Archives de janvier 2011

jan 31 2011

Lettres de Jacques Tête à sa famille.

Publié par jpd dans 7 Vie de l'association

Ces documents sont exceptionnels. Ils nous proviennent du frère de Jacques Tête.
Nous plaçons ici une page pour un essai technique.

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jan 20 2011

Nos meilleurs voeux pour 2011

Publié par jpd dans 7 Vie de l'association


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jan 19 2011

Hommage à Maria et Armand Vergnolle

Nous publions les deux hommages prononcés aux obsèques de nos deux amis Armand et Maria

Hommage aux funérailles de notre camarade et amie  Maria VERGNOLLE née PUNSOLA SOLAND

Décédée le samedi 8 janvier 2011 dans sa 85ème année.


Cet hommage a été rédigé par Claudine Vergnolle et Liliane Gallian.

Je lis ce texte pour vous, ses amis et camarades et plus particulièrement pour toi Claudine, sa fille,

pour vous tes petits-fils Grégory, Thibaut et leur compagne et pour tes arrières petits-enfants Lillie, Ellyot,

Et pour toi MARIA.

Nous sommes d’un coup orphelins des Vergnolle de la rue César Franck, Armand et aujourd’hui de toi Maria.

Nous étions tous un peu préparés à votre départ mais pas maintenant, pas comme cela, pas aussi rapprochés. Il va falloir que nous nous habituions à votre absence. Il va falloir aussi que nous continuions votre, vos combats pour la justice, la paix, les libertés, l’égalité et le bonheur.

Le 3 janvier 2011, nous avons tous ensemble rappelé le parcours exemplaire d’Armand, homme véritable, révolté, intègre et modeste. Dans l’hommage, nous avons aussi parlé de toi car vous êtes indissociables. Claudine a pu te lire cet hommage et te rendre compte des cérémonies où étaient présents votre famille,  vos amis, camarades, et la municipalité. Jusqu’au dernier moment,  tu as pu entendre qu’Armand, ton cher mari et compagnon, a reçu l’hommage qu’il méritait. Nous espérons tous ici que cela t’a procuré un peu de douceur et de fierté car tu avais veillé attentivement à ce que ta fille n’oublie rien de vos dernières volontés

Mais toi-même n’a pas été en reste dans la bataille pour les libertés en Espagne, ton pays d’origine, en France, ton pays d’accueil mais aussi pour les peuples de tous les pays.

Maria, tu es née PUNSULA SOLAND le 28 décembre 1925 à Estaôn. Tu as fêté tes 85 ans à la clinique entourée de ta fille et du corps médical qui t’ont même autorisée à boire une coupe de champagne. Ils étaient tous très émus et te trouvaient très courageuse. Ceci est exemplaire de ta volonté de vivre et de te battre contre cette maladie contractée 18 ans plus tôt.

Tu avais à peine 13 ans lorsqu’en avril 1938, fille d’un maire républicain espagnol, tu as dû franchir les Pyrénées pour fuir les troupes franquistes qui avançait brûlant tout sur son passage, massacrant les militants républicains. Tu étais avec ta mère et deux de tes frères au bord de la rivière de ton village quand l’ordre vous fût donné par Salvador, ton papa, de partir.

Vous êtes partis sans ton frère et ta sœur. Tu t’es enfuie telle quelle en fin d’après-midi. Arrivés à la tombée de la nuit, à l’étape du soir, tu étais  frigorifiée et on s’est aperçu que tu étais nue sous ta blouse. Un berger t’a prêté un de ses slips qu’il t’a attaché avec une ficelle. Si vous aviez été pris, cela aurait été la prison ou l’exécution.

Après ce parcours infernal,  grâce à la solidarité rencontrée dans les camps tu as pu avec tes parents rejoindre l’Aveyron.

