août 26 2008

Maquis de Saint Marcel : Abbé Henri Sassier : Un séminariste en guerre

« Lorsque la guerre débuta, je venais de finir ma seconde au petit séminaire de Ploërmel et c’était les vacances… ».

Ainsi, commença le récit que nous fit Henri Sassier, qui avait choisi de nous offrir une partie de son temps pour nous exposer les aspects principaux de sa vie de résistant alors qu’il se destinait à devenir prêtre. Ce qu’il est d’ailleurs devenu comme l’atteste une discrète croix au revers de sa veste. Il est aujourd’hui aumônier d’un hôpital breton mais de ses activités présentes, il ne dit rien tant il est préoccupé par le récit de son passé. Nous avons, à son écoute, oublié l’étrange cadre de cette rencontre réalisée sous le panier de basket d’un gymnase!…

Il n’a pas en effet oublié cette journée de septembre 1939 au cours de laquelle la guerre fut déclarée . Après une mobilisation partielle des unités françaises, la mobilisation générale était proclamée par voie d’affiches. Pour tous les anciens de la première guerre mondiale, l’émotion était grande. « Mes parents étaient de ceux là. Mon grand-père, fataliste, avait affirmé alors: « on voit tout le monde au début d’une guerre…mais combien seront encore là à la fin?… ».Une grande tristesse donc mais aussi la conviction partagée que la guerre sera rapide.

«  On nous avait assuré que la France était bien équipée… Hélas, il n’en était rien. Nous avons été trompés ». La morosité de beaucoup n’altérait pas encore le patriotisme qui restait fort en France.

Et puis, ce fut l’Armistice en juin 1940. L’Histoire donnait alors rendez-vous à Henri Sassier qui pensait surtout à passer la première partie de son bac. « Je la préparais dans mon séminaire de Vannes alors quasiment vide, car tous les séminaristes plus âgés que moi étaient à la guerre. En pleine étude, un professeur vint nous prévenir: les examens étaient supprimés. Rennes avait été bombardée. Il y avait eu de nombreux morts. Il fallait évacuer. ». La guerre venait de rejoindre Henri Sassier pour la première fois. Quelques jours plus tard, les Allemands pénétraient dans la ville de Vannes. Henri Sassier retourna chez ses parents à Taupont: « Mon père me vit arriver à l’improviste. Il ne comprenait pas pourquoi j’étais là… Je lui appris que les Allemands étaient déjà à Pontorson et arrivaient à Rennes. A cette nouvelle, je vis mon père pleurer… ».

Son père, ancien poilu, commenta l’arrivée des Allemands par ses mots de stupeur et d’aigreur: « Ah, c’est pas vrai!…Ah, les salauds!… ».

L’ennemi, personne ne pensait qu’il parviendrait si vite en Bretagne. Tout d’abord très tendus, les rapports avec l’occupant furent distants mais les Allemands se firent sympathiques. Ils avaient, selon M Sassier, reçu la consigne d’être agréables et discrets. Cela ne dura pas et leur attitude se durcit assez rapidement.

En septembre 1940, Henri Sassier est admis au grand séminaire de Vannes. Les locaux ont été divisés en deux car les Allemands ont en effet réquisitionné la moitié des bâtiments pour y loger des troupes et y établir un hôpital militaire pour des prisonniers français malades ou blessés. S’apercevant que de nombreux prisonniers s’évadaient avec la complicité des séminaristes, les Allemands finirent par les chasser le 7 mars 1942. Répartis dans plusieurs immeubles de Vannes, les séminaristes poursuivent leurs cours qui sont souvent interrompus par les sirènes d’alerte et les bombardements. M. Sassier prépare alors la seconde partie de son bac . Nous sommes alors en 1942.

Les mois d’occupation passèrent… Puis, en février 1943, la loi sur le S.T.O fut publiée. Elle portait sur les classes 41. 42. Il fallait selon la propagande officielle assurer la « relève » des prisonniers de guerre français en Allemagne. « Les jeunes français devaient être généreux et partir. Les premiers trains de volontaires S.T.O croisèrent effectivement des trains de prisonniers libérés… Tout ceci visait à donner du crédit au système du S.T.O ». Il fut permis à Henri Sassier de finir l’année scolaire en cours au grand séminaire.

