Didier Rambault, cern95

à argenteuil 1

à argenteuil 2

 

 

 

 

 

 

Pas de réponse

Avr 03 2014

Hommage à Irène Hajos.

Nous venons de prendre connaissance de la disparition d’Iréne Hajos, rescapée des camps de la mort qui a longtemps témoigné dans les établissements d’Ile de France.
Nous lui rendrons hommage prochainement en diffusant un document-témoignage.
Jean-François Couriol.

http://www.journaldefrancois.fr/irene-hajos-survivante-d-auschwitz-nous-a-quittes-mais-nous-n-oublierons-pas-son-combat-contre-l-oubli.htm

http://www.memorialdelashoah.org/index.php/fr/archives-et-documentations/temoignages/irene-hajos

 

Voici l’entretien qu’Irène Hajos nous a accordé en 2001

 

1 . Quelle était votre vie avant la seconde guerre mondiale ?

Je vivais dans une ville au sud de la Hongrie, j’avais une vie magnifique, notre famille était très unie, nous avons été élevés avec tous nos cousins et cousines, nous étions très nombreux, puis, notre famille a été dispersée. Pour sortir de la misère je suis entrée dans une école de haute couture à Budapest, durant 4 ans. Nous n’étions pas au courant des vrais projets nazis, et des idées politique d’Hitler sur les juifs, de sa décision d’exterminer la « race »juive en Europe, mais personne ne croyait ces horreurs, personne ne voulait les croire. Il n’y avait aucun livre d’histoire qui racontait ce qui se passait. Moi, je suis née criminelle puisque je suis née juive et j’ai été arrêtée le 15 avril 1944.

 2 . Quelle a été votre réaction lorsque les Allemands vous ont arrêtés ?

Dans les rues tout le monde était contrôlé, tous les juifs. On nous a dit qu’on nous emmenait travailler dans une usine, et qu’il fallait emmener de la nourriture pour 2 semaines. Nous sommes montés avec nos valises et notre nourriture dans les wagons. Je me suis retrouvée avec mon jeune frère et mon père. Les conditions de transport étaient affreuses : nous étions 120 personnes dans un wagon, tous compressés avec uniquement un sceau d’eau pour 120 personnes. En plus de ça, ce sceau misérable n’arrêtait pas de se renverser à cause du wagon qui bougeait tout le temps et l’eau s’éparpillait partout, il devait faire 3 jours et 3 nuits pour 120 personnes ! Il y a vite été épuisé…   Le plus horrible, c’était la soif, très dur à supporter. Je me rappelle de mon jeune frère qui avait tout le temps faim, mais on lui disait «ne mange pas tout, il n’y en aura plus pour les jours suivant, et pour nous tous ! », j’aurai du le laissé à sa faim, mais nous ne savions pas ce qui nous attendait.

En effet, lorsque nous sommes enfin arrivés le 2 mai 1944 au camp de Birkenheau , que nous avons enfin pu voir la lumière du jour, c’était le cauchemar : des SS avec leurs chiens qui n’arrêtait pas d’aboyer, avec leur air menaçant, nous attendaient, et nous ont de nouveau dispersé en plusieurs groupes : il y avait les femmes, les hommes, les vieux, les jeunes…  C’était un autre monde.

Les Allemands, nous ont désinfecté, nous ont tondus, homme et femmes, mais c’était très brutal car les «coiffeurs » nous rasaient vite fait, tous les poils du corps, et quelque fois des bouts de peau partait avec. Nous étions tout nus, et l’humiliation était très grande Nous étions transformés physiquement, et une grande solitude s’installait. Certains passaient à la douche et étaient gazés, évidemment nous ne les avons pas vu, mais les anciens déportés nous expliquaient ce qui se passait dans ce camp.

Les Allemands ont pris tous nos beaux vêtements, nos bagages, notre nourriture, et nous ont donné des haillons à la place. Tout ce qui avait été récupéré par les Allemands a été expédié en Allemagne. On nous avait menti. On nous a tatoué, et tout a coup je réalisais que je n’étais plus Irène, mais plus qu’un simple numéro (Irène nous montre son tatouage (4 chiffres ) sur l’avant bras gauche)

Moi, j’avais de la chance, car j’avais appris cette langue dans mes études, je la parlais couramment, et c’était plus facile pour moi de comprendre les ordres des SS pour ne pas se faire battre, car les personnes qui ne comprenaient pas l’Allemand ne pouvaient pas exécuter les ordres et elles se faisaient torturer, battre… . Il y avait 4500 personnes tuées en une heure dans les chambres à gaz. J’ai vu des pyramides de gens morts, des allemands qui récupéraient les dents en or sur les cadavres, tout ce qui avait de la valeur.