Tu avais à peine 18 ans lorsque tu as rejoint les FFI dans le maquis vers Villefranche-de-Rouergue, Decazeville. Tu étais agent de liaison entre les maquis espagnol et français. Le certificat daté du 16 septembre 1944 que le chef commandant la IXème brigade de Guerrilleros espagnols Uné a délivré à Maria atteste que je cite « depuis  le 14 juin 1943 Maria Punsula Soland a prêté ses services dans cette brigade. Le travail rendu par elle à tout moment et en toute occasion, avec enthousiasme et loyauté. Elle a rempli des missions de grande importance et vraiment dangereuses. En tant que Chef de cette unité, je délivre le présent certificat pour justifier ses mérites dignes d’être connus et méritant notre sincère reconnaissance » signé le « commandant Lopez dit ‘Salvador’ », le même prénom que celui de son père. Une photo te montre avec tes camarades levant le poing, ce poing de lutte et d’espoir lors de la Libération de Decazeville.

Peu de temps après la Libération, avec une autre famille espagnole tu arrive, avec tes parents et tes deux frères,  en Normandie. C’est à ce moment là que ton frère et ta sœur qui étaient restés en Espagne ont pu vous rejoindre.

L’idée, pour tous était de participer à la reconstruction de la France. Le père de cette famille était maçon et s’est tout naturellement que ton père et ton frère aîné sont eux aussi devenus maçons. C’est grâce à ton frère aîné que tu as connu Armand qui était charpentier en fer sur le même chantier et en juin 1947, vous vous être mariés à Potigny Calvados. Vous êtes ensuite partis vous installer en région parisienne, rue Paul Bodin, dans le 17ème, section des Epinettes et là tu adhères au Parti communiste français.  En décembre 1948 naissait Claudine, votre fille.

Maria, tu te fais tabasser à ta première manif à Paris en 1947 !

En ce temps là, tu faisais aussi de la couture dans votre chambre de bonne pour faire bouillir la marmite, Armand étant militant, syndicaliste et accidenté. C’est à la suite de cet accident qu’il a arrêté la charpente en fer et est entré comme coursier à la BCEN.

En mai 1956, vous vous installez à Montmorency dans un petit pavillon avec tes parents : Salvador, Joséfa et deux de tes frères.

Tu es rentrée en 1958 à la SERP (société d’expédition et de routage de la presse) comme manutentionnaire, routeuse. Tu faisais la mise sous bande de la presse de gauche. Tu y as rencontré le syndicat du livre dont tu fus adhérente, et les équipes de l’Huma, journalistes, typo etc.. à des moments clés de la vie politique : guerre d’Algérie, évènements de Charonne où un de tes camarades Daniel Féry trouva la mort…

Tu étais de tous les combats avec Armand. En 1965, on te retrouve sur les listes électorales du Parti à Montmorency.

En 1972, tu es rentrée au journal « Le Monde » après quoi tu as pris une retraite bien méritée.

Tout en continuant ton activité militante, tu t’es consacrée à ta maman et à tes petits enfants. Avec Joséfa/Joséphine, ta maman et Armand, vous formiez un trio qui ne cessait de nous surprendre par l’harmonie et l’entente qui régnait entre vous.

Grand’mère, nous nous souviendront de tes tortillas de patatas dont la préparation donnait lieu à des discussions épiques entre  ta maman et toi sur la meilleure façon de les faire. Qui avait raison ?

Toute ta vie, face à l’activité débordante d’Armand, tu as assuré ce que l’on pourrait appeler l’intendance. Il t’a fallu bien de la patience, de la compréhension, du courage pour surmonter parfois ta peur.

En 1993, tu as un premier cancer que tu as réussi à surmonter avec l’aide d’Armand comme infirmier. Dans le même temps,   et du fait même des incidents de ton parcours médical alors que pesait des menaces de fermeture de l’hôpital, Armand créait le Comité de défense de l’Hôpital de Montmorency. Malheureusement, la maladie t’a rattrapée en 2007. Malgré cela,  les camarades ont eu l’heureuse surprise de te compter parmi eux  à la pré-fête que notre section organise traditionnellement le week-end avant la fête de l’Huma. Tu avais, bien qu’affaiblie,  tenu à venir accompagnée d’une amie. C’était en 2009.