En juillet 1943, il reçut sa convocation. A son tour, il devait partir au S.T.O en Allemagne… Pour lui, une évidence s’imposait: s’enfuir pour rester en France. Il se réfugia à 50 kilomètres du domicile familial dans une ferme. C’était à Malansac le 19 juillet 1943. Déjà, un autre réfractaire au S.T.O y prenait son mal en patience. Monsieur Sassier avait dû chercher une journée durant une ferme d’accueil: «  la plupart des fermiers n’étaient pas très volontaires pour accepter de cacher des réfractaires. Ils avaient peur. Dans toutes les gendarmeries, nous étions tous signalés. Pour ma part, les Allemands étaient venus perquisitionner chez mes parents qui nièrent savoir où j’étais… ».

En fait, Mr Sassier est resté toujours en contact avec ses parents. Il avait établi une poste restante à cinq kilomètres du village où il se cachait. «  une personne recevait mon courrier puis le transmettait à mes parents. En retour, ils m’écrivaient par son intermédiaire… ».

Un soir de septembre, le chef de la brigade de gendarmerie de Rochefort en Terre, le capitaine Quer qui avait pris le maquis, vint trouver Henri Sassier à la ferme. Il lui demanda d’assurer pour le maquis des missions de liaison. Assez naturellement, Monsieur Sassier accepta: « La date officielle de mon entrée dans la Résistance?… Le 3 novembre 1943. En fait, on devenait membre de la Résistance par un engagement oral et le plus souvent par relation personnelle… »

La circulation sur les routes bretonnes était périlleuse sans carte de travail et carte d’identité valables. A tout moment, un contrôle pouvait survenir. Dès septembre 1943, Henri Sassier disposait de faux papiers. Il s’appelait désormais Henri Lajoie. «  Alors que je suis né à Taupont, près de Ploërmel, ma nouvelle identité faisait de moi un natif de Lorient. Lorient avait été bombardé et de ce fait mon état civil était difficilement vérifiable. Par ailleurs, j’avais deux ans de moins par rapport à la réalité. Je faisais physiquement assez jeune. C’était donc crédible et cela m’éloignait de l’âge requis pour le S.T.O ».

Ainsi muni, Henri Sassier devenu Henri Lajoie passa sans difficulté les contrôles allemands. Jamais, cette carte n’a ,semble-t-il, éveillé de doute. A son tour, Monsieur Sassier permit à de nombreux autres maquisards d’obtenir de nouveaux papiers. Muni d’une photo d’identité de chacun, il allait à Lizio, au village de la Grée aux Moines et récupérait la carte une semaine après environ. Il dissimulait toutes ces cartes soigneusement enroulées dans son guidon de vélo après en avoir retiré la poignée, ou bien encore il retirait la selle pour dissimuler dans le tube sous un bouchon ces précieux documents. «  J’ai été arrêté plusieurs fois, jamais les Allemands ne se sont doutés de rien ». Le brigadier de gendarmerie Quer jugeant Henri Sassier suffisamment prudent décida de lui confier des missions plus périlleuses : il fallait se déplacer assez loin et livrer des armes.

« Je devais aller à Vannes ou à Ploërmel à bicyclette… Dans notre secteur, nous manquions d’armes alors que sur Lizio, des parachutages importants avaient lieu. J’ai rencontré sur place des responsables pour obtenir d’eux des armes… » Avec un boucher de Rochefort en Terre et sa camionnette muni d’un double fond, Henri Sassier transporta armes et munitions sous des tas de viande!…

Telles furent ses premières véritables actions de résistant.

« J’étais chez le docteur Le Louet, maire de Pont- Aven, dans le Finistère, depuis le 10 novembre 1943. En décembre 1943, un avion américain s’était écrasé au Trévoux, une localité proche de Pont Aven. Les aviateurs, récupérés, avaient été dissimulés dans le presbytère. Le brave curé Tanguy et son vicaire avaient bien du mal à nourrir leurs infortunés « invités ». Mr Sassier, envoyé en mission, fut sollicité par le curé pour trouver de la nourriture en quantité suffisante. Malheureusement, les Allemands étaient sur le qui-vive et avaient repéré le presbytère. Dénoncés, les aviateurs furent arrêtés dans le grenier, le curé et son recteur furent déportés. Ils ne revinrent pas… Mr Sassier évoque leur souvenir avec tendresse: la place occupée par les gens d’Eglise dans la résistance n’a pas été anecdotique, l’exemple des soeurs de la communauté des Augustines de Malestroit est selon H.Sassier, assez significatif… « Dès le 2 janvier 1944, le lendemain de cette arrestation, je suis retourné à Malensac, dans le Morbihan… »

