fév 01 2012
Où en est la parution du livre de Paul Thueux ?
Il faut revenir sur une démarche originale, à quelques mois de la sortie de « Mes Mémoires en héritage » :
4 périodes de trois jours d’entretiens menés par :
JF Couriol et JP Dubreuil
ont permis d’aboutir à une retranscription des cassettes audios ou vidéos achevée par :
Martine Leclercq ; Chantal Finet ; Dominique Kirchhoffer : Annie Delpech ; Nicole Mabire
Alain Bony ; Jean Pierre Dubreuil ; Jean François Couriol ; François Carcassonne.
9 professeurs (dont 8 retraités ) adhérents du CERN95.
François Carcassonne a la délicate charge de relecture et du passage de l’expression orale à l’expression écrite, sans trahir l’esprit des paroles de Paul Thueux.
Voici l’état actuel de la post-face :
« Groupe Chabanne » Mythe et réalités. Rumeurs.
par Jean-Pierre Dubreuil.
Après la publication du livre de Fabrice Bourrée, Paul Thueux m’écrit en mai 2003 :
« Le plus dur te reste à faire, Jean-Pierre : tordre le coup à la rumeur, à la calomnie »
Nous ne sommes pas les premiers enquêteurs, nous avons marché sur les traces de Christian Ossola, neveu de Pierre Le Rolland, inspecteur de Police, qui a pu approcher le premier les pièces essentielles que nous avons en main.
L’expression « Groupe Chabanne » doit être employée avec prudence, elle est tardive.
Bien d’autres expressions ont été employées pour désigner le groupe de jeunes gens de Pontoise et de ses environs, qui ont osé affronter le nazisme dès juillet 40.
Les Brigades spéciales, fin 1941, parlent du « Groupe des terroristes de Pontoise ». Cette expression assimile les jeunes pontoisiens aux communistes, en lutte à cette période.
L’inspecteur Lacroix, en 1945, emploie trois termes : « Groupe de résistance de Pontoise. » « L’affaire des patriotes de Pontoise. » et « L‘affaire de Pontoise » .
En 1986 Martial Laroque évoque « l’affaire des étudiants de Pontoise » dans son livre La Résistance en Val – d’Oise : 1940-1944. J. Gressier et J.M. Champion écrivent quelques pages dans « Pontoise 2000 ans d’histoire » sur les « jeunes résistants de Pontoise » en 1973.
En 2003, pour la première fois, une étude complète, s’appuyant sur des archives paraît. « De jeunes pionniers de la Résistance à Pontoise : le groupe Chabanne. » par Fabrice Bourrée. Editions Cern95. M. Bourrée emploie aussi le terme « l’affaire de Pontoise »
Le terme « Groupe Chabanne » est trompeur car il laisse entendre que le groupe est organisé. C’est très loin d’être le cas. Il est si difficile de cerner les limites d’un groupe en formation en des temps difficiles.
Les archives ne nous permettent pas d’en établir la liste des participants avec certitude.
Chabanne dans son interrogatoire liste onze personnes faisant partie du groupe avec lui : Hallotier, Martimprey, Lefort, Vogler, Butin, Tête, Soutumier, Martineau, Sicaud, Francia, Salaun. Thueux, lui, est cité comme un « camarade ».
Ce document, signé certainement sous la contrainte et la ruse est à utiliser avec prudence.
Lacroix dans son enquête liste dix sept noms : Vogler, Tête, Chabanne, Butin, Martimprey, Francia, Soutumier, Scheringa, Thueux, Sicault, Martinot, Salaun, Lefort , Germont, Gaudinat, Hallotier, Butin.
Cette liste n’est pas forcément complète. Pierre Bélier doit y être ajouté… (d’autres ?)
Pour conclure, ce ne sont pas les actions de ce groupe de très jeunes gens qui les ont formés en groupe de Résistance. Ces actions sont bien modestes, tentatives maladroites, caractéristiques du début du refus de la botte nazie comme le ramassage d’armes provenant de la débâcle ou le dessin du plan d’un aérodrome. La liaison avec Londres n’était certainement qu’une velléité, aucun document ou témoignage précis ne l’atteste.
Ce sont les Brigades Spéciales et la Gestapo, à travers des interrogatoires et des procès, des exécutions et des déportations, qui vont configurer le groupe des « Patriotes de Pontoise », le groupe des « étudiants de Pontoise ».