 3 . Que faisiez vous dans les camps ?

             J’ai été choisit travailler dans une usine de munitions qui fabriquait des grenades… l’usine était toute en pierre, les plafonds étaient très bas, c’était dangereux, nous étions continuellement surveillés. On y travaillait le jour et la nuit, et nous dormions très peu, le premier qui s’écroulait de fatigue était abattu, sous nos yeux.

Tous les jours nous marchions 4 km a pied, quelque soit la saison, accompagnés de SS et leurs chiens, qui n’hésitaient toujours pas à abattre des gens, où à les faire manger par leurs chiens, nous voyions des cheminées au loin, et j’ai demandé à un SS ce que c’etait et il m’a dit «tu vois tes parents sont la haut maintenant, tu t’en iras par-là toi aussi » Birkenheau était un camp d’extermination, contrairement à Aushwitz, un camp de concentration.

Dans ce camp on essayait de saboter le matériel  (grenades ) mais c’était très difficile car nous étions constamment surveillés.

Le 7 octobre 1944, il y  a eu une révolte dans le camp. Le 1er novembre, c’était l’arrêt du gazage. Les prisonniers arrêtés étaient enfermés dans un tout petit espace de 1 mètre sur 1 mètre, ils étaient plusieurs, et ne sortait que pour «aller aux toilettes ». Moi, je me suis fait arracher les ongles. Quatre filles formidables ont été pendues : 2 le matin, 2 l’après midi. Il y a eu une épidémie de typhus dans le camp en 1943, même les SS en avaient peur et certains d’entre eux en mourrait. Tout le monde avait peur de cette maladie. Les souffrances étaient énormes.

Et enfin, le 17 janvier 1945, le camp d’Auschwitz-Birkenheau a été évacué.

 4 . Qu’est ce que la «marche à la mort » ?

 Des centaine de personnes marchèrent, 25° en été et des t° très basse en hivers. 1945  a été l’année la plus froide. Nos pieds étaient entourés de haillons que nous avions, ou de chiffons que nous avons eu la chance de trouver, cela évitait de marcher pieds nus dans la neige. Les déportés étaient tués s’il ne pouvaient pas continuer Nous avions eu l’impression d’avoir parcouru une distance énorme, en fait nous avions marché 150 km en 3 jours, a pieds, dans des conditions très dures jusqu’à Ravensbruck.

5 . Votre vie a t-elle été dure à reprendre ?

             Oui, très dure (moments de détresse ). Je suis revenue visiter des camps, la dernière fois c’était en 1994. Je ne suis jamais retournée en Hongrie et je ne veux plus retourner y vivre. J’ai une nouvelle famille en France, même si je regrette beaucoup mon ancienne famille, surtout mon père. J’ai cherché dans les archives allemandes les noms des membres de ma famille, pour voir où ils étaient…  Il ne faut jamais oublié ce qu’a fait Hitler.

 

Vendredi 9 mars 2001. Forum « Mémoire – Mémoires » .

par Deckmyn Sandra 1ère L1.

 

Pas de réponse

Mar 10 2010

André Postel-Vinay et l’évasion de pilotes alliés.

Témoignage  d’Anise  POSTEL-VINAY sur la contribution de son mari, André, à l’évasion de pilotes alliés.

Depuis septembre 1940, je cherchais désespérément à faire quelque chose d’utile contre les Allemands et quand, j’ai enfin trouvé, en 1941, un petit groupe de Parisiens qui travaillaient efficacement contre l’occupant, ma joie ne connut plus de borne. Ce groupe était relié à l’Intelligence Service britannique et devait transmettre à l’Armée anglaise des renseignements précis sur l’armée allemande : transports de troupes, types d’armement, lieux de rassemblement, aéroports militaires, etc … Mais notre groupe n’était pas chargé du sauvetage des aviateurs alliés qui avaient survécu à un crash.

postel vinay andré

(Source photo: ordredelaliberation.fr)

Lire la suite »

Pas de réponse

Mai 24 2008

Nos amis Frania Haverland , André Fournier « Gardiens de Mémoire » ont écrit :

Frania Haverland a écrit : «Tant que je vivrai »

http://www.editions-edite.fr/product_info.php?products_id=41

Tant que je vivrai
Tarnów, Plaszów, Birkenau et autres lieux
L‘arrivée du fascisme dans l’univers d’une enfant de 13 ans