M.Sassier, tout comme ses camarades, ignoraient l’application des lois antisémites. La presse et la radio, selon lui, étaient très discrètes à ce sujet et ils étaient loin d’imaginer l’arrestation et la déportation des juifs vers les camps d’extermination… Il y avait très peu de juifs en Bretagne. Ce n’est qu’après la Libération qu’il découvrit, horrifié, tout cela… « Nous avons appris aussi le comportement de certains prêtres à ce sujet. L’abbé Le Cadre, directeur d’école à Saint Jean La Goberie a protégé un enfant juif en le plaçant dans un orphelinat à Rieux dans le Morbihan. Le curé de la paroisse, où j’ai enseigné après guerre pendant 19 ans, a procuré un certificat de baptême à un juif qui se cachait dans sa paroisse… »

Au maquis, on attendait avec impatience le Débarquement. Un jour, à la ferme où il s’était à nouveau réfugié, H.Sassier reçut un message. Il était écrit: « du 6, au jus… ». « C’ était le mot de ralliement que nous avions entre nous. Mais nous ignorions totalement que le 6 était le jour prévu pour le Débarquement ». Dans la nuit du 5 au 6 juin, il est dans la ferme de Malensac et c’est vers 2 heures qu’il entendit nettement avec ses camarades la canonnade de l’artillerie de marine sur la Normandie qui se répercutait en un bruit sourd et interrompu : « Nous nous sommes dit qu’enfin le moment tant attendu était arrivé ».

Dans la matinée du 6 juin, il partit pour Saint Marcel, lieu de regroupement où il arriva le 7 à midi : «  j’appris que c’était là que se formait le camp. J’ai eu du mal à retrouver le chemin du camp car le lieu était dissimulé dans la nature. Le 7 juin , je pénétrais à la Ferme de la Mouette où était l’Etat Major. Nous n’étions pas nombreux alors mais tous les jours suivants, en vélo, en camion, en voiture, des renforts sont arrivés et le jour de l’attaque, le 18 juin, nous étions 2500….

Chacun au maquis de Saint Marcel était convaincu qu’un second débarquement allié aurait lieu en Bretagne et qu’il faudrait alors s’emparer du camp d’aviation de Meucon près de Vannes… «  A l’intérieur de ce camp très vaste, le capitaine Guimard lui demanda de poursuivre son rôle d’agent de liaison. Il connut ainsi tous les recoins du camp et allait de nuit porter secours aux parachutistes égarés parfois très loin… ». C’était une très grande joie lorsqu’on les retrouvait sains et saufs… Ils n’étaient pas trop sûrs de tomber là où il fallait!. Les embrassades entre parachutistes et maquisards étaient donc vraiment sincères…

Quelques jours avant la bataille de St Marcel, Henri Sassier apprit l’arrestation de son frère. Dénoncé par un collaborateur, son frère avait été arrêté avec un soldat britannique, un Hindou nommé Bashir Ud-Din. Prisonnier, celui-ci s’était évadé et après de multiples caches avait rejoint, à Taupont, le frère d’Henri Sassier qui était lui aussi entré dans la Résistance. Le mercredi 14 juin 1944, les Allemands avait cerné la ferme où ils s’étaient dissimulés. Ils furent arrêtés avec le fils du fermier… «  Je ne savais rien de plus jusqu’au samedi 17 juin, veille du la bataille. Vers 18 heures, un garçon de mon pays m’apprit la nouvelle: mon frère avait été fusillé avec le fils de la ferme, à Ploërmel, dès le jour de leur arrestation. Il avait 23 ans, son compagnon 18 ans. Seul le soldat britannique hindou, considéré comme prisonnier de guerre, fut épargné. On a découvert leurs cadavres sur le bord d’une route… Le garçon qui avait prévenu M.Sassier est mort quelques jours plus tard et Henri Sassier dut prévenir à son tour sa mère… C’était sa marraine et elle venait de perdre ainsi son unique fils… La mort de son frère représenta pour lui une très grande douleur. « Ce qui me fit chaud au coeur, ce fut la solidarité qui se manifesta alors autour de moi. Nous étions liés pour affronter en commun des moments aussi difficiles. Le dimanche qui suivit, avant que la bataille ne fasse rage, une messe fut célébrée en la mémoire de mon frère et d’un autre garçon tué au combat: le lieutenant Hareng, un parachutiste.

De cet épisode dramatique, Henri Sassier nous fit part avec pudeur de sa douleur d’alors mais il conclut en disant: « il fallait bien continuer… ».