Chère Maria, je ne sais pas si cet hommage rend fidèlement compte de ta vie de mère, d’épouse d’un militant débordant d’activité, militante toi-même. Cette vie a été tellement dense faite de grands et petits moments. Nous pouvons appeler cela une vie de femme modèle et entière accomplie.

Chère Maria, nous tes petits enfants, ta fille, nous avons trop de douleur pour évoquer oralement tout ce que nous ressentons. Sache que nous sommes tout près de toi et que nos pensées ne sont qu’amour,  tendresse et chagrin. Nous espérons que l’avenir nous permettra de faire ressurgir tous les bons moments que nous avons passés ensemble et dont tu as été le pivot attentif et aimant.

Armand, Maria,  très cher Papa, très chère Maman, très cher (s) grands-parents,  amis et camarades, nous vous aimons. Nous avons sans doute cessé de parler ensemble mais ce ne sera pas le silence. Notre douleur est vive mais notre affection indéfectible l’est plus encore. Ce n’est pas un adieu que nous vous faisons mais seulement un au revoir car vous serez toujours présents dans nos pensées.

La cérémonie a commencé par des chants révolutionnaires espagnols dont « El Ejercito del Ebro » puis, Liliane Gallian a lu l’hommage.

Ensuite, les présents ont chanté le « Chant des Partisans » et la première strophe de la « Marseillaise ».

Cette partie de la cérémonie s’est déroulée au Funérarium de Montmorency.

Le texte concernant Armand sera placé d’ici peu.

Voici le texte de la « Galerie de portrait » :

FTP, fier d’être communiste et fidèle à ses origines

Armand a souvent témoigné pour le Cern. Très diminué par le maladie, il ne pourra pas valider cette transcription d’un de ses témoignages. sa fille nous aidera à le compléter. Armand ,pudique sur ses actions passées se lançait souvent dans des leçons d’histoire enflammées..

« Je me nomme Armand Vergnolle, je suis originaire du Lot et Garonne et je suis né en 1920.à Agen même, sur les bords de la Garonne.
Je suis le fils d’un soldat qui a failli être fusillé..

Mon père, illettré, ne sachant même pas signer son nom, était venu en permission en 1917. Lorsqu’il a rejoint son corps à Verdun il a appris qu’il y avait eu une mutinerie.
Dans une bataille il est blessé à la jambe et peut plus marcher. Il est ramené à l’infirmerie par les brancardiers. Un infirmier le voit et lui dit :
« Qu’est ce que tu fais là toi ? Pas d’histoire, tu es condamné à mort ! »
Il était de ceux qui devaient être fusillés !!!
Cet infirmier le sort et le met dans une autre pièce. C’était un mobilisé, secrétaire à la Préfecture du Lot et Garonne.
Par solidarité de clocher il l’a planqué !
Mon père avait une balle dans le genou, les docteurs lui ont dit : « on va t’amputer ». Dans la nuit avec son couteau de poche il s’est charcuté et a enlevé la balle.
Mon père a ainsi échappé à la mort et à l’amputation.
Il a porté la balle liée à la chaîne de sa montre jusqu’à sa mort.