Dans sa lettre d’adieu, J.C. Chabanne nomme cinq « amis » : Martineau, Soutumier, Sicaud, Ribet, Cauche et il désigne Vogler et Tête comme des camarades. Ribet et Cauche ne nous sont pas connus comme membres du groupe.
Thueux dans son interrogatoire ne cite que Chabanne, qu’il sait connu de la police.
Ses archives, photographies et carnet, son témoignage démontrent qu’il en connaissait bien d’autres. Pas tous.
Dans la mémoire de la déportation le terme « Les Pontoisiens » va esquisser l’existence d’un groupe connu, comme sont aussi connus « Les Bordelais ».
La rumeur qui va s’abattre sur Thueux s’objective à partir de circonstances qui préparent les esprits au doute.
Les circonstances de l’arrestation vont préparer les esprits au doute. La naissance d’une rumeur commence dès 1945.
Les faits sont établis : Deux agents gestapistes, élèves de l’école Charliat, Cosmao et Roybon, ont surpris une conversation entre P. Thueux et l’un de ses camarades….le piège va fonctionner.
On peut penser que si cela n’était pas arrivé de cette manière, il y a de fortes chances que ces jeunes gens, bavards dans le train et les cafés, inconscients, sans expérience, pas très bien dirigés auraient été vite repérés autrement.
P. Thueux nous a raconté son arrestation du samedi et les circonstances des interrogatoires. Le rocambolesque laisser-aller des fonctionnaires des BS qui le laissent dans leur bureau, dossier « Chabanne » à sa portée, est difficile à croire !
Thueux est prédisposé par ses origines à la méfiance et il a de la chance.
Il est certain d’avoir été trahi. Il ne « parle » pas et invente un système de défense cohérent en se présentant comme un trafiquant. Il est bousculé mais pas frappé violemment.
Chabanne, en confiance, semble donner beaucoup de renseignements. Vantardise du jeune chef qu’il souhaite être ? Eléments déjà en possession des BS qui les lui font répéter ? Son éducation a fait de lui un patriote mais pas un rebelle. Avant de porter un jugement péremptoire sur sa naïveté, il faut connaître la perversité des brigades spéciales et en aucun cas parler de trahison comme cela a pu être fait.
Les deux français à la solde de la Gestapo sont désignés officiellement en 1945 par l’Inspecteur Lacroix et nommés par le journal L’Avenir !
Pontoise ne veut pas en entendre parler et se lance à la chasse aux traîtres !
Le premier désigné : Paul Thueux . Forcément, arrêté en premier, il n’a pu que parler ! D’ailleurs revenu en 45 avec « bonne mine » a-t-il été vraiment déporté ?
La rumeur nait.
Le second : Chabanne. Un ami, bien intentionné, montre à quelques Pontoisiens une copie de son interrogatoire. La rumeur enfle.
Le troisième : Sicaud, l’un de ses parents n’a pas fait le bon choix… alors
Ensuite Martineau.
Puis d’autres…
Le refoulé de la collaboration trouverait-il là son exutoire ?
La rumeur concernant Paul Thueux est exemplaire :
En 1945, Léon Chabanne refuse de lui serrer la main en lui disant qu’il le fera lorsqu’il sera certain que Cosmao et Roybon ont bien existé.
En 1948, il écrit avoir trouvé « les seuls responsables de la mort de son enfant : la police française ». Mais il ne délivre pas Paul Thueux du poids du soupçon et quelques-uns de ses amis vont se charger de faire peser l’opprobre sur ce dernier.
Dans le monde combattant et dans la presse c’est le silence total sur P.T., sur Paul Thueux. Il est présenté comme un simple intermédiaire dont la condamnation et déportation sont passées sous silence. L’article de « L’Echo Régional » de 1990 est un bel exemple de désinformation.
En 1982, il est interpellé, lors du 40ème anniversaire, au collège Chabanne, avec un « Il n’est pas question qu’un traître parle ici »
En 2002, j’entends « Il n’est pas souhaitable que Paul Thueux soit invité au centenaire du collège Chabanne » et son nom n’est pas cité comme membre du groupe Chabanne dans les discours officiels. Il est pourtant présent ainsi que Martineau et Sicaud , accompagnés de membres du cern95. Nous quittons la cérémonie sans esclandre mais avec mépris.