Lorsque la bataille de St Marcel débuta, Henri Sassier était au Manoir de St Geneviève en compagnie de parachutistes commandés par le lieutenant Lasalette . Les Allemands croyaient que l’Etat Major du maquis s’y trouvait. « Armé, je suis resté là en position quelque temps, puis vers 14 heures le lieutenant m’a demandé de transmettre à la Nouette les positions des Allemands qui nous attaquaient dans un pli où il faisait part de sa volonté d’avoir des renforts. Par le Bois joli, sous un mitraillage intense, je dus me glisser avec une mallette de renseignements et retrouver mon chemin sous les taillis pour rejoindre la ferme de la Nouette… Je devais revenir avec la compagnie qui aurait été alors désignée … ». En fait, sur son chemin, il est amené à croiser deux feldgendarmes qui venaient d’être faits prisonniers. « J’ai commis l’imprudence d’aller les interroger, je les soupçonnais d’avoir participer à l’exécution de mon frère. » Il se souvient les avoir interrogé plutôt rudement tant il voulait comprendre ce qui avait bien pu entraîner la mort sur le bord d’une route bretonne de deux jeunes garçons qui avaient tout l’avenir pour eux… Finalement libérés, ces deux allemands établirent un rapport dans lequel ils décriront Henri Sassier comme « assoiffé de vengeance ». Ce sentiment était-il alors celui d’Henri Sassier ? Il nous affirme que non catégoriquement …

Parvenu à destination, les informations finalement transmises, Henri Sassier participe à la destruction du dépôt d’armes du camp. Elles ne devaient pas tomber entre les mains de l’ennemi… Rassemblées au pied d’un vieux et gros chêne ,le lieutenant Puech Lamson fit tout sauter vers minuit après avoir demandé à tous de s’éloigner et finalement de se disperser…

Après la bataille, il retrouva ses parents. Il fallait calmer leur crainte, à eux qui venaient déjà de perdre un fils. « Mais, j’avais l’intention de repartir ensuite… ».

Monsieur Sassier ne pense pas avoir tué d’Allemand. Il a tiré mais a-t-il tué? Aujourd’hui, cette question ne le préoccupe pas. Il a l’esprit tranquille, son devoir étant accompli.

De toute cette période, il garde surtout le souvenir de l’extraordinaire solidarité des hommes du camp mais aussi de moments d’angoisse où il fut menacé d’être arrêté. Ainsi, par exemple, sur le chemin du retour, il ne dut sa liberté qu’à un tas de trèfles qui le dissimula aux regards d’une patrouille allemande… Ou bien, cette autre fois, où parti en mission avec une valise remplies de dossiers compromettants, il fut arrêté par un officier allemand qui lui demanda ses papiers. Il lui inspira sans doute confiance en s’adressant à lui en allemand et en lui présentant quelques livres allemands qu’il lisait pour acquérir une connaissance suffisante de la langue de l’ennemi. Cela lui fut utile car l’officier ne poussa plus loin son investigation.

Plus encore que les Allemands, Henri Sassier craignait vraiment la milice. A l’égard de ces collaborateurs, on était jamais assez prudent. « Ils étaient plus de 30 000 miliciens en France. Ils ont fait beaucoup de mal. La tête des résistants était mise à prix. Par volonté de se faire de l’argent facilement ou bien par idéologie, beaucoup sont entrés dans la milice ». Monsieur Sassier se remémore les quatre anciens séminaristes miliciens dont un certain Stéphan. « Il était en garnison à Rennes mais régulièrement, avec le car, il venait rendre visite à sa mère, bouchère à Ploërmel. Il en profitait pour faire la tournée des cafés du bourg, offrait à boire et en profitait pour faire parler les gens ainsi mis en confiance. De nombreuses personnes furent arrêtés et fusillées à Rennes à cause de lui. Des résistants ont décidé de l’abattre. Trois d’entre eux montèrent dans le car. Près du camp de Coëtquidan, d’autres attendaient avec une traction. Ils bloquèrent le car. Les trois résistants empêchèrent d’intervenir les quelques allemands présents dans le car. Capturé, l’ancien séminariste Stéphan fut exécuté dans la forêt de Paimpont…