J’ai commencé à travailler à l’âge de 13 ans comme ramasseur de copeaux et de sciure dans une fabrique de meuble. J’étais mousse : je nettoyais aussi les raboteuses et les scies. Je suis resté trois ans dans cette fabrique de meubles.
Ainsi je sais travailler le bois et conduire les machines.
Après 1936 cette période ou l’ensemble des républicains avait réussi à imposer au gouvernement des modifications du train de vie des travailleurs et obtenu par les grèves les congés payés, la semaine de 40 heures et des améliorations de salaire, j’ai agi pour améliorer le sort de tous les travailleurs
Mon exemple est typique : quand je travaillais j’avais 5 francs par mois ( une thune !!!) et après les accords Matignon qui ont augmenté les salaires de 15%, de 5 francs par mois je suis passé à 5 francs par semaine.
Une belle augmentation !!!
J’ai participé aux grèves, aux manifestations et je suis rentré en action syndicale ( je me suis syndiqué en octobre 34 ). J’ai participé aux batailles pour ces revendications et en même temps, en novembre 1935,j’ai adhéré à une autre organisation revendicative : les jeunesses communistes.
J’ai participé aux défilés du Front populaire . Les puissances économiques ont été obligées de céder aux revendications…..Le syndicat des patrons qui se refusait à l’augmentation des salaires devant la volonté de ceux qui étaient dans la rue en grève générale a compris qu’il fallait qu’il cède à la pression populaire .Le fait d’avoir augmenté tous les salaires a fait que ceux qui ont reçu l’argent l’ont dépensé aussitôt et que le risque de faillite agité par les patrons a été faible. En avril 1937 même avec 2 à 3 mois de grèves le patronat faisait des bénéfices.
La misère était grande, l’augmentation des salaires pour les travailleurs était nécessaire et possible pour le patronat.
Il y a eu une amélioration des conditions de vie générale et une reprise des activités des entreprises forte : certaines ont du embaucher.
Beaucoup de riches qui fréquentaient les plages de Saint Tropez ou de Deauville disaient : « et bien on va se trouver avec des travailleurs ! ». Les directeurs d’usines n’étaient pas habitués à côtoyer leurs employés qui faisaient leur fortune.

Si je suis devenu ce que je suis c’est que dans mon processus de vie j’ai toujours été positif, J’ai toujours suivi mes idées, j’ai toujours voulu faire respecter les droits de tous les individus.

En 1938 j’ai fait grève contre les accords de Munich.
Je m’oppose à toutes ces tractations et je rentre en « résistance ».
Le 26 septembre 1939 le gouvernement français dissous et interdit l’organisation à laquelle j’appartiens et je vais devenir illégal.

Pour les réunions j’allais toujours chercher des camarades. Ce jour là je m’aperçois qu’à chaque maison où je frappais il y avait des personnes appuyées contre le mur, avec des têtes que je ne reconnaissais pas . Je demande aux copains : « tu as des sentinelles en bas ? C’est drôle je ne les ai jamais vus. Alors ils vont voir et me disent qu’ils les connaissaient pas.
J’en informe la réunion . Sur le coup de 11 heures du soir une camarade nous dit : ça y est vous êtes interdits par le gouvernement.
Les anciens soucieux disent alors aux jeunes, « disparaissez dans la nature les réunions ne devront plus se tenir. Vous, vous n’êtes plus du parti . »
Sur 7 camarades il y en a 6 qui adhèrent alors au parti. Ils ne veulent plus être des jeunes mais des anciens.
Nous rentrons en illégalité.
Avant de sortir je dis aux camarades est ce qu’on peut regarder si nous sommes surveillés. Personne n’avait cru à ce que j’avais dit en arrivant.
Je mets le tête dehors et je regarde. Des personnes qui étaient dans des encoignures de portes se sont alors cachées. Nous étions dans une salle qui était attenante à l’imprimerie où l’on tirait nos papiers. Et comme il fallait que personne aille dans cette imprimerie, le responsable avait cloué une grand croix de bois sur la porte. Nous avons fait sauter la croix et sommes passés par l’imprimerie pour sortir. Ceux qui nous attendaient pour nous cueillir ne nous ont pas vu.
Au bout de trois mois nous nous sommes retrouvés dans une vieille remise envahie par les ronces à 2 kms d’Agen au milieu d’un champ.

Avec une bouteille d’encre de chine, protégés par des camarades, nous placions des mots d’ordre sur les portes : « A bas Hitler » « A bas Pétain »
Le gouvernement Pétain n’avait pas 40 millions de participants comme il a pu être dit.
Çela n’est pas vrai.
Après la surprise, tout le monde est resté dans l’expectative et ce n’est pas par ce que l’on ne bouge pas que l’on est politiquement d’accord.