Septembre 1939, Frania Eisenbach d’origine juive polonaise est une jeune adolescente de 13 ans lorsque l’armée allemande envahit la Pologne. « Avec ma musique je vais te faire rire et te faire pleurer » lui disait son père, musicien et chef d’orchestre, disparu dans la tourmente nazie comme plus des soixante membres de sa famille. Meurtrie à jamais par l’enfer du ghetto et de la vie concentrationnaire, six longues années durant, elle attendra plus de cinquante ans avant de pouvoir témoigner. Sa rencontre avec Dany Boimare, l’amitié et la confiance qui en naîtront, auront permis enfin la naissance de ce livre. Il n’existe aucune parole, quelle que soit la langue, pour décrire l’indescriptible, et aucun mot pour nommer l’innommable. Tous les survivants de cette catastrophe ou d’autres génocides le savent et peut-être quelques rares autres personnes. Il nous faut alors apprendre à lire entre les lignes, entre les mots et écouter les silences…

Voir aussi :

http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/actualites/tant-que-je-vivrai-de-frania-eisenbach-haverland-et-dany-boimare-9076

.

André Fournier a écrit ;

Hommes : 40 Chevaux : 8 – La Guerre sans uniforme –

André Fournier vient de publier aux Editions de l’Odéon un livre de souvenirs, dans une première partie il y raconte la quotidienneté de sa vie dans la Résistance et dans la deuxième partie, son parcours dans l’effroyable univers concentrationnaire. Vingt ans, étudiant en médecine à Paris en mai 1940, il ne peut pas croire au malheur qui vient de s’abattre sur la capitale dans laquelle, quelques semaines plus tard les Allemands entreront. Pour le jeune carabin, seul à Paris, l’Exode de juin 40 se traduit par un voyage harassant de 13 jours, vers Toulouse, où se mélange la solidarité rencontrée avec trop souvent la pagaille des uns ajoutée à la lâcheté des autres. Exilé dans la ville rose, après quelques « bouffées de fierté » grâce à la voix venue de Londres et des amitiés retrouvées, il passe huit mois mobilisé dans les Chantiers de Jeunesse dont il ressort indigné avec une seule idée en tête : lutter contre l’apathie ambiante et rejoindre la Résistance. De retour à Paris, André Fournier rencontre Philippe Viannay et commence à diffuser Défense de la France. Avec Louis Pascano, dont la mère abrita un temps l’une des machines à imprimer ce journal, il rejoint le mouvement de Lecompte-Boinet : « Ceux de la Résistance », au sein duquel, dans l’Oise ils montent un réseau de renseignement et d’action « Libre Patrie », qui sera ensuite fédéré à Turma-Vengeance. Très vite le réseau se structure, le groupe constitué fait ses preuves et tisse peu à peu « une toile autour des troupes et des services allemands à tous les niveaux pour renseigner les Alliés ». Le 14 octobre 1943 André Fournier dénoncé est arrêté, interrogé et torturé par la Gestapo puis transféré au camp de Royallieu où le 27 janvier 1944 dans les célèbres et sordides wagons « HOMMES 40 – CHEVAUX 8 », il part pour un terrible et épuisant voyage vers l’indicible. Commence alors, pour André Fournier, un long parcours, de seize mois, dans l’enfer de Buchenwald, de Natzweiller et de Dachau. Le quotidien de ce parcours s’appelle « le block », « le Kapo », « le Revier », les appels interminables le matin avant le jour et le soir la nuit tombée, par tous les temps, « habillé d’oripeaux minables, chaussé de claquettes aux semelles de bois ». Dans ce bagne où toutes les valeurs sont renversées, le quotidien c’est aussi l’épuisement, la faim, la soif, ……parfois la fraternité, et aussi avec le rêve de ceux qu’on a aimés et de ce qu’on aime …. « Affecté un temps comme infirmier au « Revier » où il rencontrera le général Frère « émouvant de dignité », le contact avec les malades les plus infectés a raison de sa santé. Devenu médecin dans un Kommando à Neckargerach, c’est avec des moyens dérisoires et inadaptés qu’il soigne les polonais et les russes qui forment la majorité des déportés de ce camp. Le 4 septembre 1944 il franchit la grille du camp de Dachau où il y est de nouveau affecté en tant que médecin d’un « Block » et luttera contre le plus meurtrier des ennemis : le typhus. Effrayante description qu’il fait de ce camp envahi par cette épidémie dont il survit par miracle et du calvaire qu’il partagea avec les Généraux Delestraint et Frère, puis Edmond Michelet, qui furent un temps ses compagnons d’infortune.……et enfin le 28 avril 1945 les Américains libèrent le camp.

C’est un très intéressant livre – témoignage qui retrace par les précisions que l’auteur donne le vécu au quotidien d’un homme qui n’a jamais abdiqué comme Résistant et qui comme Déporté c’est toujours battu grâce… « à la petit lumière qui gît dans le corps qui s’écroule ».

par Jean Novosseloff

sur

http://www.memoresist.org/Hommes-40-Chevaux-8-La-Guerre-sans


Pas de réponse