Récemment, Henri Sassier a pu s’entretenir avec un ancien milicien qui lui a fait part de son enthousiasme d’alors lorsqu’il écoutait à Rennes les conférences contre le communisme. Il fallait engager contre lui une lutte farouche. La Milice de Darnand était faite pour cela… Il s’y engagea … par volonté idéologique. Avec l’arrivée des Américains, il a fui en Allemagne et dut partir vivre dans les bois. Revenu en France, il s’engagea dans la légion étrangère. Il dut partir en Algérie mais il y fut reconnu par un habitant de Ploërmel qui faisait son service militaire. Comme il avait été condamné à mort par contumace, il fut reconduit à Rennes avec un autre milicien, Zeller, qui avait terrorisé la région. (Zeller avait réussi à s’engager dans l’armée américaine. Il fut fusillé à Rennes). Etant légionnaire, il ne fut pas exécuté. Réintégré dans la légion, il fit preuve de bravoure lors de la guerre d’Indochine. Cela lui a permit d’être finalement gracié…

Aux collaborateurs, les résistants faisaient parfois parvenir d’étranges courriers: un petit cercueil, une corde… avec la formule « Vainqueur ou vaincu, tu seras pendu!.. ». Henri Sassier a conclu en nous rappelant que son frère avait été « vendu » contre de l’argent… «A la Libération, je me suis informé et j’ai appris qui avait trahi mon frère… La veille de leur arrestation; un individu avait fouillé la ferme et a pu repérer où couchait le soldat hindou. Se faisant passer pour résistant, il avait posé des questions et le mercredi 14 juin , c’était lui qui guida les Allemands au petit jour à travers champ jusqu’à la ferme isolée. Il fut reconnu à la Libération par la fermière, il fut donc arrêté et interrogé. Finalement libéré, on retrouva son corps noyé… A-t-il été pris de remords, est-ce un règlement de compte ou tout simplement un accident ?… Je ne peux le dire… Nous avons su qu’il n’avait qu’un but : avoir le plus d’argent… Il passait tout son temps à procurer du ravitaillement pour les Allemands. J’ai pu le vérifier sur des documents que les Allemands n’avaient pas eu le temps de détruire et sur lesquels les sommes versées à ce sinistre individu sont indiquées… Que Dieu lui pardonne !…

La Milice était très efficace car ses membres avaient une bien meilleurs connaissance de la région et des mentalités locales…Comme beaucoup d’entre nous, après la bataille de Saint Marcel surtout, avait peur d’être dénoncés, nous nous efforcions de vivre dans les bois ou dans des maisons vraiment abandonnées, à l’écart de tout, mais les traîtrises restaient toujours possibles… »

Les gens d’Eglise ont-ils été résistants?. Henri Sassier est nuancé, nous faisant remarquer que jusqu’en 1942, comme la plupart des Français, les prêtres, souvent anciens de 14.18, estimaient Pétain. Néanmoins, il ajoute que sur les soixante-dix séminaristes de Vannes appelés au S.T.O aucun n’est parti en Allemagne et le Chanoine Duclos, directeur du séminaire, le laissa vraiment libre de faire ce qu’il souhaitait… Sur son ancienne photo de classe, Henri Sassier désigne ceux qui sont morts au combat ou déportés. Ils représentent le tiers de sa classe du séminaire…

Au Maquis de St Marcel, il y avait avec lui, trois autres séminaristes ainsi que deux prêtres aumôniers… Les soeurs augustines de Malestroit ont fourni tout ce qui était utile pour faire la messe tout en hébergeant dans le plus grand secret des résistants blessés et des parachutistes alliés…

En définitive, Henri Sassier garde de toute cette période le souvenir d’une expérience pénible mais aussi l’assurance d’avoir fait son devoir. « Nous ne faisions pas de politique et nous ne nous préoccupions pas des lendemains de la Libération, nous voulions seulement que la France demeure belle et libre même si nous devions donner notre vie pour cela… ».

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A la fin de cette rencontre, nous avions encore envie d’en savoir plus, de poser des questions plus personnelles, plus détaillées encore à M. Sassier. Nous étions aussi heureux que lui: nous, car nous avions appris beaucoup, lui, car il avait pu nous transmettre des souvenirs qui lui sont précieux. Enseignant pendant 23 ans, curé près de la Roche-Bernard sept ans durant, aujourd’hui aumônier de l’hôpital de Ploërmel et aumônier départemental des anciens résistants, il reste à l’écoute des autres et notamment des jeunes. Il nous a dit de ne vraiment pas oublier cette époque de notre histoire.

C’est pourquoi nous écrivons avec notre professeur ces textes… pour ne pas oublier et rendre un hommage sincère à Mr Sassier et à ses camarades.

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Témoignage recueilli par Christophe P et Julien D, 15 ans en 1995. <!–[endif]–>

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