Je suis devenu par la suite un agent le liaison des FTP. Nous combattrons tant que nous virons était la devise de notre organisation : le Front National. ( pas celui de maintenant !!!)
La résistance pour moi a commencé en avril 40.
Je suis arrêté pour avoir distribué un papier à 5 exemplaires à des camarades de travail. Malheureusement l’un deux ne trouve rien de mieux que de sortir du chantier, le papier à la main. Le chef du chantier – nous faisions des citernes souterraines pour stocker du kérosène pour l’aviation – le lui prend.
A 4 heures de l’après midi alors que je soudais au fond de la citerne j’entends « Monsieur Vergnolle ?» et je distingue en haut deux personnes que j’avais déjà vu, deux policiers. Ils venaient m’arrêter..
Je suis arrêté et emmené au commissariat, questionné, trituré, un peu secoué. La bête ne parle pas.
On me fait écrire mais je prends mon écriture habituelle pas celle du tract avec ses déformations volontaires.
Je leur propose d’aller faire une perquisition chez moi. Je descends de la voiture et je passe par le devant de la voiture je vois ma mère devant la porte et je lui fait un geste signifiant de ne rien dire.
Ma mère a compris..
« Ces messieurs m’accusent ils viennent voir pour perquisitionner pour voir si je fais de la propagande. »
« Qu’est ce que c’est que ces histoires là, où est ce qu’ils ont trouvé ça ? »
La mère commence de suite à me défendre
« Où est la chambre de votre fils ? »
Ils rentrent et s’aperçoivent qu’il y a deux lits, deux grands lits.
« Il n’y a pas un lit ? »
« Mais non on est 8 avec le père et la mère ça fait dix ! »
Il y des bouches à nourrir et mon père simple balayeur, n’avait pas un gros salaire – à l’époque il n’y avait pas les allocations familiales, heureusement qu’il y avait un jardin qui nous donnait des carottes et des poireaux ce qui avec quelques têtes de volailles nous permettait de vivre à peu près bien.
Ils regardent , une armoire , deux lits et c’est tout.
« Où écris tu ? »
Ma mère leur dit :
« Si vous venez pour perquisitionner il faut perquisitionner , sérieusement «
Elle va à la cuisine et revient avec un grand couteau.
« Ou vous allez avec ça ? »
Il y a une couatte – les couettes d’en le temps étaient très épaisses – elle arrive crac…couette éventrée … »vous trouvez quelque chose ? »
Elle prend la paillasse – sac rempli d’épeau de maïs et elle l’ouvre … Elle dégage l’armoire, va chercher une chaise :
« regardez s’il y a a quelque chose dessus »
La chambre faite – il n’y avait que deux chambres parfois nous y dormions à six –ils rédigent un procès verbal qui ne nous convient pas !
« Vous n’allez pas partir d’ici sans regarder la chambre à mon père, si vous le faites pas vous allez revenir car vous allez croire que mon père est complice . »
J’ouvre l’armoire de mon père et le premier journal que je vois c’est le dernier numéro du travailleur, journal du parti communiste dans la région – sur lequel reposait du linge !
Moi en prenant le tout je mets les vêtements de mon père en faisant attention à ce que le journal n’apparaisse pas de trop. Les flics à deux trois mètres derrière moi n’y ont vu que du feu. Ils ont eu droit aussi au grenier et à l’étable à cochons qui était aussi parfois poulailler. Je les ai obligé à venir se salir les pieds et à rendre visite à l’anesse.
J’ai passé huit jours au commissariat. L’ingénieur en chef ne me voyant pas à l’atelier se demandait où j’étais et le chef de chantier a fini par le lui dire.
L’ingénieur a fait des démarches au commissariat pour qu’on me libère. Il m’a sauvé !Ces policiers sont venus tous les jours pendant trois mois m’accompagner jusqu’au chantier.
Au bout de trois mois passés à suivre un célibataire tranquille, ils ont allégés leur surveillance.
Le chef de chantier m’a dit : « Vergnolle cherche toi un autre boulot, le chantier est à sa fin. »
J’ai changé d’horizon et devenu méfiant tout en reprenant mes activités je ne me suis plus fait arrêter.
Arrive 1941. J’ai l’âge d’aller en chantier de jeunesse. Je discute avec mes camarades clandestins . Ils me disent : « ils se méfient de toi , va y ce sera la preuve que tu es un bon patriote et que tu réponds aux appels de Pétain. »
Je suis parti au chantier de jeunesse à Foix mais je ne voulais pas rester inactif et voulais savoir ce qui se passait.
Le groupement de jeunesse avait douze baraques et comme il arrivait des jeunes en pagaille il a fallu en construire une autre.
J’avais annoncé que j’étais charpentier en fer Je devais donc savoir faire une charpente en bois ! On me demande mon avis.
La baraque a eu un beau succès et le groupement a cru devoir me donner une permission. La baraque a été faite en huit jours au lieu des quinze prévu mais au lieu des 15 jours de permission promis rintintin….trois jours !!!
Au bout de huit mois, mon temps passé je rentre chez moi. J’avais pris contact avec la résistance de Foix et je suis passé dans une clandestinité absolue.
Je suis encore arrêté pour avoir distribuer des tracts en pleine nuit mais ils n’ont rien trouvé.
Responsable d’organisation j’ai crée le front national, les forces unies de la jeunesse patriotique où les communistes et les catholiques se retrouvaient . Je mets aussi sur pied la libération du nord du Lot et Garonne autour de Tournon. Organisation des maquis, lutte contre les traîtres possibles.
Un jour descendant à Agen avec une petite moto qu’on m’avait confié pour les liaisons , j’entends des mitrailleuse et un canon.
J’arrête et m’avance sur Tournon à l’abri des haies. Un avocat que je connaissais me dit n’avance pas ce sont les allemands – je m’attendais plutôt à la milice.- Dans la nuit nous apprenons qu’un détachement de la division Das Reich venait de fusiller dix personnes. Un curé avait du dénoncer la résistance dans sa paroisse.
Je suis appelé au comité départemental du Lot et Garonne et deviens membre du comité de Libération du Lot et Garonne et de celui de la ville d’Agen. Groupe FTP bataillon Prosper..