Cela perdure en 2011, non pour dire que Thueux est un traître mais qu’il n’a pas fait partie du groupe Chabanne et pour continuer à maintenir un silence – coupable et injuste – sur son existence ! Trois ou quatre personnes pèsent de toutes leurs forces, pour de mauvaises raisons, afin que Paul Thueux soit laissé dans l’ombre et ne soit pas officiellement invité.
Cela fait dix ans que nous travaillons sur ce problème, après Monsieur Soutumier père, après Christian Ossola. Nous sommes devenus amis avec Paul Thueux mais cela ne nous prive pas de notre lucidité.
Paul est maintenant un très vieux monsieur, bien malade, qui voudrait bien ne plus entendre parler du « Groupe Chabanne » mais qui ne peut s’empêcher encore et toujours d’y penser.
La douleur le fait pencher d’un extrême à l’autre, surtout ces dernières années.
Il balance entre l’amour de Chabanne et sa détestation.
« Mais le «groupe Chabanne », ça n’existe pas ! »
« Les copains c’était des patriotes ! »
Son témoignage confirme ce que nous savons par ailleurs et le récit qu’il fait de la vie des déportés du « groupe Chabanne » dans les camps est précieux.
Tout est cohérent dans le témoignage de Paul Thueux et nous l’affirmons avec force.
Ayant écouté Paul Thueux, depuis dix ans et à de nombreuses reprises, témoigner devant élèves, l’ayant écouté chez lui, l’ayant enregistré ces deux dernières années pour la confection de ce livre, je ne l’ai jamais vu se couper, raconter des versions différentes.
Notre chance dans ce travail est sa mémoire.
Le magnétophone se lance, très vite il ferme les yeux : il est là bas, il revit ce là bas, indicible. Les pieds nus, comme dans les camps…. il est « là-bas »
Trois ou quatre personnes, prisonnières de leurs certitudes erronées diront :
« Roman que tout cela » !
Au delà du cas de Monsieur Thueux , il nous semble important qu’aucun des membres du Groupe Chabanne désignés par le rapport de l’inspecteur Lacroix ne soit oublié !
Et nous savons, les premiers, que nous en avons certainement oubliés, mais l’oubli n’est pas volontaire. Certains héros restent volontairement dans l’ombre.
Ces Patriotes doivent être collectivement célébrés.
Après le livre d’Annie Delpech « Il ne faut pas laisser Paul Thueux dans l’ombre » et le livre de Paul Thueux « Mes vérités en héritage » il est nécessaire d’en finir avec la Rumeur, avec les rumeurs de Pontoise, portant sur cette époque dramatique.
Cela pourrait passer par la création d’un lieu de mémoire, dédié au souvenir de tous les étudiants patriotes de Pontoise. Je forme les vœux les plus vifs pour que la ville de Pontoise reprenne à son compte cette exigence.
Pour en terminer, il faut dire aussi que le découragement dans ce travail de mémoire nous a souvent menacés mais étions trois, Annie Delpech, Jean-François Couriol et moi – même, et nous avons ainsi pu persévérer dans ce combat de 10 ans pour la dignité et la réputation d’un homme, soutenus par les adhérents de notre association et c’est tout à l’honneur du Centre d’Etudes René-Nodot .
Le livre d’Annie Delpech, bien accueilli, a été repéré par une équipe de cinéastes, qui travaillent depuis quelques mois sur le sujet de la rumeur.
Ce, ajouté à ton livre ….. la rumeur, la calomnie…
crois tu mon vieil ami que nous lui avons tordu le cou ?
Jean-Pierre Dubreuil.
Professeur d’histoire en retraite.
Secrétaire adjoint du cern.
Responsable du projet « Aide à l’écriture du livre de Paul Thueux » avec 8 autres professeurs d’histoire adhérents du cern95
Remise en ligne des vidéos qui correspondent au premier tiers du livre.
http://www.youtube.com/user/patriotesdePontoise?feature=mhee
Le projet de couverture actuel :
Livre en souscription jusqu’au 1 mai 2012 : 8 € port compris. écrire à : cern95@gmail.com pour obtenir les modalités.