Nous avons tout tout fait pour que le débarquement réussisse : Attentats sur les chemins de fer, coupures de courant, faire sauter des ponts…
Je suis assez critique sur de Gaulle, me souvenant comment à Toulouse, qui s’était libéré seule avec les FTP et avait mis en place une administration il a mis un homme à lui à la place du nôtre.
Mais je reconnais que sans De Gaulle nous aurions certainement été administrés par les américains qui s’y étaient préparés.

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jan 07 2011

La grande Mosquée de Paris et l’aide aux Juifs

Publié par jpd dans Non classé

A l’occasion de la sortie du film « Les Hommes libres » d’Ismaël Ferroukhi, qui fait l’objet d’une certaine polémique, le CERN fait le point en republiant un entretien que Mme Bujaud a eu à la grande mosquée de Paris pour notre association avec M. le recteur Boubaker . L’objet de l’entretien portait sur l’hypothèse exploitée dans le film d’une aide effective à la dissimulation d’enfants juifs à l’intérieur de la mosquée lors de l’Occupation et à leur sauvegarde. Un point de vue utile à la compréhension des faits et non de la fiction…

Catherine Bujaud, professeur d’histoire géographie, est une adhérente active du Cern.
Elle a travaillé avec ses élèves sur un fait historique méconnu : l’aide apportée par la mosquée de Paris à des membres de la communauté juive pendant la Seconde Guerre mondiale.

Dans le cadre de la préparation annuelle du Concours National de la Résistance et de la Déportation, certains candidats et leur professeur d’histoire se sont intéressés au cours de l’année 2007-2008 à un fait historique méconnu : l’aide apportée par la mosquée de Paris à des membres de la communauté juive pendant la Seconde Guerre mondiale.

L’historien a tout intérêt à se pencher sur le rôle joué par Si Kaddour Ben Ghabrit, Recteur de la mosquée de Paris en poste pendant l’Occupation, aux Francs-tireurs partisans (FTP) d’origine algérienne entrés tôt dans la résistance parisienne ainsi qu’aux faux « certificats de coutume » musulmans distribués aux Juifs pourchassés. L’objectif d’une telle étude doit permettre de mieux connaître cette page compliquée de l’Histoire de France et de faire la lumière sur les tentatives de solidarités interconfessionnelles qui ont pu exister.

Si ces faits historiques attendent encore aujourd’hui d’être correctement quantifiés et reconnus, ils n’ont pas manqué entre temps de susciter l’intérêt, l’emballement parfois, de journalistes ou de membres associatifs. En effet que ce soit dans le film documentaire de Derri Berkani La mosquée de Paris, une résistance oubliée ou l’article de B. Nadjia, paru le 11 avril 2005 dans le quotidien El Watan, il est avancé le chiffre impressionnant de 1 600 cartes d’alimentation distribuées entre 1942 et 1944 par la mosquée de Paris aux familles juives, du rôle actif joué par le docteur Assouline et du Recteur de la mosquée de Paris. Il semble évident que l’exemple de cette solidarité musulmane vis-à-vis de Juifs persécutés frappe l’esprit de ceux pour qui l’Occupation et les compromissions de Vichy restent une tâche dans l’histoire de France. C’est aussi le rappel que certaines crispations identitaires actuelles sont contredites par l’Histoire. Voila pourquoi, si l’association française de femmes musulmanes et juives « les Bâtisseuses de paix », créée en 2002, s’est emparée de cet épisode historique et œuvre pour sa médiatisation comme d’un exemple emblématique de l’amitié judéo musulmane, l’historien doit de son côté rechercher et mesurer les faits historiques, rien que les faits.

Monsieur Boubakeur, Recteur de la mosquée de Paris, travaille depuis plusieurs années à rassembler les preuves de ces sauvetages de Juifs pendant la guerre. Or les traces historiques sont modestes. Elles confirment en effet qu’une aide réelle a été apportée par la mosquée mais pas de l’envergure d’un réseau permettant à 1 500 ou 1 600 personnes de vivre dans la clandestinité voire d’être évacuées dans le Bassin méditerranéen (Maghreb, Turquie).

Monsieur le Recteur estime pouvoir établir actuellement les faits suivants :
- Dès octobre 1940, les activités de la mosquée sont repérées par Vichy et celle-ci est avertie par courrier qu’elle ne doit pas ou ne doit plus protéger de Juifs. La lettre en question est actuellement conservée par le Recteur.
- Les caves de la mosquée ont été recensées comme abri potentiel en cas d’éventuels bombardements, redoutés en 1940 et 1944. De là viendrait l’idée probablement erronée que ces sous-sols auraient servi de lieux d’hébergement à des juifs poursuivis.
- Enfin le nombre de « certificats de coutume » distribués à des non musulmans n’est actuellement pas quantifiable – même s’il est certain que le Recteur Ben Ghabrit et ses imams se sont montrés compatissants vis-à-vis de Juifs traqués. Un appel à témoin a été lancé par la mosquée de Paris ces dernières années afin de retrouver des témoins ou des rescapés, au Maghreb notamment. Monsieur Dalil Boubakeur dit avoir reçu en retour une seule réponse, celle de Monsieur Alimi, résidant actuellement en Tunisie.
Tous ces éléments, aussi précieux soient-ils, n’ont pour l’instant pas permis à la Commission Yad Vashem de décerner la médaille des Justes à la mosquée de Paris ou bien au Recteur Ben Ghabrit. La même rigueur historique pousse Monsieur Boubakeur à se montrer très prudent, désireux d’établir des faits qui font honneur aux musulmans de France mais réticent à l’idée de faire dire à l’Histoire plus que ce que les faits nous enseignent. Peut-être, prochainement, de nouveaux éléments permettront-ils d’établir avec plus de précision la réalité historique…

Catherine Bujaud.

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